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“Les Pays-Bas doivent également y faire attention”

by Clara Dubois

Publié le 2025-11-01 10:07:00. Des moteurs de véhicules blindés d’origine britannique ont été retrouvés sur les champs de bataille soudanais, révélant un réseau complexe de trafic d’armes alimentant un conflit dévastateur qui a plongé le pays dans la plus grave crise humanitaire mondiale.

  • Plus de 150 000 personnes ont déjà perdu la vie dans la guerre civile au Soudan.
  • Les Émirats arabes unis sont accusés de servir de plaque tournante pour l’acheminement d’armes vers les Forces de soutien rapide (RSF).
  • La famine menace des centaines de milliers de personnes, notamment à El Fasher, où les RSF ont encerclé la ville et bloqué l’accès à l’aide humanitaire.

La guerre qui ravage le Soudan depuis plus de deux ans a atteint un point critique, avec des conséquences humanitaires catastrophiques. Les combats acharnés entre l’armée soudanaise et les RSF ont fait plus de 150 000 morts, et la situation se détériore rapidement. La semaine dernière, des centaines de personnes ont péri dans les violences au Darfour, une région de l’ouest du pays déjà marquée par des décennies de conflit.

Selon le quotidien britannique The Guardian, des moteurs fabriqués par la société galloise Militec, filiale de Cummins Arabia, ont été découverts sur des sites de combat au Soudan. Ces moteurs, légalement exportés vers les Émirats arabes unis, ont apparemment trouvé leur chemin vers les RSF, un groupe paramilitaire accusé de graves violations des droits de l’homme.

Les Émirats arabes unis nient soutenir les RSF, mais des preuves accablantes suggèrent le contraire. La correspondante Afrique Sophie van Leeuwen explique que le commerce d’armes est étroitement lié à l’exploitation de l’or soudanais :

« Les armes sont achetées grâce à l’or. Le sol soudanais en regorge. »

Sophie van Leeuwen, correspondante Afrique

Les RSF utilisent ensuite ces armes pour commettre des atrocités.

La situation humanitaire est désespérée. 14 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer, et la famine sévit dans de nombreuses régions du pays. Les RSF ont encerclé la ville d’El Fasher pendant plus de 500 jours, empêchant l’acheminement de l’aide alimentaire. Depuis cette semaine, les RSF contrôlent la ville, et l’on craint pour le sort des 260 000 habitants restés sur place. Des rapports du Laboratoire de recherche humanitaire (HRL) de Yale indiquent que des massacres sont en cours, les RSF considérant tous les habitants comme des ennemis. Rapports du HRL de Yale

Sylvain Pénicaud, de Médecins sans frontières, témoigne des difficultés rencontrées par les personnes fuyant El Fasher :

« Ces derniers jours, des milliers de personnes sont arrivées après un voyage extrêmement dangereux entre El Fasher et Tawila. Beaucoup d’entre elles souffrent de malnutrition ou de déshydratation et souffrent de blessures. »

Sylvain Pénicaud, Médecins sans frontières

L’armée soudanaise n’est pas non plus exempte de reproches. L’ONU l’accuse, tout comme les RSF, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment de violence sexuelle et de l’utilisation de la famine comme arme de guerre.

L’armée gouvernementale reçoit également un soutien extérieur, notamment de l’Égypte, de l’Iran et de l’Arabie saoudite, qui lui fournissent des armes. La Russie, quant à elle, entretient des relations commerciales avec les deux parties.

Ce conflit, qui dure depuis plus de deux ans, trouve ses racines dans un désaccord sur la répartition du pouvoir entre l’armée gouvernementale et le général à la tête des RSF. Les combattants des RSF, souvent issus de communautés arabes, ciblent fréquemment les populations d’origine africaine.

Ce n’est pas la première fois que les Émirats arabes unis sont impliqués dans le transfert d’armes vers le Soudan. Plus tôt cette année, il a été révélé que des obus de mortier bulgares avaient transité par les Émirats pour atteindre les RSF. Vidéo révélant le trafic d’armes bulgares Des bombes et des obusiers chinois ont également été identifiés au Darfour, et Amnesty International a conclu qu’ils étaient « presque certainement » arrivés via les Émirats. Rapport d’Amnesty International L’organisation a appelé à un arrêt immédiat des transferts d’armes vers les RSF et à une suspension de toutes les exportations vers les Émirats.

Wendela de Vries, chercheuse et militante de Stop Arms Trade, a lancé un appel similaire au gouvernement néerlandais :

« Nous insistons sur le fait que nos exportations militaires vers les Émirats doivent cesser car on ne sait pas exactement ce que les Émirats arabes unis font avec cet équipement militaire. »

Wendela de Vries, Stop Arms Trade

Les Pays-Bas ont repris leurs exportations militaires vers les Émirats en 2023, après une suspension due aux préoccupations concernant le transit vers le Yémen. Cependant, l’expert en commerce d’armes Frank Slijper estime que la situation n’a pas fondamentalement changé :

« La Chambre des représentants s’inquiète depuis des années des exportations militaires vers les Émirats. En effet, on ne sait pas suffisamment clairement par qui et dans quel but ces biens militaires sont finalement utilisés. »

Frank Slijper, expert en commerce d’armes

Bien que les Pays-Bas exportent principalement des pièces navales vers les Émirats, il n’est pas exclu que du matériel militaire néerlandais finisse par être utilisé par des groupes paramilitaires de la région, notamment au Yémen. Selon De Vries, les pays comme les Pays-Bas et le Royaume-Uni ferment les yeux sur ces pratiques pour des raisons financières :

« Ils ferment les yeux parce que cela rapporte de l’argent. »

Wendela de Vries, Stop Arms Trade

La correspondante Van Leeuwen partage ce pessimisme :

« Tant qu’il y aura autant d’argent et d’armes impliqués dans cette guerre, elle ne s’arrêtera pas, car les enjeux sont trop importants. »

Sophie van Leeuwen, correspondante Afrique

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