Un détournement inexpliqué de l’avion présidentiel vénézuélien et une photo d’anniversaire troublante pourraient révéler une opération secrète de la CIA visant à déstabiliser le régime de Nicolás Maduro, selon une enquête de l’Associated Press.
Le 19 septembre, l’Airbus utilisé par le président vénézuélien Nicolás Maduro a décollé de Caracas pour un vol qui a brusquement pris fin 20 minutes plus tard, l’appareil faisant demi-tour dans des circonstances qui interrogent. Peu avant cet incident, Marshall Billingslea, ancien secrétaire adjoint au Trésor américain chargé du financement du terrorisme, a publié sur le réseau social X deux photographies du général Bitner Villegas, pilote de confiance de Maduro. L’une le montrait souriant sur un canapé en cuir rouge, l’autre en uniforme officiel.
« Joyeux anniversaire « Général » Bitner ! », a écrit Billingslea, souhaitant un joyeux anniversaire au pilote. Cette publication a attiré l’attention et pourrait être liée au retour précipité de l’avion présidentiel, selon l’enquête de l’AP.
L’agence de presse a authentifié des échanges de messages entre Villegas et Edwin Lopez, un agent du Département de la Sécurité intérieure (DHS) américain. Le plan envisagé était audacieux : Lopez cherchait à recruter Villegas pour détourner l’avion de Maduro vers un territoire où les États-Unis pourraient procéder à son arrestation. En échange, le pilote aurait reçu une récompense financière conséquente et le soutien de ceux qui souhaitent renverser le dirigeant vénézuélien.
Selon l’AP, les conversations entre les deux hommes étaient tendues. Villegas n’a pas donné d’engagement ferme, mais a communiqué son numéro de téléphone portable à Lopez, ce qui a pu être interprété comme un signe d’ouverture. L’enquête révèle que Lopez a continué de contacter Villegas même après son départ à la retraite en juillet, lui rappelant qu’il était encore temps de rejoindre les rangs de la CIA, notamment après l’augmentation de la récompense offerte pour la capture de Maduro, portée à 50 millions de dollars (environ 46 millions d’euros) en août.
Villegas a finalement refusé de coopérer et est apparu fin septembre à la télévision vénézuélienne aux côtés du ministre de l’intérieur, qui a affirmé sa loyauté envers Maduro. Washington et Caracas n’ont pas souhaité commenter ces allégations lorsqu’ils ont été contactés par l’AP.
Ces tentatives de déstabilisation s’inscrivent dans une longue tradition d’interventions américaines en Amérique latine, rappelle Luca Trenta, spécialiste des services de renseignement à l’université de Swansea au Pays de Galles. Il cite l’exemple d’une tentative similaire dans les années 1960 visant à convaincre un pilote de Cubana Airlines d’abattre l’avion transportant Raúl Castro.
« Il y a un parallèle très intéressant avec une tentative datant de 1960, lorsqu’un agent de la CIA a tenté de convaincre un pilote de Cubana Airlines d’abattre un avion transportant Raúl Castro », explique Trenta. « On lui a offert environ 10 000 dollars et on lui a promis de payer les études de ses enfants, au cas où il ne survivrait pas à ce qui aurait pu être une mission suicide. »
Annette Idler, professeure à la Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford, souligne que les interventions américaines en Amérique latine ont une histoire mouvementée, marquée par des coups d’État au Guatemala en 1954, au Chili en 1973 et au Nicaragua. L’implication de la CIA a atteint son apogée durant la Guerre froide, avec la chute de cinq régimes entre 1963 et 1981.
L’administration Trump semble adopter une approche plus directe, voire ostentatoire, en matière de politique étrangère. « Pour eux, il s’agit simplement de frapper fort. Le reste, c’est pour le spectacle », estime Trenta.
Le Venezuela a dénoncé lundi un complot de la CIA visant à fabriquer des incidents « sous fausse bannière » pour justifier une intervention militaire. Idler met en garde contre le risque d’une escalade des tensions et de représailles mutuelles. « Le risque est que le Venezuela décide de riposter en lançant des opérations sur le sol américain », avertit-elle. « Cela invite à des interférences réciproques. »