Le géant pharmaceutique Johnson & Johnson conteste une indemnisation de 944 000 € (environ 1,02 million de dollars américains) accordée à un ancien employé de son usine de Plassey, dans le comté de Limerick. Mark Keane, technicien spécialisé dans la fabrication de lentilles de contact, avait été blessé en 2018 en tentant de secourir un collègue pris au piège dans une machine.
L’affaire, portée devant la Haute Cour en avril dernier, avait abouti à une décision favorable à M. Keane, qui réclamait réparation pour des lésions à la main droite, au bras et à l’épaule. Il avait alors témoigné qu’il ne se sentait plus « l’homme qu’il était, ni celui qu’il espérait devenir », exprimant sa déception face à l’attitude de la multinationale.
Johnson & Johnson reconnaît sa responsabilité concernant les lésions nerveuses et les blessures à la main droite de M. Keane, mais conteste la causalité entre l’accident et les douleurs à l’épaule droite. L’entreprise soutient que le juge de première instance a commis une erreur d’appréciation en établissant un lien entre l’incident et l’apparition des symptômes à l’épaule, estimant que cette conclusion n’était pas suffisamment étayée par les preuves.
Selon le dossier médical, aucune plainte significative concernant l’épaule n’avait été formulée lors du traitement initial des blessures. Johnson & Johnson souligne également que la première mention d’une douleur à l’épaule remonte à novembre 2014, soit six ans après l’accident. L’entreprise met en avant des contradictions dans le témoignage de M. Keane, notamment concernant sa pratique du vélo.
Lors de son contre-interrogatoire, l’avocat de Johnson & Johnson, Murray Johnson SC, a rappelé que M. Keane avait affirmé ne plus pouvoir faire de vélo en raison de ses blessures, tout en ayant effectué entre 10 et 12 sorties de 27 à 105 km pendant l’été 2019. M. Keane a admis avoir repris le vélo pour des raisons de santé mentale, mais a précisé qu’il n’avait pas participé à des compétitions.
Johnson & Johnson juge également « excessives » les sommes allouées au titre de la retraite, de l’assurance maladie et de la perte de revenus futurs.
La défense de M. Keane, représentée par Michael McMahon SC du cabinet HOMS Assist, maintient que la conclusion du juge de première instance, établissant un lien entre l’accident et les blessures à la main et à l’épaule, est incontestable. L’avocat a souligné que le juge avait examiné attentivement les preuves et les arguments des deux parties, et avait privilégié la version du plaignant.
« Il n’est pas permis à ce tribunal de remettre en question la décision du juge de première instance en se basant sur des éléments de preuve qui pourraient sembler contradictoires », a déclaré M. McMahon. Il a également insisté sur l’absence d’autres traumatismes ayant pu affecter l’épaule de M. Keane après l’accident, et sur la confirmation des lésions par une IRM datée du 20 décembre 2021.
Le juge Paul Coffey, dans son jugement d’avril, avait estimé que le témoignage de M. Keane concernant le lien de causalité entre l’accident et les douleurs à l’épaule était plus crédible, soulignant l’absence de symptômes antérieurs à l’incident.