Publié le 29 octobre 2025 08h50. Le 47e sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui s’est tenu à Kuala Lumpur, a été marqué par l’admission historique du Timor-Leste et un regain d’engagement des États-Unis, mais les défis régionaux persistent, notamment en Birmanie et en mer de Chine méridionale.
- L’admission du Timor-Leste comme 11e membre de l’ASEAN représente une étape importante vers l’inclusivité et la solidarité régionale.
- Le retour du président américain Donald Trump au sommet a souligné le réengagement de Washington dans la région, notamment par son rôle dans la médiation d’un cessez-le-feu en Thaïlande et au Cambodge.
- La présidence malaisienne a mis l’accent sur la diversification des partenariats de l’ASEAN, en invitant des dirigeants du Brésil et d’Afrique du Sud.
Le sommet de Kuala Lumpur, qui s’est déroulé dans un contexte d’incertitude économique mondiale et de tensions géopolitiques croissantes, a permis de renforcer l’unité et le rôle central de l’ASEAN. Malgré l’absence de plusieurs dirigeants clés, dont Xi Jinping (Chine), Narendra Modi (Inde) et Vladimir Poutine (Russie), les réunions ont rassemblé les partenaires de dialogue de l’ASEAN, avec un retour remarqué du président américain Donald Trump.
Plus de vingt réunions connexes ont eu lieu, notamment le 20e sommet de l’Asie de l’Est, le 5e sommet du Partenariat économique régional global (RCEP), et des rencontres avec la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.
L’adhésion du Timor-Leste, après des années de candidature, marque une étape symbolique et stratégique pour l’ASEAN. Au-delà de sa valeur symbolique, cette décision reflète la volonté de l’organisation de promouvoir la solidarité régionale et de soutenir l’intégration de Dili dans ses structures complexes. L’ASEAN devra désormais s’assurer que le nouveau membre puisse participer pleinement aux processus décisionnels et bénéficier d’un renforcement des capacités.
Le retour de Donald Trump a été perçu comme un signal fort du réengagement américain dans la région. Sa présence a été notamment liée à son rôle dans la médiation du cessez-le-feu entre la Thaïlande et le Cambodge, officialisé par l’Accord de Kuala Lumpur. Le Premier ministre américain a assuré les dirigeants de l’Asie du Sud-Est d’un engagement à « 100 pour cent » envers la région, tout en soulignant la nature transactionnelle et bilatérale de la politique américaine.
La Malaisie, en tant que présidente de l’ASEAN en 2025, a cherché à accroître la visibilité de l’organisation sur la scène internationale tout en se concentrant sur des résultats concrets. Kuala Lumpur a élargi les partenariats de l’ASEAN en invitant les présidents du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, et d’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, soulignant ainsi l’alignement croissant du bloc avec les priorités du Sud global. Cette approche s’est traduite par la création du Groupe de travail sur la géoéconomie de l’ASEAN, chargé de répondre aux menaces tarifaires et de renforcer la résilience économique, en s’appuyant sur la Vision de la communauté de l’ASEAN 2045. La mise en place du Centre d’excellence de l’ASEAN pour les MPME dans la transition verte vise à concilier inclusivité et stratégie industrielle régionale.
Concernant l’intégration économique, la Déclaration conjointe des dirigeants sur le RCEP a réaffirmé l’importance de la mise en œuvre efficace de cet accord commercial, qui représente environ 30 % du PIB et de la population mondiale. Les taux d’utilisation du RCEP restent cependant faibles, en raison de conditions préférentielles moins compétitives que d’autres accords commerciaux de l’ASEAN. La création envisagée d’un Secrétariat du RCEP et le lancement d’une révision générale en 2027 pourraient permettre de rendre l’accord plus attractif.
La situation en Birmanie reste préoccupante, malgré l’engagement continu de l’ASEAN à respecter le consensus en cinq points. Les dirigeants ont adopté un examen de la mise en œuvre de ce consensus, réaffirmant la nécessité d’un arrêt de la violence et d’un dialogue inclusif avant les élections. L’ASEAN s’est abstenue d’approuver les élections prévues en Birmanie et n’a pas envoyé de mission d’observation, maintenant ainsi sa position de principe.
En mer de Chine méridionale, aucune percée majeure n’a été enregistrée. La Malaisie, en tant que coordinatrice du dialogue ASEAN-Chine, a souligné l’urgence d’accélérer les négociations sur un code de conduite en mer de Chine méridionale, un processus entamé en 2007. Les progrès dépendront de la manière dont les Philippines géreront ce dossier lors de leur présidence en 2026.
Le Sommet de l’Asie de l’Est, qui a célébré son 20e anniversaire, a une fois de plus démontré le pouvoir fédérateur de l’ASEAN, mais aussi ses difficultés à influencer les grandes puissances. Malgré la présence de 18 membres, le sommet n’a pas abouti à des résultats significatifs, les déclarations communes étant souvent édulcorées ou bloquées par les rivalités entre les grandes puissances.
Alors que la présidence passe aux Philippines, l’ASEAN devra maintenir l’élan construit par la Malaisie et traduire ses cadres stratégiques en actions concrètes, sous le thème « Naviguer ensemble vers notre avenir ».
Note de l’éditeur :
ASEANFocus+ propose des analyses approfondies de l’actualité de l’ASEAN, publiées par le Centre d’études de l’ASEAN.