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« Je ne veux pas de promotion » : l’ironie inquiète derrière le boom de l’embauche dans les entreprises coréennes

Une vague de promotions inattendue secoue les grands groupes coréens, mais derrière les apparences, une inquiétude grandit chez certains cadres : la promotion pourrait être un moyen déguisé de réduire les effectifs et de stabiliser les coûts. Lorsqu’on…

« Je ne veux pas de promotion » : l’ironie inquiète derrière le boom de l’embauche dans les entreprises coréennes

Une vague de promotions inattendue secoue les grands groupes coréens, mais derrière les apparences, une inquiétude grandit chez certains cadres : la promotion pourrait être un moyen déguisé de réduire les effectifs et de stabiliser les coûts.

Lorsqu’on lui a fait part de sa probable promotion, un cadre intermédiaire d’un important conglomérat a surpris son interlocuteur en déclarant : « J’essaierai d’éviter d’être promu cette année, si je le peux. » Cette réaction, révélatrice, illustre un malaise croissant au sein des entreprises coréennes, alors que celles-ci se lancent dans des campagnes de recrutement massives.

Le mois dernier, des géants tels que Samsung, Hyundai Motor, SK, LG, POSCO et Hanwha ont annoncé leur intention d’embaucher des milliers de nouveaux employés dans les années à venir. Cette décision fait suite à l’appel du président Lee Jae-myung en faveur de la création d’emplois, notamment pour les jeunes. Après une période de stagnation, voire de disparition des recrutements de jeunes diplômés, ce regain d’activité a été largement salué.

Cependant, cette dynamique suscite des craintes chez certains salariés. Dans un contexte où la rentabilité est primordiale, l’augmentation des effectifs peut impliquer des suppressions de postes. Selon des sources internes, la promotion de cadres pourrait être une stratégie subtile pour atteindre cet équilibre. Un surnom cynique circule même : les cadres sont parfois considérés comme des « employés temporaires ». Contrairement aux employés permanents, ils signent des contrats annuels et ne bénéficient pas de la protection de la loi sur les normes du travail, qui garantit la retraite à 60 ans.

Cette particularité contractuelle permet aux entreprises de procéder à des restructurations discrètes. En promouvant plusieurs cadres à des postes de direction, puis en ne renouvelant pas leurs contrats après un an, les entreprises peuvent embaucher un nombre équivalent de nouveaux employés tout en maintenant une masse salariale stable. « Lorsqu’un manager devient cadre et quitte un an plus tard, l’entreprise peut recruter trois nouvelles recrues », explique un initié du secteur.

Certains experts prévoient donc une vague de promotions de cadres, en particulier chez les cadres juniors occupant des postes tels que « directeur général » ou « chef de division ». Ces promotions, bien que prestigieuses, s’accompagnent souvent d’une sécurité d’emploi moindre et d’une anxiété accrue. Pour les employés ayant des responsabilités familiales, il peut être plus prudent de conserver un poste de chef de service jusqu’à la retraite plutôt que de prendre le risque de devenir un cadre « jetable ».

Tous ne partagent pas ce pessimisme. Certains estiment qu’il n’est pas réaliste d’attendre des entreprises qu’elles promeuvent massivement leurs cadres uniquement pour compenser les nouvelles embauches. D’autres soulignent la persistance d’une « culture de ligne », un réseau de favoritisme où les promotions récompensent souvent la loyauté envers les supérieurs. La préférence des dirigeants pour les personnes de confiance rend les promotions à grande échelle difficiles.

À partir de la fin du mois, plusieurs conglomérats commenceront à annoncer les nominations à leurs postes de direction, en commençant par les présidents affiliés et en descendant dans la hiérarchie. Certaines entreprises mettront en avant le nombre record de promotions, mais peu évoqueront les départs qui en découlent. Derrière chaque vague de nouveaux dirigeants, pourrait se cacher une vague tout aussi importante de départs discrets.

La création d’emplois est une nouvelle positive, mais elle révèle une ironie troublante : autrefois considérés comme les « stars du monde de l’entreprise », les cadres sont désormais perçus par beaucoup comme des éléments remplaçables. Féliciter quelqu’un pour une promotion ressemble de plus en plus à une marque de sympathie qu’à une célébration. En regardant les nouveaux promus s’éloigner, on ne peut qu’espérer que les choses se passeront comme ils le souhaitent, promotion ou non.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.