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La fausse posture de Trump en tant que pacificateur en Asie

by Clara Dubois

Publié le 28 octobre 2025 03:13:00. Le président américain Donald Trump a entamé une tournée en Asie en faisant escale en Malaisie, où il a cherché à se positionner comme un artisan de la paix dans le conflit frontalier thaï-cambodgien tout en négociant de nouveaux accords commerciaux avec les pays de la région.

  • Des affrontements armés entre la Thaïlande et le Cambodge, qui ont fait au moins 40 morts et déplacé 300 000 civils, ont été apaisés grâce à une intervention américaine combinant pressions économiques et négociations.
  • Parallèlement, Donald Trump a conclu des accords commerciaux avec plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, axés sur l’accès aux minéraux essentiels et l’augmentation des investissements américains.
  • La visite de Trump a été marquée par des manifestations à Kuala Lumpur dénonçant la politique américaine au Moyen-Orient et son soutien à Israël.

L’arrivée du président Trump en Malaisie, dimanche, coïncidait avec un sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Si la participation formelle à ce sommet était prévue, l’objectif principal de cette visite éclair semblait être de jouer un rôle de médiateur dans les tensions frontalières persistantes entre la Thaïlande et le Cambodge, et de finaliser des accords commerciaux jugés défavorables par Washington.

Les combats entre les deux pays, qui ont éclaté en juillet, ont été déclenchés, selon Bangkok, par des incidents impliquant des mines terrestres ayant blessé des soldats thaïlandais. Les affrontements, les plus violents depuis 2011, se sont étendus sur des centaines de kilomètres de frontière contestée, impliquant l’utilisation de chars, d’artillerie et de roquettes. Le bilan humain s’élève à au moins 40 morts, dont des civils, et près de 300 000 personnes ont été contraintes de fuir leur domicile.

Alors que la Malaisie, qui assure actuellement la présidence de l’ASEAN, s’efforçait de faciliter des négociations pour un cessez-le-feu, Donald Trump a exercé une forte pression économique, menaçant d’annuler les accords commerciaux avec les deux pays si les hostilités ne cessaient pas. La Thaïlande et le Cambodge, fortement dépendants de leurs exportations vers les États-Unis, se sont retrouvés face à la perspective de lourds droits de douane.

Dans le même temps, la Chine, qui entretient des relations étroites avec le Cambodge, a mené des entretiens avec le Premier ministre cambodgien Hun Manet, puis avec le Premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai.

Dès l’annonce de la trêve, Donald Trump s’est attribué le mérite de cette avancée, déclarant sur les réseaux sociaux :

« Je suis fier d’être le président de la PAIX ! »

Donald Trump, président des États-Unis

Le prix de cette intervention en Malaisie semble avoir été une cérémonie publique où les Premiers ministres thaïlandais, cambodgien et malaisien ont cosigné un accord de trêve révisé.

La présence de Donald Trump a également suscité des protestations. Des centaines de personnes ont manifesté à Kuala Lumpur, la capitale malaisienne, pour dénoncer la politique américaine et son soutien à Israël dans le contexte du conflit à Gaza. Un manifestant a déclaré à Al Jazeera :

« Les gens qui ont une conscience savent que Trump est un facilitateur du génocide. Sans lui, Israël ne peut pas tuer tous les enfants et tous les habitants de Gaza. »

Manifestant à Kuala Lumpur

L’accord de « paix » conclu par Trump au Moyen-Orient le 9 octobre a rapidement été dénoncé comme une étape supplémentaire dans le processus de nettoyage ethnique et de génocide israélien à Gaza, soutenu par les États-Unis. Il a entériné l’occupation israélienne et l’annexion d’une partie significative de Gaza, malgré la poursuite des massacres et de la famine délibérée de la population.

L’accord de cessez-le-feu entre la Thaïlande et le Cambodge, bien que salué, est également considéré comme fragile. Il prévoit le retrait des armes lourdes et des mines des zones frontalières, la libération de 18 soldats cambodgiens détenus par la Thaïlande depuis juillet, et le déploiement de troupes malaisiennes pour surveiller le respect du cessez-le-feu. Cependant, les causes profondes du conflit, liées à un héritage de domination et d’intrigues impérialistes, n’ont pas été résolues.

Les différends frontaliers trouvent leur origine dans une carte datant de 1907, établie par des responsables français en Indochine pour délimiter les possessions coloniales françaises et le royaume du Siam (actuelle Thaïlande), qui était nominalement indépendant. Cette carte a servi de base aux revendications cambodgiennes sur les zones entourant le temple de Preah Vihear. La Thaïlande, alliée militaire des États-Unis depuis 1954, n’a jamais reconnu la décision de la Cour internationale de Justice (CIJ) en faveur du Cambodge en 1962.

