Publié le 2025-11-02 15:52:00. Guillermo del Toro livre une adaptation audacieuse et personnelle du roman épistolaire de Mary Shelley, Frankenstein, présentée à Venise, Donosti et Sitges, qui s’éloigne de la fidélité littérale pour explorer l’âme même de la création et de la monstruosité.
- L’adaptation de Del Toro prend des libertés significatives avec le roman original, s’inspirant de multiples versions antérieures tout en forgeant sa propre voie.
- Le film accorde une intelligence et une sensibilité accrues à la créature, rompant avec l’image iconique popularisée par Boris Karloff en 1931.
- Del Toro explore la question de l’âme dans les images, un écho à une réflexion plus ancienne sur la nature du cinéma et de la création artistique.
L’œuvre de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne, publiée en 1818, est l’une des pierres angulaires de la littérature fantastique et a fait l’objet d’innombrables adaptations cinématographiques. Pourtant, rares sont les films qui ont véritablement capturé l’esprit et la complexité du roman original. La version de Guillermo del Toro, présentée récemment dans plusieurs festivals européens, ne prétend pas à une fidélité absolue, mais propose une relecture singulière qui interroge la notion même d’adaptation.
Contrairement à l’idée reçue, une adaptation n’est pas nécessairement améliorée par une adhésion scrupuleuse à son matériau source. Del Toro prend des libertés qui feraient pâlir James Whale, le réalisateur de la célèbre version de 1931. Mais c’est précisément dans cette infidélité que réside la force du film. Il ne s’agit pas d’une simple reproduction, mais d’une réinvention qui puise dans l’imaginaire collectif tout en y apportant une vision personnelle.
Le film s’inspire de multiples sources, de l’adaptation télévisuelle de Dan Curtis en 1973 à la proposition de Kenneth Branagh en 1994, en passant par les versions d’Hammer Films. Il emprunte des éléments narratifs, visuels et thématiques à ces différentes interprétations, les combinant et les transformant pour créer un ensemble cohérent et original. La tour isolée où Victor Frankenstein mène ses expériences rappelle l’esthétique de l’Universal, tandis que l’orage et l’éclair qui donnent vie à la créature ne figurent pas dans le livre, où le médecin se refuse à révéler les détails de son exploit.
Oscar Isaac incarne un Victor Frankenstein plus sombre et plus arrogant que le personnage original, rappelant parfois Peter Cushing dans les films d’Hammer. Jacob Elordi, dans le rôle de la créature, apporte une intelligence et une sensibilité qui contrastent avec l’image simpliste véhiculée par Boris Karloff. Le film donne également une voix à la créature, lui permettant de raconter sa propre histoire, ce qui n’apparaît que brièvement dans le roman. Mia Goth, interprétant Elizabeth, le personnage féminin, dépasse son rôle d’objet d’amour pour devenir un miroir essentiel au protagoniste.
Au-delà de l’histoire de Frankenstein, le film pose une question fondamentale : quelle est la différence entre une œuvre créée par un artiste et une œuvre générée par une intelligence artificielle ? Del Toro suggère que l’âme d’une œuvre réside dans l’éclat qui illumine le regard de son créateur, dans la capacité à insuffler la vie à la matière inerte. Guillermo del Toro semble ainsi affirmer que les images, sans aucun doute, ont une âme, mais seulement lorsqu’elles sont le fruit d’une création humaine.
Frankenstein, dans cette version, est un véritable patchwork, une œuvre composite qui synthétise les mythes et les images du passé. Et c’est dans cette synthèse que réside sa beauté et sa puissance. Le film est plus que la somme de ses parties, une œuvre originale et cohérente qui témoigne de la vision unique de son auteur.