Un haut responsable de l’agence fédérale américaine chargée de lutter contre les discriminations au travail a dénoncé un environnement hostile au sein même de l’institution, alléguant une politique délibérée d’effacement des droits des personnes LGBTQ+. Marc Seawright, un homme trans queer, a été contraint de démissionner après avoir refusé de participer à la censure des références aux identités transgenres et non binaires.
Selon une décision récente d’un juge administratif californien, les conditions de travail imposées à Marc Seawright étaient si pénibles qu’il n’avait d’autre choix que de démissionner pour préserver sa santé et sa sécurité. Cette décision lui ouvre droit à des allocations chômage pendant que sa plainte formelle pour discrimination est examinée par l’Equal Employment Opportunity Commission (EEOC), l’agence en question.
L’affaire remonte à l’administration Trump, période durant laquelle, selon M. Seawright, la direction de l’EEOC s’est lancée dans une politique de discrimination envers les employés transgenres. Il affirme avoir reçu l’instruction de développer un outil informatique permettant de supprimer systématiquement toute mention de l’orientation transgenre, non binaire ou sexuelle dans les documents internes et externes de l’agence.
« Être obligé de créer une technologie de l’information qui effacerait systématiquement toutes les références de l’EEOC aux personnes transgenres, non binaires ou autres personnes LGBTQ+, étant donné que je suis un homme transgenre queer, a été personnellement dévastateur et a contribué à un environnement de travail hostile », a-t-il déclaré dans sa plainte.
Avant sa démission, Marc Seawright occupait le poste de directeur de la gouvernance et de la stratégie de l’information au sein de l’EEOC. Pendant huit ans, il a contribué à des projets visant à prévenir et à combattre les discriminations fondées sur la race, la couleur, l’origine nationale, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, l’état de grossesse, le handicap et les informations génétiques. Il avait notamment développé une application permettant aux employés d’afficher leurs pronoms dans les systèmes de l’agence et était membre élu du conseil d’administration du groupe de ressources pour les employés LGBTQ+ de l’EEOC, avant que celui-ci ne soit dissous en janvier 2021 par la nouvelle présidente de l’agence, Andrea Lucas.
Par ailleurs, le personnel de l’EEOC a reçu l’instruction de cesser de traiter les plaintes des travailleurs alléguant une discrimination LGBTQ+ et l’agence a même décidé de rejeter des poursuites en cours contre des entreprises accusées de discrimination envers les personnes transgenres et non binaires. La politique interne de non-discrimination et d’inclusion de l’EEOC concernant l’identité de genre et l’orientation sexuelle, en vigueur depuis 2009, a également été annulée par Andrea Lucas.
Ces actions sont d’autant plus paradoxales que l’EEOC est chargée de faire respecter les lois anti-discrimination. Elles contredisent également une décision de la Cour suprême de 2020 dans l’affaire Bostock c. Comté de Clayton, où le juge conservateur Neil Gorsuch a statué que la discrimination fondée sur l’identité transgenre ou l’orientation sexuelle est une forme de discrimination sexuelle, et donc interdite par le titre VII de la loi sur les droits civils.
« Les actions d’Andrea Lucas refusant de traiter les accusations de discrimination et de harcèlement liées à l’identité de genre sont directement contraires à l’interprétation de la Cour suprême », a déclaré Rebecca Peterson-Fisher, l’avocate représentant Marc Seawright.
L’EEOC a jusqu’en décembre pour examiner la plainte de M. Seawright. Après cette date, ses avocats pourront saisir la justice et demander à un jury de se prononcer sur la question de savoir si l’agence constituait un environnement de travail hostile.
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