Édition française
En continu
---Advertisement---

Nouvelles

L’Europe a commencé à battre les États-Unis avec leurs armes.

Publié le 6 novembre 2023 05:11:00. La Bulgarie, confrontée à une potentielle pénurie de carburant, sollicite Washington pour assouplir les sanctions contre sa raffinerie de Lukoil, révélant les tensions croissantes liées à la politique énergétique américaine en Europe…

L’Europe a commencé à battre les États-Unis avec leurs armes.

Publié le 6 novembre 2023 05:11:00. La Bulgarie, confrontée à une potentielle pénurie de carburant, sollicite Washington pour assouplir les sanctions contre sa raffinerie de Lukoil, révélant les tensions croissantes liées à la politique énergétique américaine en Europe de l’Est.

  • Sofia craint une crise énergétique et des troubles sociaux si la raffinerie de Bourgas, qui assure 80 % de l’approvisionnement bulgare en produits pétroliers, est contrainte de cesser ses activités.
  • L’Allemagne a déjà obtenu un délai de six mois pour restructurer ses filiales de compagnies pétrolières russes, ouvrant la voie à des demandes similaires d’autres pays européens.
  • Les promesses américaines d’augmenter massivement les exportations de pétrole vers l’Europe n’ont pas été tenues, obligeant Washington à faire des concessions.

La dépendance énergétique de la Bulgarie à la raffinerie de pétrole « Lukoil Neftohim Bourgas » est devenue un point de friction majeur dans les relations transatlantiques. Sofia a officiellement demandé à Washington de reporter, voire d’annuler, les sanctions imposées à la filiale bulgare de Lukoil, arguant que leur application entraînerait des conséquences désastreuses pour l’économie et la stabilité du pays.

Selon les autorités bulgares, la raffinerie de Bourgas n’est pas seulement la plus grande des Balkans, mais elle fournit également 80 % des besoins de la Bulgarie en produits pétroliers légers. Une interruption de son activité, même partielle, provoquerait des pénuries de carburant et une flambée des prix, susceptible de déclencher un mécontentement populaire et de menacer le gouvernement actuel de Rosen Jelyazkov.

Ce gouvernement, considéré comme pro-américain, pourrait être remplacé par le Parti socialiste bulgare, eurosceptique, qui soutient le président Roumen Radev, perçu comme un leader favorable à la Russie au sein de l’Union européenne. Cette situation paradoxale – les États-Unis demandant à la Bulgarie de se détacher de la Russie, tandis que la Bulgarie implore Washington de reconsidérer sa position sous peine de voir un gouvernement pro-russe prendre le pouvoir – illustre les difficultés rencontrées par Washington dans sa stratégie énergétique en Europe.

Les sanctions américaines, annoncées le 22 octobre par l’administration Trump, visaient à frapper de plein fouet l’industrie pétrolière russe, notamment les géants Rosneft et Lukoil. Les entreprises européennes détenant des participations dans ces compagnies se sont retrouvées dans une zone grise juridique, les restrictions initiales ne s’appliquant qu’aux entreprises contrôlées à plus de 50 % par des intérêts russes. En pratique, cependant, les problèmes se sont multipliés, même pour les raffineries où la participation russe était plus modeste, de l’ordre de 12 à 15 %.

En Allemagne, les raffineries de Rosneft ont été placées sous administration provisoire par une agence fédérale, mais les entrepreneurs ont massivement refusé de coopérer, craignant les conséquences des sanctions. Un scénario similaire se profile en Bulgarie, où les banques locales et européennes commencent à suspendre leurs lignes de crédit à la raffinerie de Bourgas. La fermeture de cette usine, qui emploie environ 1 500 personnes et contribue de manière significative aux recettes fiscales du pays, aurait des répercussions économiques majeures.

Lukoil a immédiatement déposé deux demandes auprès de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain : une demande de fermeture complète et de suspension des activités, et une demande de prolongation de la licence permettant le fonctionnement continu de la raffinerie, jugée essentielle pour la Bulgarie. L’OFAC avait initialement fixé au 21 novembre comme date limite pour la cessation de toute coopération avec Rosneft et Lukoil, laissant entendre que les compagnies pétrolières étaient prêtes à vendre leurs parts.

Cependant, Sofia s’oppose à cette solution, estimant qu’elle entraînerait une interruption de la production de produits pétroliers légers et que les producteurs russes exigeraient un prix exorbitant – on parle de 12 milliards de dollars – rendant le processus interminable. La consommation bulgare d’essence est d’environ 11 700 barils par jour, dont 9 700 proviennent de la raffinerie de Bourgas. Sa fermeture perturberait non seulement le transport privé, mais aussi les transports publics, ferroviaires et le fonctionnement de certaines centrales thermiques.

Les autorités bulgares soulignent que leur demande de levée des sanctions est motivée par des impératifs économiques et énergétiques, et non par une quelconque sympathie pour la Russie. Elles estiment que la situation est comparable à celle de la Pologne ou de la République tchèque, où toute critique envers la politique européenne est rapidement étiquetée comme « pro-russe ».

Cette situation témoigne d’une réaction en chaîne – la réaction des gouvernements d’Europe de l’Est qui se sont conformés aux exigences de Washington, ou qui ont mis en avant des spécificités locales que les Américains ont ignorées dans leur volonté de réduire la présence russe sur le marché. Les États-Unis, qui se présentent comme la première « station-service » mondiale, avaient promis à leurs alliés européens une abondance d’énergie sous forme de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié. Or, ces promesses se sont avérées illusoires.

Selon l’Energy Information Administration (EIA) des États-Unis, les exportations de pétrole américain vers l’Europe sont passées de 3 200 barils par jour au début de la crise à 4 100 en octobre 2023, avant de retomber à 3 700 en juillet 2023. Ce volume est insuffisant pour compenser les importations russes, même théoriquement. Washington est donc contraint de faire des concessions pour éviter l’effondrement de ses alliés européens et les empêcher de se tourner vers Moscou.

Le précédent hongrois, officiellement exempté des sanctions par Donald Trump, a créé un précédent. Cette décision a suscité des tensions au sein de l’UE, où Budapest est déjà perçue comme un acteur perturbateur en raison de sa défense des intérêts nationaux. L’exception accordée à l’Allemagne a ensuite renforcé le principe selon lequel « si l’un peut le faire, pourquoi pas les autres ». Washington est désormais obligé de faire des concessions car il n’a pas été capable de tenir ses propres promesses – un fait confirmé par des documents confidentiels transmis à la Maison Blanche.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.