Publié le 11 novembre 2024 à 05h00. Le marché des diamants est en pleine mutation avec l’essor des pierres de laboratoire, soulevant des questions de valeur, d’authenticité et de transparence pour les acheteurs.
- Les diamants synthétiques représentent désormais environ 20 % du marché mondial, avec une production dominée par la Chine et l’Inde.
- L’écart de prix entre les diamants naturels et de laboratoire s’accentue, rendant l’évaluation précise cruciale pour éviter les déceptions.
- La difficulté de distinguer visuellement les diamants naturels des diamants de laboratoire nécessite l’expertise d’évaluateurs qualifiés et l’utilisation d’équipements spécialisés.
L’attrait des diamants de laboratoire réside principalement dans leur coût inférieur, rendant les bijoux en diamants accessibles à un public plus large. Selon Chris Andrews, directeur général de Weirs, « Il n’y a pas de segment marketing particulier » pour ces produits, qui séduisent désormais tous types de consommateurs.
Certains bijoutiers de renom, tels que Tiffany & Co., Van Cleef & Arpels et Bulgari, ont choisi de ne pas proposer de diamants synthétiques, mais d’autres, comme Weirs, ont intégré cette offre à leur catalogue, constatant une demande croissante. « C’est au client de faire son choix », explique Andrews, soulignant que l’abordabilité des diamants de laboratoire attire de nouveaux clients en magasin.
L’essor des diamants synthétiques exerce une pression à la baisse sur les prix des diamants naturels. En moyenne, la valeur des diamants a diminué d’environ 30 % depuis 2022. Une bague en diamant valant environ 40 000 € en 2023 ne vaut plus qu’environ 29 600 € aujourd’hui, selon Carol Clarke, experte en gemmologie.
Cependant, cette accessibilité accrue s’accompagne de risques. La difficulté de différencier un diamant naturel d’un diamant de laboratoire, même pour les professionnels, ouvre la porte à des fraudes. De nombreux bijoutiers ont d’ailleurs cessé de proposer des services d’évaluation, face à la complexité de la tâche.
Les experts soulignent que les diamants synthétiques et naturels sont chimiquement identiques, rendant l’identification à l’œil nu quasiment impossible. Pour une évaluation fiable, il est nécessaire de faire appel à un expert qualifié et d’utiliser des équipements de pointe, comme un spectroscope. Carol Clarke, membre de l’Institute of Registered Jewellery Valuers de Londres et seule représentante en Irlande, recommande même de faire confirmer les résultats par le Gemological Institute of America (GIA), une organisation indépendante à but non lucratif.
Les coûts d’évaluation varient : environ 144 € chez Weir, et environ 100 € pour une première estimation chez Clarke, puis 35 € par article supplémentaire. Il est crucial de ne jamais payer en espèces lors de l’achat de diamants à l’étranger, notamment dans des villes comme Anvers, New York et Dubaï, et de faire vérifier le bijou dès son retour.
L’un des avantages souvent mis en avant des diamants de laboratoire est qu’ils évitent les problèmes éthiques liés à l’extraction minière, tels que l’exploitation et les « diamants du sang ». Cependant, la production de diamants synthétiques n’est pas sans impact environnemental. Il faut en moyenne entre 250 et 750 kWh d’électricité pour produire un carat de diamant de laboratoire poli, ce qui équivaut à la consommation d’un foyer américain moyen pendant un mois.
En 2015, un budget de 6 000 $ (environ 5 190 €) permettait d’acquérir une bague en diamant d’un carat, qu’il soit naturel ou synthétique, selon Paul Zimnisky Diamond Analytics. Aujourd’hui, ce même budget permet d’acquérir une bague en diamant de laboratoire de cinq carats, illustrant la divergence croissante des prix. En 2020, un diamant de laboratoire impeccable de trois carats se vendait environ 28 900 $, soit la moitié du prix d’un diamant naturel. En 2024, ce même diamant ne vaut plus que moins de 4 000 $.
Les experts prévoient que l’écart de prix entre les diamants naturels et de laboratoire continuera de se creuser. Diamond Standard, une société de négoce de matières premières, prévoit une nouvelle baisse de 50 à 90 % du prix des diamants synthétiques. Certains estiment même qu’ils pourraient finir par atteindre le prix de la zircone cubique.
Face à cette situation, il est essentiel pour les consommateurs d’être vigilants et de s’assurer de l’authenticité de leurs achats. L’utilisation de stylos testeurs de diamants et de moissanite, vendus à bas prix en ligne, est déconseillée par les experts. Des cas de fraudes ont été signalés, où des clients ont payé des sommes importantes pour des diamants qui se sont révélés être des faux, même avec des certificats d’évaluation.
Les diamants synthétiques peuvent être taillés pour imiter l’apparence des diamants naturels, y compris les diamants anciens. Il est donc important de se méfier même des bijoux anciens et de faire vérifier leur authenticité par un expert.



