Publié le 6 novembre 2025 à 02h43. La pièce Reines, une réécriture de l’œuvre de Martyna Majok, explore avec une force saisissante la condition des femmes immigrées à New York, confrontées à la précarité et à l’exploitation.
- La nouvelle production de Reines, jouée au New York City Center Stage I, met en scène un ensemble exceptionnel d’actrices, dont Brooke Bloom, Anna Chlumsky et Marin Ireland.
- La pièce aborde la question de la vulnérabilité et de la solidarité entre femmes issues de différents horizons, confrontées à la nécessité de survivre dans un environnement hostile.
- Martyna Majok interroge la complexité de l’expérience migratoire et les dynamiques de pouvoir qui s’opèrent au sein même des communautés immigrées.
Reines, une œuvre poignante de Martyna Majok, a débuté sa nouvelle production ce soir à New York. La pièce, qui revisite son texte original de 2018, offre un regard cru et sans concession sur la vie de femmes immigrées, originaires d’Ukraine, du Honduras, d’Afghanistan et de Pologne, vivant dans un appartement exigu d’un quartier modeste de New York. L’œuvre se déroule en deux temps, en 2001 et en 2017, permettant de saisir l’évolution de leurs situations et de leurs espoirs.
L’écriture de Majok, d’une grande finesse, permet à chacune des huit actrices – Brooke Bloom, Anna Chlumsky, Sharlene Cruz, Marin Ireland, Julia Lester, Nadine Malouf, Andrea Syglowski et Nicole Villamil – de déployer toute l’étendue de son talent. La pièce ne se contente pas de dépeindre la précarité de ces femmes, mais explore également les liens complexes qui les unissent, oscillant entre solidarité et rivalité. Elles sont motivées par la recherche d’une indépendance financière ou par la nécessité d’envoyer de l’argent à leurs familles restées au pays.
L’audace de Reines réside dans sa capacité à questionner la manière dont les personnes vulnérables peuvent être amenées à s’exploiter mutuellement. Majok rappelle que les États-Unis, bien que terre d’accueil, ne se sont pas toujours montrés accueillants envers tous ses immigrants. La pièce déconstruit l’idée reçue d’une Amérique généreuse et bienveillante, mettant en lumière les fractures et les inégalités qui persistent au sein de la société américaine.

La mise en scène de Trip Cullman, pour le Manhattan Theatre Club, est particulièrement attentive à la psychologie des personnages et à l’atmosphère oppressante du lieu où ils vivent. Le décor, bien que simple, est rendu saisissant grâce à l’éclairage subtil de Ben Stanton. La production explore également une dimension métaphysique, notamment lors des transitions entre les scènes, soulignant la fragilité et l’isolement des personnages.
La performance d’Anna Chlumsky, lors de sa brève apparition, est particulièrement marquante. Elle prononce des phrases dans une langue que la plupart des spectateurs ne comprennent pas, mais son émotion est palpable. Sa réaction suscite une réponse viscérale de Marin Ireland, qui semble exprimer une douleur silencieuse, une souffrance indicible et universelle, rappelant un cri silencieux.
Reines est en représentation jusqu’au 7 décembre 2025 au New York City Center Stage I, situé sur West 55th Street à New York. Pour obtenir des billets et plus d’informations, veuillez consulter ce site.