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Où est l’argent des dons à Cuba ?

by Nicolas Lefèvre

Publié le 10 novembre 2025 à 19h21. Après le passage dévastateur de l’ouragan Melisa dans l’est de Cuba, une aide internationale massive est arrivée, mais sa distribution effective sur le terrain suscite des interrogations et des critiques quant à sa transparence.

  • Plus de 76 000 logements ont été endommagés ou détruits par l’ouragan Melisa, dont 5 000 effondrements complets et 12 000 toits compromis.
  • La communauté internationale a mobilisé plus de 26 millions de dollars (environ 23,7 millions d’euros) en aide, mais des habitants témoignent de lacunes dans la distribution par les autorités.
  • Des experts économiques critiquent le nouveau programme gouvernemental visant à corriger les distorsions économiques, le jugeant insuffisant et manquant de fondements techniques.

L’ouragan Melisa a laissé des traces profondes dans l’est de Cuba, affectant des dizaines de milliers de familles. Face à l’ampleur de la catastrophe, la communauté internationale s’est rapidement mobilisée. Les Nations Unies, divers gouvernements et organisations humanitaires ont acheminé nourriture, médicaments et matériel d’urgence vers l’île. Un plan d’action des Nations Unies, évalué à 74 millions de dollars (environ 67,7 millions d’euros), a été activé, dont 11 millions de dollars (environ 10 millions d’euros) ont déjà été reçus.

L’Allemagne a contribué à hauteur de 330 000 dollars (environ 300 000 euros), la Norvège de 400 000 dollars (environ 365 000 euros), et l’Espagne, via l’Agence espagnole de coopération internationale, a fourni 500 000 euros et 36 tonnes d’aide humanitaire. Le Venezuela, l’Inde et le Panama ont également envoyé des expéditions, dont un hôpital mobile de 300 lits.

Cependant, malgré cette aide substantielle, des témoignages sur le terrain révèlent des difficultés dans sa distribution. Plusieurs habitants affirment que l’assistance étatique n’est pas parvenue à destination ou a été distribuée de manière très limitée. Des images circulent sur les réseaux sociaux illustrant des situations de dénuement et de frustration.

Le vice-Premier ministre et chef du Commerce extérieur, Óscar Pérez-Oliva Fraga, a assuré que « toutes les ressources vont directement aux personnes affectées », mais ces déclarations contrastent avec les plaintes grandissantes des sinistrés. À Río Cauto, un responsable local a même été aperçu en train de proposer à la vente des modules alimentaires destinés aux victimes, au prix de 79 CUP (peso cubain convertible), une initiative qui a suscité l’indignation.

La chaîne publique TV Santiago a rapporté la distribution de produits du panier familial aux populations vulnérables, mais de nombreux commentaires en ligne ont dénoncé la mauvaise qualité des aliments et leur absence dans certaines localités. Le gouvernement cubain a mis à disposition des comptes bancaires pour recevoir les dons internationaux, mais n’a publié aucun rapport ou audit public sur l’utilisation de ces fonds.

Face à ce manque de transparence, les églises et les organisations religieuses ont pris en charge une partie de l’aide sur le terrain. Caritas, par exemple, a doublé la capacité de ses soupes populaires à Santiago de Cuba. La diaspora cubaine, basée notamment à Miami, Madrid et Houston, a également envoyé des tonnes de fournitures médicales et de vêtements. Une vidéo montre l’ampleur de cette mobilisation.

Cette catastrophe humanitaire survient dans un contexte économique déjà critique. Le nouveau « Programme gouvernemental de correction des distorsions » a été vivement critiqué par les économistes Mauricio de Miranda et Pável Vidal. Selon Vidal, le plan omet de prendre en compte l’influence prépondérante de Gaesa, un conglomérat militaire qui contrôle environ 40 % de l’économie cubaine, sans être soumis à audit ni contribuer au budget de l’État.

À la crise économique s’ajoute une situation sanitaire préoccupante. Le ministère de la Santé publique a confirmé plus de 20 000 cas de chikungunya dans le pays, avec des foyers concentrés à La Havane, Santiago de Cuba, Camagüey et Villa Clara. La Croix-Rouge a averti que les pluies et les eaux stagnantes suite à l’ouragan pourraient favoriser la propagation de la maladie. Des habitants de Santiago ont signalé le retour de l’eau dans les canalisations après 70 jours de coupure, mais celle-ci était trouble et malodorante.

Les organisations de la société civile cubaine continuent de demander des comptes sur la destination de l’aide internationale. La question de la transparence reste au cœur des préoccupations, alors que l’État cubain promet de ne laisser personne de côté.

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