Publié le 8 novembre 2025 à 02h15. Les États-Unis ont accordé à la Hongrie une dérogation d’un an aux sanctions américaines visant le pétrole et le gaz russes, après une rencontre à Washington entre le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et le président Donald Trump. Cette décision intervient alors que Budapest maintient une forte dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.
- Les États-Unis exemptent la Hongrie des sanctions liées aux achats de pétrole et de gaz russes pour une durée d’un an.
- La Hongrie s’engage en contrepartie à acquérir du gaz naturel liquéfié américain pour environ 600 millions de dollars (518 millions d’euros).
- Cette entente s’inscrit dans un contexte de tensions entre l’Union européenne et la Hongrie concernant sa politique énergétique et ses relations avec la Russie.
Lors d’une réunion à la Maison Blanche, Viktor Orbán a plaidé auprès de Donald Trump pour un sursis face aux sanctions américaines imposées aux entreprises pétrolières russes Lukoil et Rosneft. Ces sanctions, liées à la guerre en Ukraine, menaçaient également les pays continuant à acheter du pétrole à ces sociétés. M. Orbán a souligné la vulnérabilité de son pays, qui dépend fortement des hydrocarbures russes, et les conséquences économiques d’une interruption de l’approvisionnement.
Selon les chiffres du Fonds monétaire international, la Hongrie dépendait de la Russie pour 74 % de son gaz et 86 % de son pétrole en 2024. Une coupure de l’approvisionnement en gaz russe à l’échelle de l’Union européenne pourrait entraîner des pertes de production en Hongrie supérieures à 4 % de son PIB, a averti l’agence de notation S&P. Les raffineries hongroises sont également conçues pour traiter le pétrole brut de l’Oural russe.
Donald Trump s’est montré compréhensif face à la situation particulière de la Hongrie, un pays enclavé qui ne dispose pas d’accès direct à la mer.
« Nous étudions la question car c’est très différent pour lui d’obtenir du pétrole et du gaz provenant d’autres régions. Ils n’ont pas… l’avantage d’avoir la mer. C’est un grand pays, c’est un grand pays, mais ils n’ont pas de mer. Ils n’ont pas de ports. »
Donald Trump, président des États-Unis
Il a également noté que de nombreux pays européens continuaient d’importer du pétrole et du gaz russes depuis des années, s’interrogeant sur la logique de sanctions sélectives.
« Et j’ai dit : ‘De quoi s’agit-il ?’ »
Donald Trump, président des États-Unis
Au-delà de la question énergétique, la rencontre a été l’occasion d’évoquer la guerre en Ukraine. M. Trump a annoncé le mois dernier son intention de rencontrer Vladimir Poutine en Hongrie, mais cette initiative a été suspendue après le refus de la Russie d’accepter un cessez-le-feu. M. Trump a exprimé son opinion que la Russie ne souhaitait pas mettre fin aux combats.
« Le principal différend est qu’ils ne veulent pas encore s’arrêter, et je pense qu’ils le feront. »
Donald Trump, président des États-Unis
Il a même interrogé M. Orbán sur les chances de victoire de l’Ukraine, ce à quoi le Premier ministre hongrois a répondu qu’un « miracle peut se produire ».
La coopération économique entre les États-Unis et la Hongrie a également été au centre des discussions. M. Orbán a prédit un « âge d’or » dans les relations bilatérales, tout en critiquant l’administration de l’ancien président Joe Biden, une tactique visant à flatter M. Trump. Le président américain a d’ailleurs apporté son soutien à M. Orbán en vue des élections de 2026, saluant sa politique d’immigration.
« Il n’a pas commis d’erreur en matière d’immigration. Il est donc respecté par tout le monde, il est apprécié par certains… Je l’aime et je le respecte. C’est ainsi que la Hongrie est dirigée. Elle est dirigée correctement et c’est pourquoi il va remporter un grand succès lors de ses prochaines élections. »
Donald Trump, président des États-Unis
Cette entente intervient alors que la Hongrie est en conflit avec Bruxelles concernant sa politique migratoire, ayant été condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne à payer une amende de 200 millions d’euros pour non-respect des règles en matière d’asile, ainsi qu’une amende journalière d’un million d’euros jusqu’à ce que les mesures soient pleinement mises en œuvre. M. Orbán a toutefois assuré à M. Trump que la Hongrie gérerait seule ses différends avec l’UE.
Récemment, les États-Unis ont rétabli le statut de la Hongrie dans son programme d’exemption de visa, signe d’un rapprochement entre les deux pays sous l’administration Trump. La Hongrie s’oppose également aux projets de l’Union européenne visant à éliminer progressivement les importations de gaz et de GNL russes d’ici la fin de 2027, accentuant ainsi ses divergences avec Bruxelles sur sa politique énergétique.