Une mélancolie douce-amère émane de « Little Bear Ridge Road », la pièce de Samuel D. Hunter, actuellement présentée à Broadway. L’œuvre, qui explore l’isolement et les liens familiaux dans le décor austère de l’Idaho rural, résonne particulièrement avec les échos de la pandémie de COVID-19.
L’histoire se déroule en 2020. Ethan (interprété par Micah Stock) retourne dans sa ville natale pour vendre la maison de son père, décédé. Leur relation était brisée depuis des années, empoisonnée par les problèmes de toxicomanie du père. Ethan, lui-même en quête de sens après avoir quitté un compagnon violent à Seattle et renoncé à ses ambitions littéraires, se retrouve hébergé chez sa tante Sarah (Laurie Metcalf), une femme pragmatique qui ne mâche pas ses mots.
Les deux années qui suivent sont marquées par une étrange routine, rythmée par les séries télévisées qu’ils regardent ensemble. Hunter saisit avec justesse la perception distordue du temps durant cette période, où les mois s’écoulaient au gré des ultimes épisodes des séries en cours. Le dramaturge, originaire de Moscou, dans l’Idaho, a puisé dans ses propres racines pour créer cette atmosphère particulière, déjà perceptible dans ses pièces précédentes comme « A Bright New Boise » et « Lewiston », et plus récemment « Grangeville ».
La mise en scène de Scott Pask renforce ce sentiment d’isolement : un cercle de tapis blanc au milieu d’un vide noir, meublé d’un simple ventilateur de plafond et d’un imposant canapé gris en plastique. Sarah et Ethan, assis sur ce siège improbable, semblent des astronautes en préparation de lancement, suspendus dans une existence lunaire et désolée. « Ouais, on a une belle vue d’ici », concède Sarah avec son habituelle laconicité.
L’arrivée de James (John Drea), le nouveau compagnon d’Ethan, un astrophysicien en devenir, introduit une dimension cosmique qui provoque chez ce dernier une crise de panique. « Le… la galaxie, elle est juste là », balbutie-t-il, submergé par l’immensité de l’univers.
La pièce a été écrite spécifiquement pour Laurie Metcalf, qui incarne Sarah avec une force et une authenticité remarquables. Sarah est une femme qui refuse la sentimentalité et l’aide, ce qui complique la situation, car Ethan peine à lui offrir un soutien véritable. Elle n’a pas pu le protéger d’une enfance difficile, et il semble aujourd’hui bloqué dans un état infantile. Stock, dans son interprétation, accentue cette impression en adoptant une posture relâchée et en tripotant son pantalon comme un enfant.
Si « Little Bear Ridge Road » excelle dans l’étude de personnages, la relation entre Ethan et James apparaît plus superficielle. Le dévouement inconditionnel de James contraste avec l’irritabilité et les insultes d’Ethan. Hunter explore la question de ce que des personnes imparfaites peuvent s’offrir mutuellement, et la différence entre sauver et aider. La pièce soulève également une réflexion sur l’acte d’écrire à partir de sa propre expérience : Ethan avoue avoir abandonné l’autofiction parce que « je me suis rendu compte que je n’aimais pas mes personnages principaux ». Cette phrase révèle un profond doute de soi, une peur d’affronter une vérité plus sombre que le ciel infini.
Dans un registre différent, l’artiste brésilienne Carolina Bianchi a également exploré les thèmes de l’autobiographie et de l’ambivalence lors du festival Powerhouse: International à Brooklyn. Sa performance, « The Bride and the Goodnight Cinderella », présentée initialement au Festival d’Avignon en 2023, se caractérise par une colère et un désespoir brûlants. Dans l’art de la performance, la frontière entre réalité et fiction est floue, et l’artiste peut aller jusqu’à s’infliger des blessures réelles, ce qui peut être difficile à supporter pour le spectateur.