Des milliers de manifestants ont défilé samedi à Mexico pour dénoncer la criminalité, la corruption et l’impunité, une mobilisation qui a viré à la violence avec des affrontements entre les forces de l’ordre et les participants. Si le mouvement a été initié par la génération Z, il a attiré un public plus large, témoignant d’un mécontentement généralisé face à la situation sécuritaire et sociale du pays.
Les manifestations de samedi ont rapidement dégénéré, selon le quotidien mexicain El Universal, avec des accusations de répression de la part des manifestants. Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et ont été ripostées par des jets de pierres alors que les manifestants tentaient de pénétrer dans le périmètre du Palais National, situé sur la place Zócalo. El Universal rapporte que les policiers ont « pourchassé et frappé les manifestants sur la place Zócalo » avant de disperser la foule.
« Avec leurs boucliers et leurs pierres, [les forces de l’ordre] ont agressé physiquement des jeunes qui manifestaient sur la place Zócalo, qui ont fini par être blessés et pris en charge par des médecins participant également à la marche et par les équipes d’intervention médicale d’urgence (ERUM) », a précisé le journal.
Cette mobilisation intervient dans un contexte de contestation mondiale de la part de la génération Z, qui s’est exprimée ces derniers mois dans plusieurs pays d’Asie et d’Afrique contre les inégalités, le recul démocratique et la corruption. Au Népal, en septembre, des manifestations consécutives à l’interdiction des réseaux sociaux ont conduit à la démission du Premier ministre KP Sharma Oli. À Madagascar, des pénuries d’eau et d’électricité ont déclenché des troubles qui ont abouti à la dissolution du gouvernement et à la fuite du président Andry Rajoelina le mois dernier.
Au Mexique, la frustration face à la corruption et à l’impunité est palpable. Andrés Massa, un consultant de 29 ans brandissant un drapeau à tête de mort – devenu un symbole des manifestations de la génération Z – a déclaré à l’agence Associated Press : « Nous avons besoin de plus de sécurité. » Claudia Cruz, une médecin de 43 ans, a quant à elle expliqué qu’elle manifestait pour un meilleur financement du système de santé publique et pour une sécurité accrue, soulignant que « les médecins sont également exposés à l’insécurité qui règne dans le pays, où l’on peut être assassiné et où rien ne se passe. »
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a accusé les partis de droite de tenter d’infiltrer le mouvement de la génération Z et d’utiliser des robots sur les réseaux sociaux pour gonfler artificiellement la participation. Par ailleurs, des figures politiques traditionnelles, comme l’ancien président Vicente Fox et le milliardaire Ricardo Salinas Pliego, ont exprimé leur soutien aux manifestations. À l’inverse, certains influenceurs de la génération Z ont annoncé qu’ils ne soutenaient plus la mobilisation.
La marche de samedi a également vu la participation de partisans de Carlos Manzo, le maire du Michoacán récemment assassiné, arborant les chapeaux de paille symbolisant son mouvement politique. Malgré une récente vague de meurtres très médiatisés, dont celui de Manzo, la présidente Sheinbaum conserve une cote de popularité élevée.