Les États-Unis ont discrètement mis fin à la production de pièces d’un cent, laissant derrière eux un mystère : que faire des quelque 300 milliards de centimes en circulation ? Contre toute attente, aucune stratégie n’a été mise en place pour gérer ce trésor de cuivre et de zinc.
L’annonce, faite par la Monnaie américaine, a pris de court observateurs et experts. La décision de cesser la frappe des centimes, effective immédiatement, s’appuie sur le titre 31, section 5111 du Code des lois des États-Unis, qui autorise le secrétaire au Trésor à suspendre la production de certaines pièces. Pourtant, le sort réservé à l’énorme quantité de centimes déjà en circulation reste flou.
Selon la Monnaie américaine, il y aurait actuellement 300 milliards de pièces d’un cent en circulation. Un chiffre qui, si l’on s’y fie, dépasserait le nombre d’étoiles dans la Voie lactée. La question de savoir comment gérer cette masse monétaire semble pourtant ne pas avoir été anticipée.
« Nous n’avons connaissance d’aucun projet de publication de directives d’arrondi », a déclaré Andrew Von Ah, directeur de l’infrastructure physique du Government Accountability Office (GAO). En 2019, le GAO avait déjà souligné la nécessité d’une campagne d’information et de conseils sur l’arrondissement des transactions en espèces avant une éventuelle suppression du centime. À ce stade, aucun plan n’est non plus en cours pour retirer les centimes de la circulation ou pour atténuer les problèmes potentiels liés à leur disparition.
Le coût de fabrication d’un centime dépasse les trois cents, ce qui a longtemps alimenté les débats sur son utilité. Pourtant, personne ne semble se soucier de ce paradoxe. Les responsables de la Monnaie, interrogés à ce sujet, ont affiché une certaine gêne, confirmant qu’ils étaient soulagés de s’éloigner de ces pièces.
Le problème principal des centimes ne réside pas tant dans leur valeur économique – qui représente environ 0 % de la masse monétaire totale des États-Unis – que dans leur accumulation. La plupart des pièces frappées ne sont jamais dépensées, créant un besoin constant de nouvelles pièces pour les transactions en espèces. Ce cycle perpétuel, qualifié de « paradoxe du centime », est une source d’absurdité pour de nombreux observateurs.
Le Canada offre un modèle de gestion de la suppression d’une pièce de monnaie. En 2012, lorsque le coût de fabrication des pièces d’un cent a atteint 1,6 cent, le gouvernement canadien a annoncé l’arrêt de la production et le retrait progressif des pièces de la circulation. Une campagne d’information du public a été lancée, expliquant la logique de cette décision et fournissant des conseils sur l’arrondissement des transactions. Plus de 15 000 tonnes de centimes ont depuis été recyclées, compensant ainsi une partie des coûts de transport et évitant leur accumulation dans les décharges.
Le recyclage des centimes américains pourrait s’avérer plus complexe, car ils sont principalement constitués de zinc, un métal moins valorisé que le cuivre. De plus, la séparation du zinc et du cuivre est techniquement difficile. Le processus d’extraction du zinc est également considéré comme « très impur et toxique », selon un professeur de l’École des mines du Colorado.
En l’absence de plan gouvernemental clair, le sort des 300 milliards de centimes américains reste incertain. Les Américains, qui ont déjà l’habitude de stocker ces pièces dans leurs voitures, leurs canapés et leurs tirelires, devront continuer à gérer ce fardeau. Le gouvernement, quant à lui, semble considérer le problème des centimes comme relevant de la responsabilité de ses citoyens.