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“Je t’aime, je te quitte” : avec Dino Brandão dans une phase maniaque – culture

by Antoine Girard

Publié le 7 novembre 2025 à 17h44. Le nouveau documentaire « Je t’aime, je te quitte » plonge au cœur de la vie du musicien Dino Brandão, confronté à un trouble bipolaire, et explore les défis de la maladie mentale à travers le regard de son ami réalisateur.

  • Dino Brandão est suivi pendant une phase maniaque, sans fioritures ni jugement.
  • Le film interroge les limites de l’amitié face à la maladie et les dilemmes moraux qu’elle engendre.
  • « Je t’aime, je te quitte » a reçu l’Œil d’or au Festival du film de Zurich.

Le trouble bipolaire se manifeste par des oscillations extrêmes de l’humeur, alternant phases dépressives profondes et phases maniaques caractérisées par une énergie débordante, de l’impulsivité et parfois des idées grandioses. Le documentaire de Moris Freiburghaus offre un témoignage poignant et intimiste de cette réalité, à travers le parcours de Dino Brandão.

« Je ne dormirai que lundi. Ensuite, j’ai quatre jours d’avance et le monde m’appartient », confie le musicien, cigarette à la main, au début du film. Son ami, Moris Freiburghaus, s’inquiète : « Quelle est la probabilité que vous veniez à la clinique et que cela dégénère comme la dernière fois ? » Brandão, convaincu d’avoir le contrôle, répond avec assurance : « Zéro pour cent. »

Un homme à lunettes est assis pensivement devant un ordinateur.
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Le musicien Dino Brandão, accompagné de son ami Moris Freiburghaus, a accepté de se filmer pendant un épisode maniaque. Le résultat est un film sur l’amitié profonde et la santé mentale.
Festival du film de Zurich

Le documentaire suit l’enfoncement progressif de Brandão dans cet état maniaque. Alternant moments d’euphorie (« C’est tellement beau ») et de paranoïa (« Tout le monde se ligue contre moi »), il apparaît désinhibé, son discours devient confus et agité, jusqu’à son hospitalisation forcée.

L’amitié en situation d’urgence

« Dans ces phases, j’ai l’impression d’être dans le film », explique Brandão. C’est cette sensation qu’il souhaitait retranscrire, en confiant la réalisation à Moris Freiburghaus, son ami de longue date. « Nous nous sommes filmés en train de faire du skate quand nous étions adolescents », se souvient le réalisateur.

Deux hommes sur scène au Festival du Film de Zurich.
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Moris Freiberghaus (à gauche) vit et travaille à Zurich. « Je t’aime, je te quitte », son premier long métrage sur Dino Brandão, a remporté un prix au Festival du film de Zurich.
KEYSTONE/Andreas Becker

Freiburghaus avait des appréhensions. « Filmer un ami en pleine crise psychotique et en faire un documentaire… Je ne savais pas comment cela serait perçu. » Le projet relevait d’un équilibre délicat entre proximité et exposition. Le réalisateur a choisi de se documenter et d’accompagner Dino Brandão de près pendant cette phase maniaque, se retrouvant confronté à des décisions difficiles, notamment lorsque Brandão s’échappe de la clinique et est recherché par la police.

Freiburghaus savait où se cachait son ami et se demandait s’il devait le dénoncer aux autorités, trahissant ainsi sa confiance, ou le protéger de lui-même. « Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai pris les bonnes décisions dans certaines situations », avoue-t-il.

“Ce n’est pas une question de noir et blanc”

Le documentaire met en lumière l’impact dévastateur de la maladie sur l’entourage. L’inquiétude, le souci, mais aussi les limites que chacun peut atteindre. « Je suis très reconnaissant envers les gens qui m’entourent. Sans eux, je n’aurais pas survécu », témoigne Brandão.

Le film lui a permis de mieux comprendre son trouble bipolaire. « Ce n’est pas une question de noir et blanc, mais un spectre d’ambiances différentes. » Il a lui-même filmé certaines scènes, capturant ainsi sa propre perspective. La caméra tremble, vacille, zoome parfois sur des détails apparemment anodins, reflétant l’état d’agitation de Brandão pendant sa phase maniaque.

Moris Freiburghaus et son équipe ont choisi une approche sensible et un style cinématographique épuré. La musique est étonnamment discrète. « Je ne voulais pas trop diriger les émotions », explique le réalisateur. Il a dosé avec parcimonie la musique de Brandao : « Elle est très puissante, comme le matériau du film. »

Jamais voyeuriste

Le documentaire se rapproche de Dino Brandão avec une intensité rare. Il est à la fois impressionnant et bouleversant, parfois douloureux. Mais il évite toujours le voyeurisme et toute forme de mise en scène dramatique. Moris Freiburghaus parvient à maintenir un équilibre subtil.

Son film a été récompensé par l’Œil d’or dans la compétition de films documentaires du ZFF. « C’est incroyable », se réjouit-il, et il espère que l’attention suscitée par son film contribuera à briser les tabous autour de la santé mentale : « Beaucoup de gens détournent le regard. C’est l’affaire de tous. »

Sortie du film : 6 novembre.

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