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VOX Populi : L’acteur Tatsuya Nakadai incarne l’âge d’or du cinéma japonais

Publié le 13 novembre 2023. L'acteur japonais Tatsuya Nakadai, figure emblématique du cinéma de Akira Kurosawa, est décédé à l'âge de 92 ans, laissant derrière lui un héritage de performances intenses et d'une approche unique du métier d'acteur.…

VOX Populi : L’acteur Tatsuya Nakadai incarne l’âge d’or du cinéma japonais

Publié le 13 novembre 2023. L’acteur japonais Tatsuya Nakadai, figure emblématique du cinéma de Akira Kurosawa, est décédé à l’âge de 92 ans, laissant derrière lui un héritage de performances intenses et d’une approche unique du métier d’acteur.

  • Tatsuya Nakadai était réputé pour son dévouement à la préparation de ses rôles, allant jusqu’à recouvrir les murs de sa maison de ses répliques.
  • Il a marqué l’histoire du cinéma par ses collaborations avec Akira Kurosawa, notamment dans les films « Tsubaki Sanjuro » et « Ran ».
  • Nakadai avait une vision singulière de son métier, le considérant comme une « profession non essentielle » malgré son succès.

Tatsuya Nakadai s’est éteint le 8 novembre, laissant un vide dans le paysage cinématographique japonais. Il était connu pour son intensité dramatique et sa capacité à incarner des personnages complexes, souvent ambivalents. Sa carrière, riche et variée, a été jalonnée de collaborations prestigieuses, notamment avec le maître Akira Kurosawa.

L’une des scènes les plus mémorables de sa carrière reste sans doute le duel final de « Tsubaki Sanjuro » (1962). Pour cette scène, Nakadai s’est entraîné avec minutie à l’iaido, un art martial japonais basé sur le tirage rapide du sabre. Il répétait inlassablement les mouvements dans un espace restreint, veillant à ne pas heurter les murs. L’acteur ignorait la manière dont son partenaire, Toshiro Mifune, allait aborder la scène, ce qui ajoutait à la tension et à l’authenticité du moment. La mise en scène du scénario se limitait à une note laconique :

« Leur confrontation ne peut pas être décrite avec des mots. Vous ne pouvez le constater par vous-même qu’en regardant le film. »

Extrait du scénario de « Tsubaki Sanjuro »

Le résultat fut saisissant : une scène d’une violence réaliste, où le sang jaillissait abondamment, à tel point qu’un membre de l’équipe de tournage crut à une blessure réelle. Cette séquence est aujourd’hui considérée comme l’une des plus marquantes de l’histoire du cinéma japonais.

Nakadai possédait une apparence physique particulière, avec des traits légèrement caucasiens et des yeux perçants. Il appréciait particulièrement les rôles de méchants, estimant que la complexité humaine résidait dans la coexistence du bien et du mal. Parmi ses personnages les plus célèbres figurent Kaji dans « Ningen no Joken » (La condition humaine) et Hidetora Ichimonji, le seigneur de guerre déchu de « Ran ».

Sa méthode de préparation était atypique. Pour s’imprégner pleinement de ses personnages, Nakadai recouvrait les murs de sa maison – y compris les toilettes et la cuisine – de feuilles de papier sur lesquelles il avait écrit toutes ses répliques. La nuit, lorsqu’il avait des difficultés à se souvenir de certaines parties, il éclairait les murs à la lampe de poche.

Malgré la gloire et le succès, Nakadai est resté humble et a continué à perfectionner son art. Il considérait cependant le métier d’acteur comme une « profession non essentielle », une vision qui témoigne de son cynisme et de son esprit rebelle. Il était une véritable superstar, à la fois cool et génial.

Dans ses dernières années, Nakadai avait pris l’habitude d’utiliser le mot inventé « sekishu », signifiant littéralement « automne rouge ». Cette expression contrastait avec « seishun » (« jeunesse » ou « printemps bleu »), symbolisant ainsi la beauté éphémère de la vie et l’acceptation de la mort. Il voyait dans les feuilles d’automne, flamboyantes avant de se faner, une métaphore de l’existence humaine :

« Les feuilles rouge flamboyantes qui éblouissent les yeux par leur gloire automnale sont vouées à se faner et à mourir. Mais en attendant que ce moment vienne, profitons pleinement de chaque instant qui nous reste. »

Une feuille écarlate, symbole de sa splendeur passée, vient de tomber.

— L’Asahi Shimbun, le 13 novembre

Vox Populi, Vox Dei est une chronique quotidienne populaire qui aborde un large éventail de sujets, notamment la culture, les arts et les tendances et développements sociaux. Écrite par des écrivains chevronnés d’Asahi Shimbun, la chronique fournit des perspectives et un aperçu utiles sur le Japon contemporain et sa culture.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.