Home MondeL’OTAN pourrait s’effondrer, la Russie connaît sa faiblesse

L’OTAN pourrait s’effondrer, la Russie connaît sa faiblesse

by Clara Dubois

Publié le 28 octobre 2025 17h00. Un analyste militaire allemand anticipe que la Russie tentera de tester la cohésion de l’OTAN d’ici 2028, en exploitant les divisions internes et les hésitations stratégiques de l’Alliance.

  • D’après l’expert Carl Masala, la Russie pourrait lancer une incursion limitée en Estonie pour évaluer la réaction de l’OTAN.
  • Des incidents récents aux frontières estoniennes, comme des incursions de soldats armés et des violations de l’espace aérien, sont interprétés comme des signaux d’avertissement.
  • La réaction de l’OTAN à de telles provocations sera déterminante pour sa crédibilité et sa capacité à dissuader une agression russe.

Selon l’analyste militaire allemand Carl Masala, la Russie pourrait chercher à mettre à l’épreuve l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord – la clause de défense collective – d’ici trois ans. L’expert, qui développe ses analyses dans son ouvrage “Si la Russie gagne : le scénario”, estime que Moscou perçoit des faiblesses au sein de l’Alliance atlantique qui pourraient être exploitées.

Dans un entretien accordé à Newsweek, Masala a révélé que des sources au sein du service de renseignement allemand (BND) indiquent que certains responsables russes doutent de la capacité de l’OTAN à réagir de manière rapide et unanime face à une attaque de faible intensité. Moscou compterait sur la préférence de certains pays membres pour la recherche de compromis plutôt que de risquer une escalade vers un conflit ouvert.

L’Estonie est déjà confrontée à une série d’incidents inquiétants. Début octobre, Tallinn a fermé le poste frontière de Saatse Boot après l’approche d’un groupe de soldats russes armés. Le ministre des Affaires étrangères estonien, Margus Tsahkna, a précisé que « sept hommes armés sont apparus sur un tronçon de route qui traverse brièvement le territoire russe ». Une situation similaire s’est produite dans le ciel : en septembre, trois avions de combat russes MiG-31 ont violé l’espace aérien estonien. Le Kremlin a nié toute implication, mais des analystes européens de la sécurité, dont Masala, y voient un signal clair.

« Si vous croyez en la doctrine de la dissuasion, vous n’envoyez pas trois avions de combat dans un espace aérien étranger pendant douze minutes. »

Carl Masala, analyste militaire allemand

Suite à cet incident, l’Estonie a activé l’article 4 du traité, sollicitant des consultations avec ses alliés. Cependant, certains États membres ont qualifié l’incident de possible erreur, une interprétation qui, selon Masala, révèle la vulnérabilité même que Moscou cherche à exploiter : des perceptions divergentes des menaces et des réponses désynchronisées.

Masala anticipe que la Russie évitera une attaque à grande échelle contre l’ensemble de la région, car cela déclencherait une réponse collective de l’OTAN. Il privilégie un scénario de « petites provocations » visant à diviser l’Alliance en camps : ceux favorables à une intervention immédiate, ceux prônant la négociation et ceux espérant une désescalade spontanée.

L’expert cite notamment une possible incursion limitée dans la ville estonienne de Narva, où réside une importante minorité russophone. Le Kremlin pourrait invoquer la nécessité de « protéger » cette population, à l’instar de ce qui s’est passé dans le Donbass ukrainien en 2014. D’autres scénarios envisagés incluent l’intervention de navires de guerre russes en mer Baltique et le débarquement de troupes sur l’île estonienne de Hiiumaa, des actions susceptibles de bloquer l’accès à la Baltique et d’exercer une pression politique sur l’OTAN.

« Mais si l’OTAN s’effondre, ce sera beaucoup plus facile pour Moscou. »

Carl Masala, analyste militaire allemand

Selon Masala, la réaction de l’Alliance à de tels incidents est cruciale. Tant que l’OTAN conservera son unité et que les États-Unis maintiendront une présence militaire en Europe, une tentative russe de domination politique ou économique dans la région semble improbable. L’expert avertit que c’est précisément une réaction incohérente à une éventuelle mise à l’épreuve de l’article 5 qui pourrait précipiter l’affaiblissement de l’Alliance.

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