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Publié le 10 novembre 2025 à 06h04. Le ministère de la Culture prépare une refonte de la redevance pour copie privée, incluant désormais les smartphones et tablettes, afin de mieux rémunérer les créateurs à l’ère du numérique. Cette mesure suscite des inquiétudes du côté des fabricants et distributeurs, qui craignent une hausse des prix.

  • Le ministère de la Culture souhaite adapter la redevance de reprographie à l’utilisation actuelle des supports numériques, notamment les smartphones.
  • Les fabricants d’appareils électroniques s’opposent à cette mesure, prévoyant une augmentation des prix et une perte de compétitivité.
  • L’avis récent d’un avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne sur le streaming pourrait remettre en question la légalité de cette redevance.

Le ministère de la Culture travaille actuellement à moderniser la réglementation concernant la redevance pour copie privée, un système destiné à compenser les auteurs et les artistes pour la reproduction de leurs œuvres. L’objectif principal est d’intégrer les nouveaux usages numériques, en particulier la copie d’œuvres sur smartphones et tablettes, qui sont devenues monnaie courante. Cette évolution vise à assurer une juste rémunération aux créateurs – acteurs, réalisateurs, musiciens, etc. – dont le travail est reproduit, même à des fins privées.

Le ministère a tenu à démentir toute intention d’augmenter directement les prix des smartphones. Selon ses estimations, la contribution des smartphones, fixée à 1 %, ne devrait pas se traduire mécaniquement par une hausse des prix en magasin. Le ministère estime que cette modification pourrait affecter les marges des équipementiers, mais sans impact significatif sur les prix finaux, ceux-ci étant déjà plus élevés en Pologne qu’en Allemagne, par exemple. L’objectif n’est pas de pénaliser les consommateurs, mais de garantir que les créateurs soient équitablement rémunérés, notamment face aux grandes entreprises technologiques.

Cependant, l’Association Pologne Numérique n’est pas de cet avis. Son président, Michał Kanownik, estime que la modification de la réglementation pourrait entraîner une augmentation des prix des appareils de 5 à 7 %.

« Chaque intermédiaire, grossiste ou magasin ajoutera sa marge au prix déjà majoré. Par conséquent, les consommateurs paieront beaucoup plus, et les entreprises polonaises perdront leur avantage compétitif au profit des plateformes étrangères. »

Michał Kanownik, président de l’Association Pologne Numérique

Les créateurs, de leur côté, pressent le gouvernement d’agir rapidement. En novembre dernier, la Guilde des producteurs polonais, SFP-ZAPA et la Chambre polonaise du livre ont adressé une lettre au Premier ministre, dénonçant un système de redevance « archaïque ». Ils soulignent que le manque de mise à jour de la liste des supports soumis à la taxe entraîne une compensation considérablement inférieure à celle perçue par les créateurs d’autres pays de l’Union européenne. Le projet de règlement proposé par le ministère est perçu comme une étape cruciale pour combler cette lacune dans le financement de la culture.

Ils mettent également en garde contre les risques financiers pour l’État. Selon eux, le retard dans la mise en œuvre de l’amendement pourrait entraîner le versement d’indemnités élevées en raison de l’incompatibilité de la réglementation polonaise avec le droit de l’UE. Ils citent notamment un jugement du tribunal de district de Varsovie, rendu en février dernier, qui a reconnu que le système d’indemnisation actuel « constitue une négation de celles découlant de la jurisprudence de la CJUE ».

Les fabricants et les commerçants, quant à eux, craignent des conséquences négatives pour l’économie polonaise. Ils ont également écrit au Premier ministre, affirmant que l’introduction de cette redevance se ferait « aux dépens des entreprises polonaises » et aggraverait la concurrence inégale avec les plateformes asiatiques. Ils estiment que la redevance ne devrait pas être supportée uniquement par les grandes entreprises technologiques étrangères.

Ils affirment que l’inclusion des smartphones, tablettes, ordinateurs et téléviseurs dans le tarif de reprographie ne serait pas seulement un coup dur pour les entrepreneurs polonais, mais aussi un avantage pour les entreprises chinoises de commerce électronique.

« Une augmentation des prix de l’électronique en conséquence de la mise en œuvre des hypothèses du projet de modification du règlement est inévitable. »

Fabricants et commerçants polonais

Parallèlement, début octobre, l’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un avis dans une affaire concernant une société néerlandaise. Il a estimé que l’abonné à un service de streaming ne reproduit pas une œuvre pour son usage personnel lorsqu’il utilise un service complémentaire permettant de l’écouter hors ligne. Les organisations représentant les entrepreneurs (Lewiatan, Association Pologne Numérique, Association des entrepreneurs et des employeurs) ont saisi le Premier ministre, soulignant que cet avis remet en question la légalité du projet de modification du règlement.

Les milieux créatifs rejettent cette interprétation, affirmant que le streaming n’a pas éliminé la copie et l’usage privé des œuvres, mais a simplement modifié leur forme. Ils estiment que les créateurs ont toujours droit à une rémunération pour leur travail.

Le ministère de la Culture a indiqué que le projet de règlement est actuellement en phase de consultation interministérielle. Le porte-parole Piotr Jędrzejowski a souligné que le ministère pourrait se baser sur des jugements plutôt que sur des avis.

« L’avis de l’avocat général ne constitue pas un arrêt de la Cour de justice de l’UE et ne peut être pris en compte dans les travaux actuels du ministère. L’utilisation de services de streaming sur smartphones ou tablettes n’exclut pas la possibilité d’utiliser ces appareils également pour copier des œuvres pour un usage privé. Des frais de compensation pour les smartphones et les tablettes s’appliquent dans de nombreux pays de l’UE. »

Piotr Jędrzejowski, porte-parole du ministère de la Culture

Le président de l’Association Pologne Numérique estime qu’il serait préférable de suspendre les travaux jusqu’à la décision finale de la CJUE.

Nous n’avons pas obtenu de confirmation du ministère de la Culture quant à l’éventualité de suspendre les travaux sur l’amendement en attendant l’arrêt final de la CJUE, qui est généralement rendu quelques mois après l’avis de l’avocat général.

Paulina Blaziak

Gwiazdowski déclare à Interia : Un changement évident ces dernières années. “Nous n’avons plus de monopole”Robert GwiazdowskiINTERIA.PL

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Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.
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