Publié le 29 octobre 2024 à 08h13. Washington lance une initiative pour sécuriser l’approvisionnement mondial en minéraux essentiels à la transition énergétique, mais cette démarche suscite des interrogations quant à son impact sur les pays producteurs, notamment en Indonésie.
- Le Partenariat pour la sécurité minière (MSP), initié par les États-Unis en 2022, vise à investir dans une chaîne d’approvisionnement responsable en minéraux critiques.
- L’Indonésie, premier producteur mondial de nickel, est courtisée par Washington pour rejoindre le MSP, mais des préoccupations environnementales et sociales sont soulevées.
- La Chine domine actuellement le marché de la transformation des minéraux critiques, ce qui motive les efforts américains pour diversifier les sources d’approvisionnement.
Les États-Unis, en collaboration avec une quinzaine de pays dont l’Australie, le Canada, le Japon et l’Union européenne, ont lancé le Partenariat pour la sécurité minière (MSP) en 2022. Cette initiative a pour objectif d’accélérer les investissements publics et privés dans une chaîne d’approvisionnement mondiale de minéraux critiques, considérés comme essentiels à la transition vers une énergie propre et aux technologies de défense. Le MSP se concentre sur des minéraux tels que le lithium, le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite, les terres rares et le cuivre.
L’initiative américaine intervient dans un contexte de forte dépendance mondiale vis-à-vis de quelques pays producteurs, en particulier la Chine, qui domine actuellement la transformation de nombreux minéraux critiques. Selon la Revue du marché des minéraux critiques 2023 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine est le premier transformateur de cuivre (42 %), de cobalt (74 %) et d’éléments de terres rares (90 %). L’Indonésie, quant à elle, est devenue un acteur majeur dans la production de nickel, représentant 43 % de la production mondiale.
Le MSP se veut sélectif, privilégiant les projets qui respectent des normes environnementales strictes, renforcent les communautés locales et s’inscrivent dans une démarche de développement durable. Les gouvernements partenaires, notamment à travers leurs ministères des Affaires étrangères, de l’Économie, de l’Énergie et du Commerce, coordonnent leurs efforts pour offrir un soutien financier, diplomatique ou autre aux projets sélectionnés. Plus d’une douzaine de projets miniers sont actuellement à l’étude.
L’Indonésie est au centre de l’attention, en raison de son rôle croissant dans la production de nickel, un composant clé des batteries de véhicules électriques. En juillet 2024, le secrétaire d’État américain adjoint à la croissance économique, à l’énergie et à l’environnement, José Fernandez, s’est rendu à Jakarta pour discuter de la possible adhésion de l’Indonésie au MSP.
« Nous pensons que la collaboration de l’Indonésie, si elle rejoint le MSP, apportera de meilleurs investissements pour l’Indonésie, pas n’importe quel investissement, mais des investissements qui profitent à la communauté, respectent les lois du travail et font respecter les réglementations environnementales. »
José Fernandez, secrétaire d’État adjoint américain à la croissance économique, à l’énergie et à l’environnement
La ministre indonésienne de la Coordination de l’économie, Airlangga Hartarto, a exprimé l’espoir d’une coopération similaire à celle existant entre les États-Unis et le Japon. Elle a souligné que le gouvernement indonésien et M. Fernandez avaient discuté des moyens de développer les minéraux critiques et de créer une plateforme de chaîne d’approvisionnement.
L’Indonésie dispose d’un cadre réglementaire relativement solide en matière de protection de l’environnement et de gouvernance minière, notamment à travers la loi n° 32/2009 sur la protection et la gestion de l’environnement et la loi n° 3/2020 sur l’exploitation minière. Le pays est également membre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), ce qui témoigne de son engagement en faveur d’une exploitation minière responsable.
Le président élu Prabowo Subianto a affiché une politique étrangère ouverte, entretenant des relations avec la Chine, la Russie, la Turquie, mais aussi avec les États-Unis et l’Union européenne. Cette attitude pragmatique pourrait faciliter le dialogue et la coopération avec le MSP. Pour les observateurs, le MSP doit être envisagé comme un véritable partenariat, fondé sur le respect mutuel et la volonté de trouver des solutions équilibrées, plutôt que comme une tentative d’imposer des conditions unilatérales.