Après une année 2025 marquée par les incertitudes liées à la politique commerciale américaine, les marchés financiers semblent se recentrer sur les fondamentaux économiques. Ce retour à une analyse plus disciplinée pourrait redéfinir la dynamique des taux de change en 2026, avec des opportunités pour certaines monnaies et des défis pour d’autres.
Pendant une grande partie de 2025, les marchés ont réagi de manière excessive aux déclarations du président américain Donald Trump et aux remises en question de l’indépendance de la Réserve fédérale. Cette volatilité a entraîné une chute de 11 % de l’indice DXY (Dollar Index) au premier semestre, la plus forte baisse observée depuis 1972.
Cependant, la situation a évolué ces derniers mois. La conclusion d’accords commerciaux a apporté une certaine stabilité, incitant les acteurs du marché à se concentrer à nouveau sur des facteurs plus traditionnels tels que les différentiels de taux d’intérêt, les perspectives de croissance, la soutenabilité de la dette et l’exposition aux matières premières. Les analystes anticipent que cette tendance se renforcera en 2026.
D’ici mars 2026, l’Union européenne devrait achever son cycle de réduction des taux d’intérêt, atteignant un niveau final de 3,25 %. La plupart des autres banques centrales des pays du G10 devraient également être sur le point de terminer ou avoir déjà terminé leurs propres cycles d’assouplissement monétaire. Dans ce contexte, les investisseurs pourraient progressivement détourner leur attention des États-Unis, en particulier compte tenu de l’imprévisibilité de la politique du président Trump.
L’absence d’une tendance claire pour le dollar – qui a dominé les marchés des changes en 2024 et 2025 – ouvre la voie à des échanges basés sur la valeur relative entre les différentes devises du G10. Les données économiques, notamment les indicateurs d’activité, joueront un rôle de plus en plus important dans l’évolution des taux de change. La question clé sera de savoir quelles monnaies présentent les fondamentaux les plus solides, associés à une stabilité politique et à des finances publiques saines.
L’euro apparaît particulièrement bien positionné pour consolider ses gains de 2025, soutenu par des prévisions de croissance de la zone euro situées entre 1,0 et 1,5 % par trimestre au premier semestre de 2026, et entre 1,7 et 1,8 % au second semestre. Toutefois, l’incertitude politique en France constitue un risque majeur.
La livre sterling offre un potentiel de rendement attractif, mais il est peu probable que cela compense entièrement les perspectives de croissance plus faibles et le risque de réapparition de préoccupations budgétaires. La couronne suédoise et le dollar australien pourraient également afficher de bonnes performances, tandis que le dollar canadien semble plus vulnérable.
Les périodes d’instabilité du dollar en 2025 ont été provoquées par des événements imprévus, tels que l’augmentation des dépenses publiques allemandes, l’annonce de tarifs douaniers par l’administration Trump, les tensions commerciales avec la Chine et les critiques à l’égard de la Réserve fédérale. Bien que le dollar ait gagné en résilience face à ces chocs ponctuels, les experts s’attendent à un changement de dynamique en 2026, avec une prédominance de facteurs structurels qui pourraient empêcher un rebond significatif du dollar et même entraîner une nouvelle dépréciation.
Le taux directeur final de la Fed, estimé à 3,25 % en 2026, est déjà intégré dans les prix. Cependant, les implications pour les marchés des changes pourraient persister, car les réductions de taux de la Fed diminuent le coût de la couverture contre le risque de change via des contrats à terme de plus courte durée.
Les flux de couverture de change ont joué un rôle crucial pour empêcher le dollar de se renforcer lorsque les actifs américains ont été affectés par les événements de 2025. Les données des fonds de pension danois montrent que les ratios de couverture en dollars ont augmenté de 62 % à 72 % en mai 2025, mais restent inférieurs aux niveaux observés en 2015-2016 et pendant la pandémie de Covid-19 (environ 80 %). La perception que les risques pesant sur le dollar sont principalement d’origine interne continue d’encourager la couverture, en particulier parmi les investisseurs institutionnels axés sur la dette, qui privilégient les couvertures à court terme.
En outre, des surprises positives en matière de croissance sont plus susceptibles de se produire en zone euro qu’aux États-Unis, où les droits de douane devraient continuer à freiner l’activité économique. La résurgence des inquiétudes concernant la viabilité de la dette américaine et l’accumulation d’une prime de risque politique à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026 constituent également des risques à surveiller.
La faible volatilité actuelle devrait favoriser les opérations de carry trade (emprunter dans une devise à faible rendement pour investir dans une devise à rendement plus élevé). Cela pourrait rendre le yen vulnérable, car les investisseurs pourraient l’utiliser pour financer ces opérations. En 2025, les investisseurs se sont déjà éloignés des obligations des pays émergents pour se tourner vers les marchés frontaliers, avec des opérations de carry trade particulièrement performantes en Égypte et au Nigéria. Les autorités devraient maintenir la stabilité de la livre turque, et un intérêt croissant pourrait se développer pour les opérations de carry trade dans d’autres régions d’Afrique et dans la CEI.
En ce qui concerne le yuan chinois, les analystes s’attendent à une stabilité, avec une fourchette de fluctuation comprise entre 6,90 et 7,30 en 2026. La Banque populaire de Chine a démontré sa capacité à maintenir le yuan stable malgré les pressions du marché. Dans un contexte de stabilité monétaire, une appréciation progressive du yuan est envisageable, car les écarts de rendement devraient évoluer en sa faveur.
La stabilité du yuan et un dollar légèrement plus faible devraient susciter un intérêt accru pour les monnaies asiatiques. La roupie indienne, considérée comme une devise à haut rendement, pourrait connaître une reprise en 2026, grâce à des fondamentaux économiques solides, à une gestion maîtrisée des risques budgétaires et à des investissements directs continus.
L’avenir des monnaies des pays d’Europe centrale et orientale dépendra en grande partie de l’évolution de la situation politique et budgétaire. Les élections législatives en République tchèque ont conduit à un changement de gouvernement qui a promis d’augmenter les dépenses, ce qui pourrait raviver l’inflation. En Pologne, l’absence de consolidation budgétaire après la victoire de l’opposition à l’élection présidentielle pourrait obliger la Banque nationale de Pologne à agir rapidement pour contenir l’inflation. En Hongrie, les élections générales d’avril pourraient être un catalyseur pour le redémarrage des fonds européens si l’opposition remporte la victoire.
Enfin, les tendances des matières premières continueront d’influencer les taux de change. L’or devrait rester soutenu par la perspective d’une baisse des taux d’intérêt réels aux États-Unis et par les doutes persistants quant à la stabilité des monnaies fiduciaires. Le cuivre devrait également bénéficier de la demande croissante liée à l’expansion des réseaux électriques, à l’électrification et aux infrastructures renouvelables, ce qui pourrait soutenir les devises des pays producteurs, tels que le Chili, le Pérou et l’Afrique du Sud. En revanche, une offre excédentaire de pétrole et de gaz naturel pourrait peser sur le dollar canadien.