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ce que disent les modèles et analyses climatiques avancés

by Nicolas Lefèvre

L’hiver 2025 pourrait bien surprendre : les prévisions à long terme convergent vers un risque accru de chutes de neige précoces et intenses sur une vaste zone du sud-ouest de l’Europe, des Balkans à la péninsule Ibérique, voire jusqu’au nord de l’Afrique. Un climatologue a anticipé cette tendance grâce à une méthode d’analyse statistique innovante.

Les modèles numériques de prévision du temps (PNT) les plus récents indiquent une probabilité inhabituellement élevée de phénomènes neigeux étendus sur la péninsule Ibérique, l’Afrique du Nord, ainsi que sur certaines régions du nord et du centre de l’Europe. Cette possibilité d’arrivée précoce de l’hiver, avec des précipitations neigeuses plus importantes que la normale, a été anticipée il y a plusieurs mois par un climatologue statisticien spécialisé dans l’analyse des chutes de neige, même hors saison. Il a notamment correctement prédit des épisodes neigeux en Turquie, en Italie, en Suisse et dans les Balkans en octobre.

Sa méthodologie repose sur l’analyse comparative d’indicateurs atmosphériques et planétaires, permettant de calculer la probabilité de chutes de neige avec un horizon temporel de deux à trois mois – une capacité bien supérieure aux prévisions traditionnelles, qui se limitent généralement à quelques jours.

Entre décembre et février, les régions les plus susceptibles d’être touchées par des chutes de neige supérieures à la moyenne sont les Balkans, une bonne partie de la France, les zones internes de la péninsule Ibérique et les montagnes et régions vallonnées d’Afrique du Nord.

Ce scénario contraste avec les signes actuels de persistance de la sécheresse dans certaines parties du sud de l’Europe. Cependant, cette discordance n’est pas rare. Une dynamique atmosphérique très variable pourrait se mettre en place, avec des poussées de froid soudaines générant des épisodes de neige courts mais intenses, même dans les zones ayant connu une diminution des précipitations ces dernières années.

Pour comprendre cette tendance, il est essentiel d’observer les grandes téléconnexions hémisphériques. L’oscillation nord-atlantique (NAO) présente une variabilité plus marquée qu’à l’ordinaire. Des phases d’affaiblissement du gradient de pression entre les Açores et l’Islande rendent le flux atlantique plus ondulé, favorisant les descentes d’air froid vers le sud de l’Europe. Une situation similaire se dessine avec l’oscillation arctique, un indice qui décrit la compacité du vortex polaire troposphérique. On constate une tendance non pas vers un vortex fermé et stable, mais vers une structure plus vulnérable aux perturbations, susceptible de laisser s’échapper l’air froid vers des latitudes plus basses.

Un élément clé, souvent décisif pour l’hiver européen, est l’oscillation quasi biennale (QBO) des vents stratosphériques équatoriaux. Son orientation vers une phase orientale, ou du moins pas complètement occidentale, rend le vortex polaire stratosphérique plus vulnérable à l’action des ondes planétaires.

Le comportement du vortex polaire stratosphérique (SPV) a été un facteur déterminant lors des hivers européens récents. Un vortex froid, compact et symétrique tend à confiner l’air glacial aux régions arctiques, réduisant le risque de vagues de froid en Europe. À l’inverse, un vortex perturbé, allongé ou temporairement fragmenté favorise les brusques descentes d’air froid, entraînant des chutes de neige courtes mais intenses, même dans les régions éloignées des Alpes.

Les analyses actuelles suggèrent une probable augmentation de l’activité des ondes dans la moyenne troposphère pendant la transition automnale. Cela pourrait entraîner un transfert d’énergie vers la stratosphère, avec un risque de perturbations stratosphériques importantes à la fin de l’automne et au début de l’hiver. Il ne s’agit pas nécessairement d’un réchauffement stratosphérique soudain et majeur (SSW), événement au cours duquel la stratosphère se réchauffe rapidement et le vortex polaire s’affaiblit ou se brise. Mais même sans un tel réchauffement, des épisodes de réchauffement mineur ou asymétrique peuvent suffire à affaiblir la structure du vortex, facilitant l’arrivée d’air arctique au-dessus du sud de l’Europe et de la Méditerranée.

Dans ce contexte, la possibilité d’un hiver dynamique apparaît cohérente. Les simulations indiquent que l’hiver 2025 pourrait ne pas être caractérisé par une longue période de froid continue, mais plutôt par une alternance de périodes sèches ou douces et de coups de froid soudains, capables de générer de fortes chutes de neige en peu de temps. Ce comportement s’aligne sur l’hypothèse d’un SPV parfois dérangé, d’une NAO variable et d’une QBO orientée vers l’Est ou neutre, en plus de la possible transition d’El Niño-Oscillation Australe (ENSO) vers des conditions plus proches de la neutralité, un facteur qui tend à favoriser un plus grand échange méridien de masses d’air.

Les régions potentiellement les plus touchées par des épisodes neigeux importants restent les Balkans, une bonne partie du centre-sud de la France, l’intérieur de la péninsule Ibérique et, dans certaines phases, même les reliefs de l’Atlas en Afrique du Nord, où la neige n’est pas rare mais pourrait survenir plus fréquemment que ces dernières saisons.

La surveillance constante de la stratosphère, en particulier entre novembre et janvier, sera essentielle pour déterminer la structure réelle du vortex polaire et, par conséquent, la répartition des poussées de froid dans l’hémisphère nord.

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