Home DivertissementUne chanson pour le futur – The Williams Record

Une chanson pour le futur – The Williams Record

by Antoine Girard

Publié le 2025-11-05 05:58:00. L’artiste Jimena Sarno propose au MASS MoCA une exploration immersive de l’artisanat et de la création dans un monde en mutation, à travers une installation multimédia déconcertante et poétique intitulée Rhapsodie. L’exposition, visible jusqu’en janvier 2027, interroge la place de la main et du savoir-faire dans l’art contemporain.

  • Rhapsodie présente un faux marché d’objets physiques, sonores et photographiques, invitant le spectateur à une réflexion sur l’avenir de l’artisanat.
  • L’exposition met en lumière la notion de « vision du tiers monde » de Sarno, une approche environnementaliste de la création basée sur la rareté et l’utilisation de matériaux disponibles.
  • L’accessibilité de l’exposition, avec des assises intégrées et l’absence de barrières physiques, encourage une expérience sensorielle et contemplative.

Le visiteur est immédiatement plongé dans un univers singulier dès l’entrée dans Rhapsodie. Une longue rangée de plateaux en contreplaqué, semblant flotter dans l’obscurité grâce à des pieds métalliques discrets, attire l’attention. Ces « étals » sont ornés de figurines, de vaisselle et de bijoux, chacun portant un numéro de référence permettant de consulter le guide de l’exposition rédigé par la commissaire invitée, Alexandra Foradas.

L’exposition ne se limite pas à une simple présentation d’objets. Elle explore le processus créatif lui-même, notamment à travers la présence de métiers à tisser, associés aux œuvres textiles de Sarno. Cette juxtaposition d’œuvres finies et d’outils permet de mieux appréhender l’importance du savoir-faire et de la technique. Une question centrale se pose : quelle est la place de l’artisanat – tissage, poterie, travail du bois – dans un musée d’art contemporain et dans le monde de l’art en général ?

Jimena Sarno n’a pas travaillé seule sur Rhapsodie. Elle a collaboré avec de nombreux artistes, principalement originaires du Sud, pour créer des œuvres, des paysages sonores et des films qui contribuent à sa vision d’un avenir plus juste. L’une des sections de l’exposition, intitulée « Vestigios del Futuro » (Vestiges du futur), présente les créations de Lourdes Chicco Ruiz et Candelaria Aaset, des sculptures multimédias réalisées à partir de matériaux hétéroclites tels que la fourrure, les plumes, le métal et le bois flotté. Ces assemblages, à la fois texturés et visuellement captivants, invitent à la contemplation.

Alexandra Foradas explique que Sarno s’inscrit dans une « vision du tiers monde », une philosophie qui valorise la création à partir de ce qui est disponible et beau, dans un contexte de rareté. Cette approche se reflète dans l’utilisation de matériaux recyclés ou naturels et dans la fonctionnalité de certaines œuvres, comme la vaisselle sur roues de Sarno.

L’expérience sensorielle est renforcée par une bande sonore dissonante et par un film projeté sur le mur du fond de la salle principale. Tourné en 16 mm et Super 8, puis numérisé, ce film met en scène des plans rapprochés du processus de tissage, amplifiant chaque détail du geste artisanal. Les ombres projetées par les sculptures sur le film tissent un lien cohérent entre les différents médias de l’exposition.

Le médium cinématographique réapparaît dans « Las Tres Gracias » (Les Trois Grâces), une œuvre de 2024 de Sarno qui revisite la sculpture néoclassique d’Antonio Canova. Le film, décrit par Foradas comme une « installation lyrique », explore les visages et les corps des personnages à travers des plans tremblants et des gros plans minutieux. L’œuvre est accompagnée d’un livret, une narration d’opéra composée par Molly Pease et Valentina Magaletti, chantée simultanément en espagnol et en anglais.

« Refusant d’être relégués aux poubelles de l’histoire, ces mots et expressions ont une étrange actualité, exprimant la continuité avec le passé et l’actualité continue des luttes de libération. »

Alexandra Foradas, commissaire invitée

Enfin, l’exposition propose une reproduction à l’échelle réelle de l’atelier de Sarno, intitulé « Bibliothèque textile », rempli de tissages et de livres. Cette installation permet au visiteur de se plonger dans l’univers de l’artiste et de comprendre ses méthodes de travail.

L’accessibilité est un point fort de Rhapsodie. Des chaises à bascule sont disposées parmi les œuvres, invitant à la détente et à la contemplation. L’absence de vitrines ou de barrières physiques encourage une interaction directe avec les œuvres, permettant à chacun, quel que soit son âge, de s’immerger pleinement dans l’univers de Jimena Sarno.

You may also like

Leave a Comment