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Le pari de 382 milliards de dollars de Buffett révèle le signal de 1 753 % qui manque à tous les investisseurs

Warren Buffett accumule un niveau de trésorerie sans précédent, un signal qui devrait inciter à la prudence les investisseurs misant sur la solidité de la consommation américaine. Derrière des chiffres d'emploi rassurants se cachent des signes croissants de…

Le pari de 382 milliards de dollars de Buffett révèle le signal de 1 753 % qui manque à tous les investisseurs

Warren Buffett accumule un niveau de trésorerie sans précédent, un signal qui devrait inciter à la prudence les investisseurs misant sur la solidité de la consommation américaine. Derrière des chiffres d’emploi rassurants se cachent des signes croissants de fragilité financière, notamment une explosion des défauts de paiement et un ralentissement des dépenses.

L’alerte la plus frappante émane du secteur des prêts étudiants. Au troisième trimestre 2025, le taux de défaut grave a atteint 14,26 %, contre seulement 0,77 % à la même période l’année précédente – une augmentation de près de 1 753 %. Ce qui inquiète particulièrement, c’est le profil des emprunteurs concernés : environ un quart d’entre eux disposent d’excellentes cotes de crédit, un phénomène inédit. Autrefois, les emprunteurs les plus solides représentaient moins de 5 % des défauts de paiement.

Cette situation rappelle une équipe de football qui perdrait simultanément ses joueurs clés, sans que le score ne reflète immédiatement la gravité de la situation. Pourtant, tous les observateurs savent que la seconde mi-temps sera radicalement différente. C’est précisément ce qui se passe avec la classe moyenne américaine, le moteur traditionnel de la croissance de la consommation, qui subit un choc simultané.

Le stress financier ne se limite pas aux prêts étudiants. Entre le troisième trimestre 2022 et le premier trimestre 2025, les impayés sur cartes de crédit dans les codes postaux les plus aisés ont bondi de 80 %, passant de 4,1 % à 7,3 % pour les retards de paiement de 90 jours. Ce sont des foyers qui conduisent des voitures de luxe et partent en vacances coûteuses qui commencent à avoir du mal à honorer leurs dettes.

Malgré ces signaux d’alerte, les dépenses de consommation, qui représentent environ 70 % du PIB américain, sont restées stables au deuxième trimestre 2025. Cette apparente résilience masque une réalité plus complexe : les données sur l’emploi ne reflètent pas nécessairement le pouvoir d’achat réel des ménages. Un ingénieur logiciel licencié et occupant deux emplois à temps partiel pour un revenu total inférieur à son salaire précédent apparaît toujours comme employé dans les statistiques, mais sa capacité de dépenses a considérablement diminué.

Une étude de McKinsey confirme cette tendance : 38 % des changements d’emploi de cols blancs impliquent une baisse de salaire d’au moins 20 %. Ces situations sont comptabilisées comme des créations d’emplois, mais elles réduisent en réalité les dépenses futures.

Le comportement de recherche en ligne témoigne également de cette tension. Les requêtes Google pour des termes tels que « avance de fonds », « vendre ma voiture », « deuxième emploi » et « don de plasma » ont atteint des niveaux records en 2024 et 2025, signe que des professionnels qualifiés sont contraints de recourir à des solutions d’urgence.

La répartition de la richesse entre les générations a également radicalement changé. Les Américains de moins de 40 ans détiennent désormais seulement 6,7 % de la richesse totale, contre 11,8 % en 1990. Les plus de 55 ans contrôlent, quant à eux, près de 73 % de l’ensemble des actifs. Or, les ménages plus âgés ont naturellement une propension à la consommation plus faible.

Cette concentration de la richesse pose un problème fondamental : les Millennials et la génération Z, qui représentent une part importante de la population, sont confrontés à des difficultés croissantes pour accéder à la propriété et fonder une famille. L’âge moyen des primo-accédants a atteint un record, et le revenu nécessaire pour acheter une maison au prix médian est désormais d’environ 141 000 $ (soit environ le double du salaire médian).

Face à cette situation, l’administration Trump a lancé des prêts hypothécaires sur 50 ans, et Fannie Mae a assoupli les exigences minimales de crédit. Ces mesures ne sont pas des innovations audacieuses, mais plutôt des tentatives désespérées pour stimuler la demande d’acheteurs qui ne peuvent tout simplement pas se permettre les prix actuels. Un prêt sur 50 ans peut réduire le paiement mensuel, mais les intérêts totaux s’élèvent à des sommes astronomiques.

Les banques régionales sont déjà conscientes de ces tensions. Les enquêtes de la Réserve fédérale font état d’un « resserrement modéré » des conditions d’octroi de crédit à la consommation, et les responsables de prêts utilisent des termes tels que « taux de délinquance élevés » et « souscription plus stricte ».

Le premier trimestre 2026 pourrait marquer un point de bascule. Les licenciements massifs de cols blancs, notamment chez Amazon, UPS et Target, vont entraîner une augmentation du chômage et une détérioration de la qualité du crédit. Les données suggèrent que le délai entre la perte d’emploi et l’apparition de tensions financières est de seulement deux à trois mois.

Warren Buffett semble anticiper ce scénario. Son accumulation de liquidités, supérieure à la production annuelle de nombreux pays, et son refus de racheter ses propres actions témoignent d’une prudence extrême. Il ne parie pas sur une simple correction du marché, mais sur une révision des prix qui ramènerait la valeur des actifs à un niveau plus réaliste, en fonction du pouvoir d’achat des consommateurs.

Pour les investisseurs, il est conseillé de privilégier les produits de base plutôt que les produits discrétionnaires, les valeurs plutôt que les titres de croissance, et de conserver une part de liquidités plus importante que d’habitude. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’ampleur de cette révision des prix.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.