Publié le 15 novembre 2025 à 05h03. Les ETF, ou fonds négociés en bourse, séduisent de plus en plus les investisseurs, notamment les jeunes, grâce à leur simplicité d’accès. Mais en Irlande, la fiscalité applicable à ces produits financiers est source de critiques et pourrait freiner leur développement.
- Les ETF permettent d’investir facilement dans un large éventail d’actifs, comme des actions, des obligations ou des matières premières.
- La fiscalité irlandaise sur les ETF est jugée défavorable par les experts, avec une taxe de sortie élevée et une règle de « cession présumée » complexe.
- Malgré ces contraintes, les ETF restent une option intéressante pour diversifier son épargne et potentiellement obtenir de meilleurs rendements qu’avec les comptes d’épargne traditionnels.
Il y a quelques années, investir impliquait des tableurs complexes, des intermédiaires financiers et un vocabulaire technique intimidant. Aujourd’hui, tout se fait en quelques clics sur un smartphone. Cette accessibilité croissante explique en partie l’engouement pour les ETF (Exchange Traded Funds), ou fonds négociés en bourse. Ces instruments financiers, de plus en plus populaires, permettent d’investir sur les marchés financiers de manière simple et diversifiée.
Un ETF fonctionne comme un panier d’investissements regroupant des actions, des obligations, des matières premières ou d’autres actifs. Il se négocie en bourse comme une action ordinaire. Au lieu de miser sur une seule entreprise, l’investisseur répartit ses risques sur un ensemble plus large de valeurs.
Les jeunes investisseurs, en particulier ceux qui utilisent des applications de courtage en ligne comme Revolut, Trade Republic ou eToro, sont particulièrement attirés par les ETF. Pour comprendre les enjeux de ces produits financiers et la fiscalité qui les encadre, nous avons interrogé Frank Conway, conseiller financier certifié et fondateur de MoneyWhizz.
Quels sont les ETF les plus populaires ?
Parmi les ETF les plus connus, on retrouve le STOXX Europe 600 et le S&P 500. Le STOXX Europe 600 regroupe les 600 plus grandes entreprises cotées en Europe, dans 17 pays différents. On y trouve des groupes emblématiques comme Nestlé, LVMH ou Shell, ainsi que des leaders dans des secteurs variés tels que la santé et la finance.
De l’autre côté de l’Atlantique, le S&P 500 suit environ 500 des plus grandes entreprises américaines, dont des géants de la technologie comme Microsoft, Apple, Nvidia, Amazon et Alphabet.
« Au lieu d’acheter des actions de chacune des sociétés incluses dans l’ETF, on peut acquérir une seule action de l’ETF, ce qui donne accès à la performance de l’ensemble des valeurs qui le composent. »
Frank Conway, conseiller financier et fondateur de MoneyWhizz

Comment les ETF sont-ils imposés en Irlande ?
La fiscalité des ETF en Irlande est souvent critiquée. Le système actuel est jugé particulièrement pénalisant pour les petits investisseurs, selon Frank Conway. Jusqu’à récemment, la taxe sur les plus-values réalisées lors de la vente d’ETF s’élevait à 41 %, mais elle a été légèrement réduite à 38 % dans le budget d’octobre.
En outre, les investisseurs ne bénéficient que d’un abattement fiscal de 1 270 € et doivent composer avec la règle de la « cession présumée ». Cette règle impose de déclarer et de payer des impôts sur les gains potentiels tous les huit ans, même si l’investissement n’a pas été vendu et qu’aucun bénéfice réel n’a été réalisé.
« Alors qu’Albert Einstein qualifiait les intérêts composés de huitième merveille du monde, la règle de la cession présumée en Irlande agit comme un tueur composé. »
Frank Conway, conseiller financier et fondateur de MoneyWhizz
Concrètement, un investisseur irlandais doit déclarer et payer des impôts sur les gains réalisés après huit ans, même s’il n’a pas vendu son ETF et qu’il n’a pas réalisé de bénéfices. Cette règle s’applique tous les huit ans. De plus, les pertes ne peuvent pas être déduites ultérieurement.
Pour illustrer cet impact, M. Conway prend l’exemple d’un investissement qui double de valeur après huit ans. L’investisseur devra déclarer ces gains et payer l’impôt correspondant. Si l’ETF s’effondre l’année suivante, il ne pourra pas déduire cette perte de ses impôts.
Paradoxalement, l’Irlande est un pays attractif pour les fournisseurs d’ETF grâce à son régime fiscal favorable. Cependant, cet avantage ne se répercute pas toujours sur les investisseurs particuliers.

