Un casque de légionnaire romain du IIe siècle, exceptionnellement bien conservé et portant une inscription unique, est au cœur d’une controverse après être apparu aux enchères en ligne aux États-Unis. Sa découverte en Serbie, et les circonstances entourant son exportation, soulèvent de sérieuses questions quant à sa légalité.
La pièce, un casque de type Weisenau ou impérial-gaulois en bronze, a été mise en vente par la maison de ventes aux enchères texane Treasure Trove Auctions, avec un prix de départ oscillant entre 15 000 $ et 45 000 $. Selon les experts serbes, le casque a été découvert par un chercheur de métaux sur l’ancien site de Sirmium, aujourd’hui Sremska Mitrovica, en Serbie, une ancienne province romaine de Pannonie inférieure.
Ce qui distingue ce casque, outre son état remarquable, est l’inscription gravée sur le protège-cou : « APPIVS°LEG°IIII°FL ». Cette inscription révèle que l’objet appartenait à un soldat nommé Apio, enrôlé dans la Légion IV Flavia Felix, stationnée à Singidunum, l’actuelle Belgrade.
Treasure Trove Auctions assure avoir procédé à une restauration professionnelle du casque et avoir appliqué une couche de cire conservatrice pour préserver sa patine. La maison de ventes affirme également que l’acheteur a suivi une procédure d’approbation gouvernementale rigoureuse pour exporter légalement l’objet. Cependant, ces affirmations sont contestées par les autorités serbes.
Selon la législation serbe, les objets d’une valeur historique et culturelle exceptionnelle sont considérés comme un patrimoine culturel protégé, et leur vente et leur exportation sont strictement interdites sans autorisation officielle. « Ces règles existent pour éviter la perte d’objets irremplaçables et faire en sorte que ce patrimoine reste accessible à la recherche, à l’éducation publique et à l’identité nationale », explique Vesna Djordjevic, conservatrice au Musée national de Belgrade.
« Un casque comme celui-ci devrait être dans un musée et être accessible aux universitaires et au public, et non caché derrière le mur de caisse d’une vente aux enchères en ligne », ajoute-t-elle avec conviction.
Les experts serbes soulignent que si le casque a été découvert sur un site archéologique protégé par un chercheur de métaux, comme l’affirme Treasure Trove Auctions, sa récupération sans en informer les autorités constituerait une violation grave de la législation serbe, qui interdit les fouilles privées et le commerce de matériel archéologique.
« Cette affaire met en évidence un schéma plus large et plus troublant », déplore Vesna Djordjevic. « La Serbie, comme beaucoup d’autres pays riches en patrimoine archéologique, est confrontée à la perte constante d’objets anciens en raison de fouilles illégales et de la contrebande transfrontalière. »
À ce stade, les autorités serbes n’ont pas publié de déclaration officielle sur l’origine du casque ni sur la légalité de son exportation. Des organisations non gouvernementales spécialisées dans le patrimoine culturel demandent des éclaircissements et appellent à la suspension temporaire des enchères aux États-Unis jusqu’à ce que la légalité de l’objet soit confirmée.
« L’apparition de ce casque romain dans une vente aux enchères aux États-Unis nous rappelle que le patrimoine culturel n’est pas une marchandise », conclut Vesna Djordjevic. « Chaque vente non réglementée érode la compréhension commune du passé et alimente une économie souterraine de pillage et de contrebande. »
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