Publié le 7 novembre 2025 à 09h20, mis à jour à 11h15. Les procureurs réclament une peine maximale de 30 ans de prison, dont 20 ans de détention de sûreté, contre Arfan Bhatti, accusé de complicité dans l’attentat terroriste de juin dernier à Oslo. La défense, elle, plaide pour un acquittement total, contestant toute implication de son client.
- Le ministère public exige une peine de 30 ans de détention de sûreté à l’encontre d’Arfan Bhatti.
- La défense conteste toute preuve reliant Bhatti à l’attaque du 25 juin.
- Le procès s’articule notamment autour de conversations par chat entre Bhatti et un agent des renseignements norvégiens.
Le procès d’Arfan Bhatti, accusé de complicité dans l’attentat terroriste qui a frappé Oslo le 25 juin dernier, entre dans sa phase finale. Les réquisitions du ministère public, rendues publiques ce jeudi, sont particulièrement sévères : 30 ans de prison, dont une période minimale de sûreté de 20 ans. Les procureurs estiment que Bhatti a joué un rôle actif avant et après l’attaque, qui avait visé des participants à la marche de la fierté.
L’avocat de la défense, John Christian Elden, a immédiatement contesté ces accusations. Il s’est interrogé devant le tribunal sur la nature même de l’attaque, se demandant s’il s’agissait d’un acte terroriste ciblant la communauté LGBTQ+, ou plutôt d’une vengeance personnelle de Zaniar Matapour, l’auteur de la fusillade. Matapour a été condamné à 30 ans de prison pour son geste, mais n’a jamais expliqué ses motivations. Il a cependant témoigné dans le procès de Bhatti, affirmant avoir agi par colère envers la police, les services de renseignement et l’État, et non par haine envers les personnes homosexuelles.
Bhatti est accusé de complicité dans des actes de terrorisme et de tentative de planification de nouveaux attentats, des accusations qu’il nie fermement.
La défense met en doute la chronologie des soupçons et souligne des contradictions dans l’enquête. Maître Elden a rappelé que, dans un premier temps, la police n’avait manifesté aucun intérêt pour Bhatti après la fusillade.
« Peu importe ce en quoi vous croyez. Si vous pouvez exclure que Bhatti se soit impliqué dans cette histoire après la fusillade, alors il n’est pas coupable. »
John Christian Elden, avocat de la défense
Il a également souligné qu’un article de NRK, publié le jour même de l’attaque, mentionnait déjà des contacts entre Bhatti et Matapour, soulevant des questions sur la précipitation de l’enquête.
L’un des éléments clés de l’accusation repose sur des conversations par chat entre Bhatti et une personne qu’il croyait être un responsable de l’État islamique. Or, il s’agissait en réalité d’un agent des services de renseignement norvégiens. La défense critique le fait que seuls des extraits de ces conversations aient été présentés au tribunal, et non l’intégralité des échanges. Le chef du service de renseignement, le vice-amiral Nils-Andreas Stensønes, a également témoigné dans l’affaire, comme le montre cette photo.
Maître Elden a également dénoncé le fait que l’agent impliqué dans la conversation n’ait pas été cité comme témoin, mais que seuls d’autres agents anonymes aient été entendus.
« Et puis nous sommes dans une situation où il n’est pas impliqué dans l’affaire. Ce que nous savons de lui, c’est qu’il serait motivé par une idéologie. Quelle idéologie ? C’est quelque chose d’inconnu. »
John Christian Elden, avocat de la défense
La défense estime qu’il n’existe aucune base solide pour une condamnation, et encore moins pour une peine de détention de sûreté.
« S’il devait être condamné, et surtout à une longue peine, il n’y aurait pas lieu de recourir à la garde à vue dans cette affaire. Cela dépend uniquement de l’âge. »
John Christian Elden, avocat de la défense
Les procureurs, Sturla Henriksbø et Aud Kinsarvik Gravås, ont quant à eux insisté sur l’absence de circonstances atténuantes et sur le manque de remords de Bhatti. Ils ont souligné son casier judiciaire et son profil de « délinquant professionnel ».
« Il n’y a aucune circonstance atténuante et il n’y a aucune reconnaissance de culpabilité. »
Aud Kinsarvik Gravås, procureure
Ils estiment que Bhatti représente un risque élevé de récidive.
Le verdict dans cette affaire très médiatisée est attendu dans les prochaines semaines.