Le ralentissement économique et les tensions sociales croissantes, exacerbées par les tarifs douaniers imposés par Trump, alimentent le nationalisme réactionnaire dans les deux pays. En Thaïlande, l’establishment conservateur, dominé par l’armée et la monarchie, a utilisé les incidents frontaliers pour affaiblir et renverser le Premier ministre Paetongtarn Shinawatra, suite à un appel téléphonique perçu comme trop conciliant envers le dirigeant cambodgien Hun Sen.

Le Premier ministre thaïlandais actuel, Anutin Charnvirakul, dirige un gouvernement minoritaire fragile qui a promis d’organiser de nouvelles élections en mars prochain. Il envisage également d’organiser un référendum pour abroger deux accords avec le Cambodge concernant la résolution des différends frontaliers terrestres et maritimes. La visite de Trump ne ferait que préparer le terrain à de nouvelles hostilités entre la Thaïlande et le Cambodge.

Selon les observateurs, Donald Trump ne se soucie guère de la paix en Asie du Sud-Est ou du sort des populations cambodgiennes et thaïlandaises. Sa politique économique agressive vise à promouvoir les intérêts économiques et stratégiques de l’impérialisme américain. Il se prépare également à une confrontation potentiellement dangereuse avec la Chine, considérée par l’establishment politique américain comme la principale menace à l’hégémonie mondiale des États-Unis.

Trump doit rencontrer jeudi le président chinois Xi Jinping en Corée du Sud, dans un contexte de tensions économiques croissantes. La Chine a annoncé de nouvelles restrictions sur les exportations de minéraux essentiels vers les États-Unis, tandis que Trump a menacé d’augmenter de 100 % les droits de douane sur les importations chinoises. Une prolongation de la trêve dans la guerre commerciale semble avoir été négociée en Malaisie, mais sa confirmation dépendra de l’issue de la rencontre entre Trump et Xi.

Outre les accords de cessez-le-feu, Trump a conclu une série d’accords avec le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie et le Vietnam, prévoyant des droits de douane réduits (mais toujours élevés) sur leurs exportations vers les États-Unis, une augmentation des ventes de produits américains dans ces pays et, dans le cas de la Malaisie, un engagement d’investissements américains de 70 milliards de dollars.

Ces accords visent également à améliorer l’accès aux minéraux essentiels, dont la production est actuellement dominée par la Chine. Ces minéraux sont cruciaux pour l’économie américaine et son appareil militaire, et l’administration Trump cherche désespérément à établir des chaînes d’approvisionnement alternatives en prévision d’un conflit avec la Chine.

Les États-Unis et la Malaisie ont signé un protocole d’accord pour développer le commerce et les investissements dans les minéraux critiques, couvrant l’exploration, l’extraction, le raffinage, la fabrication, la récupération et le recyclage. La Malaisie s’est également engagée à ne pas interdire ou à imposer des quotas sur les exportations de minéraux critiques ou de terres rares vers les États-Unis. Un accord similaire a été signé avec le Premier ministre thaïlandais.

Enfin, Trump a pris des mesures pour renforcer les liens de sécurité avec le Cambodge en échange d’une réduction de moitié des droits de douane sur ses exportations vers les États-Unis et de la levée de l’embargo américain sur les armes contre ce pays, qui entretient des relations étroites avec la Chine. Les deux pays reprendront leurs exercices militaires bilatéraux annuels Angkor Sentinel, interrompus en 2017, et les États-Unis élargiront l’accès des officiers cambodgiens à la formation dans les collèges militaires américains.

Toutes ces mesures, selon les analystes, sont motivées par des considérations stratégiques et militaires, et non par un souci de paix. Comme dans les années 1930, la guerre économique mondiale est le prélude à un conflit militaire mondial catastrophique, déjà en cours et qui s’intensifie en Europe et au Moyen-Orient.

Dans un style à la fois désinvolte et orwellien, Donald Trump a résumé son passage en Malaisie sur les réseaux sociaux :

« A signé des accords commerciaux majeurs et des accords sur les terres rares, et hier, plus important encore, a signé le traité de paix entre la Thaïlande et le Cambodge. PAS DE GUERRE ! Maintenant, en route pour le Japon !!! »

Donald Trump, président des États-Unis

Au Japon, Trump rencontrera la nouvelle Première ministre Sanae Takaichi, qui s’est engagée à accélérer la remilitarisation du pays en vue d’une guerre potentielle avec la Chine. En Corée du Sud, il tentera d’obtenir des concessions de Xi Jinping, qui est conscient des préparatifs de guerre américains et déterminé à riposter économiquement.

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