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Le fait que les pouvoirs universitaires claquent la porte aux étudiants universitaires étrangers redéfinit la carte du monde | Éducation

Les universités du monde entier observent un bouleversement majeur dans leurs effectifs : un afflux d'étudiants internationaux, autrefois considéré comme un atout, se heurte désormais à des politiques migratoires de plus en plus restrictives. Cette situation paradoxale, née…

Le fait que les pouvoirs universitaires claquent la porte aux étudiants universitaires étrangers redéfinit la carte du monde | Éducation

Les universités du monde entier observent un bouleversement majeur dans leurs effectifs : un afflux d’étudiants internationaux, autrefois considéré comme un atout, se heurte désormais à des politiques migratoires de plus en plus restrictives. Cette situation paradoxale, née des fermetures de frontières et des durcissements des visas, redessine la carte de l’enseignement supérieur mondial.

La fermeture progressive des États-Unis aux étudiants étrangers, amorcée avec l’arrivée de Donald Trump et perdurant malgré les changements politiques, est à l’origine de ce phénomène. En août dernier, le nombre d’étudiants universitaires étrangers aux États-Unis a chuté de près de 20 % par rapport à 2024, la plus forte baisse enregistrée depuis la pandémie. Des retards dans le traitement des visas, des craintes infondées de contrôles migratoires et même des sanctions administratives, comme la suspension temporaire des visas pour Harvard, ont dissuadé de nombreux candidats.

Le Canada et l’Australie, initialement perçus comme des alternatives attrayantes, ont également durci leurs politiques d’immigration. Le Canada, confronté à des quotas d’immigration et à des restrictions sur le travail étudiant, a enregistré une baisse de 25 % des inscriptions internationales cette année, avec certaines universités affichant des chutes allant jusqu’à 40 %. « Nous sommes confrontés à des restrictions sur l’immigration temporaire et à l’imposition de quotas maximaux d’immigration », déplore Daniel Jutras, recteur de l’Université de Montréal. Au Canada, les heures de travail autorisées pour les étudiants étrangers ont été réduites de moitié.

En Europe, la situation n’est guère plus reluisante. Le Royaume-Uni, malgré les propositions de programmes de mobilité pour les jeunes, hésite à assouplir les conditions d’entrée, craignant une réaction de la droite populiste. Les étudiants européens ont vu leurs frais de scolarité augmenter et leurs bourses disparaître depuis le Brexit. Les Pays-Bas, qui comptent neuf universités parmi les 200 meilleures au monde selon le classement de Shanghai, ont vu leur popularité exploser, au point d’être confrontés à une pénurie de logements étudiants en 2022. Le gouvernement néerlandais a même envisagé de limiter l’enseignement en anglais, mais s’est heurté à la résistance des universités.

« Les barrières liées aux visas sont un énorme problème pour le monde, mais aussi une grande opportunité pour les pays avant-gardistes », estime Bel Nelson, fondateur de l’université Minerva, qui propose un modèle d’enseignement innovant avec des étudiants voyageant à travers le monde. « Il est absurde de considérer les étudiants comme un « problème » d’immigration, alors qu’ils constituent en réalité une solution. »

L’Argentine, confrontée à des coupes budgétaires et à une instabilité économique, subit également les conséquences de ce repositionnement. « Certains chercheurs recherchent des sources de financement alternatives, et beaucoup se tournent vers l’Europe », explique Lucas Grosman, recteur de l’Université San Andrés. Le soutien financier du National Institute of Health américain, autrefois crucial, a diminué.

Dans ce contexte, l’Espagne, traditionnellement moins proactive en matière d’internationalisation, voit le nombre d’étudiants étrangers doubler au cours des huit dernières années. « Les circonstances nous sont favorables », reconnaît Santiago Íñiguez, président de l’Université IE, qui accueille des étudiants de 160 nationalités. L’université a même conclu un accord avec l’État de New York permettant à ses étudiants de travailler légalement à New York pendant trois ans.

Par ailleurs, la Nouvelle-Zélande se positionne pour accueillir davantage d’étudiants, notamment chinois et indiens, avec l’objectif de doubler ses revenus à 3 563 millions d’euros (environ 3,8 milliards de dollars américains) d’ici 2034.

Les universités chinoises, quant à elles, renforcent leurs liens avec l’Amérique du Sud, où se concentrent de nombreuses entreprises chinoises. « D’un point de vue commercial, les États-Unis et la Chine ont besoin l’un de l’autre. Nous ne pouvons pas nous détruire mutuellement ; nous devons coexister », affirme Zheng Xinye, vice-président de l’Université Renmin de Pékin. « Ainsi, dans les domaines qui ne sont pas trop controversés ou sensibles, nous continuons à organiser des échanges d’étudiants et de personnel. »

Santiago Íñiguez, de l’IE, est convaincu que ces politiques restrictives ne sont que temporaires : « Ces mécanismes temporaires dans d’autres pays vont encore diminuer. Les talents universitaires génèrent de la valeur, créent des entreprises. La Silicon Valley est le résultat de toute l’immigration de talents là-bas. » Les candidatures pour travailler dans les universités ont augmenté de 34 % cette année, signe que le mouvement est en marche.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.