Publié le 31 octobre 2023. Une étude récente met en lumière des liens spécifiques entre la pathologie de la protéine Tau et le déclin cognitif dans la maladie de Parkinson, tout en soulignant l’absence de corrélation directe entre les biomarqueurs cérébro-spinaux et les troubles de l’humeur comme la dépression ou l’anxiété.
- Les patients atteints de maladie de Parkinson présentant un déclin cognitif affichent des niveaux plus élevés de protéines Tau et de ratios Tau/Aβ42 dans leur liquide céphalo-rachidien.
- L’étude n’a trouvé aucun lien significatif entre les biomarqueurs du liquide céphalo-rachidien et la présence de dépression ou d’anxiété chez les patients parkinsoniens.
- Les troubles de l’humeur dans la maladie de Parkinson pourraient être liés à des mécanismes différents, tels que des déséquilibres neurochimiques ou des facteurs psychosociaux.
La maladie de Parkinson (MP) est une affection neurologique progressive qui affecte non seulement les fonctions motrices, mais également les capacités cognitives et émotionnelles. De plus en plus de recherches suggèrent que l’accumulation anormale de protéines, notamment la protéine Tau et l’α-synucléine, joue un rôle clé dans le développement et la progression de la maladie. Cependant, la manière dont ces processus pathologiques se traduisent en troubles cognitifs et affectifs reste mal comprise.
Une équipe de chercheurs a mené une analyse rétrospective approfondie des données issues de la Parkinson’s Progression Markers Initiative (PPMI), une vaste étude internationale visant à identifier des biomarqueurs prédictifs de l’évolution de la maladie de Parkinson. L’étude a porté sur un total de 4 380 patients et a utilisé des évaluations cognitives standardisées, telles que le test de Montréal pour l’évaluation cognitive (MoCA), ainsi que des questionnaires pour mesurer la dépression (échelle de dépression gériatrique, GDS) et l’anxiété (inventaire des traits d’état d’anxiété, STAI). Des analyses biochimiques ont également été réalisées sur des échantillons de liquide céphalo-rachidien (LCR) pour mesurer les niveaux de différents biomarqueurs, notamment l’Aβ42, la t-tau et la p-tau181, en utilisant des tests immunologiques.
Les résultats de l’étude ont révélé une association claire entre les performances cognitives et la pathologie liée à la protéine Tau. Les patients présentant un déclin cognitif, défini par un score MoCA inférieur à 26, avaient des taux significativement plus élevés de pTau (p = 0,02) et de tTau (p = 0,01) dans leur LCR, ainsi que des ratios pTau/Aβ42 (p = 0,003) et tTau/Aβ42 (p = 0,002) plus élevés. En analysant les données de manière plus approfondie, les chercheurs ont constaté que des ratios pTau/Aβ42 supérieurs à 0,022 (OR 4,64, IC à 95 % 1,67-13,8) et des ratios tTau/Aβ42 supérieurs à 0,26 (OR 4,18, IC à 95 % 1,6-11,5) étaient fortement associés au déclin cognitif.
Une analyse longitudinale sur les trois premières années de suivi a confirmé que la cognition des patients atteints de la maladie de Parkinson restait inférieure à celle des témoins sains, tandis que les niveaux de p-tau et d’Aβ42 dans le LCR restaient plus élevés chez les témoins. En revanche, l’étude n’a trouvé aucune corrélation significative entre les biomarqueurs du LCR et la présence de dépression ou d’anxiété. Cela suggère que les troubles de l’humeur observés chez les patients parkinsoniens pourraient être liés à d’autres mécanismes, tels que des perturbations des neurotransmetteurs monoaminergiques, une inflammation du système nerveux central ou des facteurs psychologiques et sociaux.
« Nos résultats mettent en évidence la spécificité de la pathologie liée à la protéine Tau pour les troubles cognitifs dans la maladie de Parkinson », expliquent les auteurs de l’étude. Bien que l’Aβ42 et l’α-synucléine restent des biomarqueurs importants pour le suivi de la maladie et l’évaluation du risque global, cette recherche suggère que la protéine Tau pourrait jouer un rôle plus direct dans le déclin cognitif.
Mots-clés : la maladie de Parkinson ; l’alpha-synucléine; amyloïde-bêta; cognition; humeur; protéines tau.
À lire aussi