Comment la fiscalité irlandaise se compare-t-elle à celle d’autres pays ?
La fiscalité des ETF est plus élevée en Irlande que dans de nombreux autres pays. Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Inde, les investisseurs paient généralement environ 20 % sur leurs gains. Des règles spécifiques existent pour les investissements à court et à long terme, mais le taux maximal se situe généralement autour de 20 %.
D’autres pays offrent également des abattements fiscaux plus importants. Par exemple, le Royaume-Uni propose un seuil d’exonération fiscale plus de deux fois supérieur à celui de l’Irlande.
M. Conway illustre l’impact de ces différences avec l’exemple de deux frères : l’un réside à Navan, dans le comté de Meath, et l’autre à Newark, dans le New Jersey. S’ils investissent tous deux 40 000 € pendant sept ans, avec un taux de croissance de 9 % et en tenant compte des frais de gestion (40 points de base aux États-Unis et entre 50 et 100 en Irlande), les résultats après impôts sont significativement différents. Le frère de Newark conserverait entre 25 300 et 26 900 €, tandis que le frère de Navan ne disposerait que de 16 100 à 17 400 €, en raison de l’impôt irlandais de 41 % et du faible seuil d’exonération. Même avec la future réduction de la taxe de sortie en 2026, l’écart restera important.
« En d’autres termes, le frère de Navan gagne nettement moins, même si tous deux assument exactement le même risque d’investissement. »
Frank Conway, conseiller financier et fondateur de MoneyWhizz

Les ETF valent-ils la peine d’être considérés ?
Malgré les contraintes fiscales, de nombreux investisseurs restent intéressés par les ETF. La règle de la cession présumée et le faible seuil d’exonération fiscale peuvent réduire les rendements, mais les ETF offrent généralement de meilleures perspectives de gains que de laisser son argent dormir sur un compte d’épargne à faible rendement.
« Il y a une énorme quantité d’épargne des ménages sur des comptes qui ne rapportent presque rien. »
Frank Conway, conseiller financier et fondateur de MoneyWhizz
M. Conway souligne que de nombreuses personnes préfèrent conserver leur argent sur des comptes peu rémunérateurs, même si l’inflation le dévalue, plutôt que de s’exposer à l’impôt sur les gains via la règle de la cession présumée, même en l’absence de bénéfices réels.
Néanmoins, il estime que les ETF peuvent constituer un moyen efficace de renforcer sa sécurité financière, en particulier pour les jeunes investisseurs à l’heure où l’accès à la propriété immobilière devient de plus en plus difficile.
« De nombreuses personnes à la recherche de moyens alternatifs pour renforcer leur sécurité financière surveillent ce domaine de près et s’interrogent sur les raisons pour lesquelles les réformes promises sont constamment reportées », explique-t-il.
Il recommande une stratégie d’investissement à long terme, basée sur l’acquisition et la conservation des ETF : « L’une des meilleures stratégies que j’ai rencontrées consiste simplement à ‘acheter et à conserver’ ». Les marchés connaissent des fluctuations, mais sur le long terme, ils ont tendance à progresser. Depuis 1926, le S&P 500 a enregistré une croissance moyenne d’environ 9 % par an.
Il est cependant essentiel de comprendre les cycles du marché et la manière dont les ETF y réagissent pour apprécier pleinement leur valeur et leur potentiel.