Publié le 22 octobre 2025 à 18h15. Un conte d’animation audacieux, né d’une passion collective et d’un financement atypique, s’invite sur les écrans. « Arco », le premier long métrage d’Ugo Bienvenu, est une œuvre singulière, saluée par la critique et soutenue par une figure hollywoodienne inattendue : Natalie Portman.
- Le film d’animation « Arco » d’Ugo Bienvenu est sorti en salles.
- Le projet, initialement perçu comme risqué, a été récompensé par le Cristal du long métrage au Festival d’Annecy.
- La production s’est distinguée par son approche artisanale et son financement hors des circuits traditionnels, avec le soutien de Natalie Portman.
L’histoire a commencé lors du Festival international du film d’animation d’Annecy en juin dernier, avec la distribution de pin’s insolites à l’effigie de Mikki, un robot androïde. Les connaisseurs de bande dessinée ont immédiatement reconnu ce personnage issu de Préférence système, le roman graphique d’Ugo Bienvenu paru en 2019 aux éditions Denoël Graphic. Mikki est désormais au cœur de son long métrage d’animation, Arco.
Le film a reçu la plus haute distinction au Festival d’Annecy, le Cristal du long métrage, une reconnaissance pour un premier film qualifié de « bric-à-brac » par Arnaud Toulon, son compositeur. Arco raconte le destin d’Arco, un petit garçon extraterrestre venu du futur, qui rencontre Iris, une fillette vivant avec Mikki et son petit frère, Peter. Leurs parents, absents, ne communiquent que par hologrammes. Dehors, des tempêtes apocalyptiques et des mégafeux menacent les humains, protégés par des cloches transparentes.
Découvrir la note et la critique
“Arco”, le conte fantastique d’une formidable inventivité d’Ugo Bienvenu
« Ce film est un miracle », « il y avait toutes les chances que le scénario n’aboutisse jamais », « personne n’y croyait », « c’était de l’artisanat total », confient ceux qui ont collaboré à ce projet audacieux. La production s’est déroulée de manière atypique, en dehors des circuits de financement traditionnels du cinéma français.
Tout a commencé avec Ugo Bienvenu, un étudiant brillant passé par les écoles Estienne, Gobelins et Arts Décoratifs, ainsi que le California Institute of the Arts. Fils d’une graphiste et d’un diplomate, il a grandi entre le Tchad, le Guatemala et le Mexique. Après ses études, il a travaillé chez Miyu, une maison de production française, avant de décider de se lancer seul, porté par un désir de liberté créative.
Lors d’une exposition de ses dessins, il a été approché par une directrice de casting pour incarner « la main » du dessinateur dans Eden (2014), le film de Mia Hansen-Løve. Il y a rencontré Félix de Givry, qui deviendra son ami et associé. Ensemble, ils ont fondé la société de production Remembers, réalisant des publicités, des courts métrages et des clips, dont Sphère d’existence (2018), dans lequel Mikki apparaît déjà.
« Pour ce clip, je m’étais interrogé sur la fin de l’humanité. Je me suis dit qu’elle aurait lieu quand le dernier robot serait mort », se souvient Ugo Bienvenu. Ils ont ensuite réalisé L’Entretien, un court métrage pour la plateforme 3e Scène de l’Opéra de Paris, où Mikki entretient une institution désertée et projette une danseuse en hologramme. Ces œuvres préfiguraient Préférence système, où l’humanité se débarrasse d’œuvres d’art par manque de place.
À Cannes, pour la présentation d’« Arco » en séance spéciale. Avec, de gauche à droite : William Lebghil (voix) ; Alma Jodorowsky (voix) ; Natalie Portman, coproductrice ; Ugo Bienvenu ; Vincent Macaigne (voix). Jean-Francois Robert pour Télérama
La production d’Arco a débuté avec une esquisse. « Pendant le Covid, Ugo m’envoie le dessin d’une traînée arc-en-ciel qui devient un personnage. Comme une apparition. Quand je l’ai vu, j’ai tout de suite pensé que ça pouvait être un long métrage », se souvient Félix de Givry. Le duo a alors commencé à écrire le scénario, en associant écriture et dessin. Ils ont produit de nombreuses versions avant d’arriver à la version finale.
Après un premier refus, ils ont rencontré Sophie Mas, fondatrice de MountainA, une société de production américaine cofondée par Natalie Portman. Les deux femmes ont été immédiatement séduites par le projet et ont créé une société française pour l’accompagner. « Il était important que le film reste en France, notamment pour rendre hommage à tous les talents de l’animation qui existent ici. Et quand on est en face d’un projet d’une telle pureté, comme une perle, on a envie de le protéger », explique Sophie Mas.
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Arco est un film résolument français, voire parisien. Au plus fort de la production, la maison au bananier s’est agrandie, avec la création de deux studios supplémentaires à proximité. L’équipe est composée de jeunes talents : Anaëlle Saba, assistante réalisatrice à 25 ans ; Adam Sillard, directeur de l’animation à 26 ans ; et Arnaud Toulon, 34 ans, qui a composé sa première bande originale pour un long métrage.
« Arc est un miracle »
Anaëlle Saba
« L’une des grandes qualités d’Ugo et de Félix est en effet d’avoir fait confiance à des jeunes », souligne Anaëlle. Arnaud Toulon renchérit : « Le film a donné sa chance à beaucoup de personnes qui n’avaient pas encore fait leurs preuves. Il y a eu très tôt une émulation collective et une affection profonde pour le projet. » Pour la musique, l’objectif était de trouver une couleur intemporelle, en privilégiant les chants.
Cinq ans après le début de la production, ils ont enregistré un chœur de chanteurs orthodoxes ukrainiens dans une église. Derrière cette œuvre coproduite avec Natalie Portman, et portée par les voix de Louis Garrel, Swann Arlaud, Vincent Macaigne et William Lebghil, sélectionnée à Cannes et candidate aux Oscars (1), « il y a aussi une histoire beaucoup plus fragile et intime. Arco n’est sûrement pas l’objet « sûr de lui » qu’il peut laisser paraître », conclut Arnaud Toulon. Mikki ne dirait pas autre chose.
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