Publié le 16 novembre 2025 à 21h59. Le secteur prometteur de l’informatique quantique connaît actuellement une phase de correction boursière brutale, soulevant des interrogations sur sa viabilité à long terme et la réalité de ses applications commerciales.
- Les actions des entreprises spécialisées dans l’informatique quantique ont subi un effondrement en novembre, avec des baisses dépassant 50 % pour certaines.
- Le secteur a perdu plus de 30 milliards de dollars de capitalisation boursière en quelques semaines.
- IBM a présenté un nouveau processeur quantique, le Nighthawk, mais n’a pas échappé à la tendance baissière générale.
Après un mois d’octobre marqué par l’enthousiasme des investisseurs, le marché de l’informatique quantique a connu un retournement de situation spectaculaire en novembre. Des entreprises comme Rigetti Computing, D-Wave Quantum et Quantum Computing ont vu la valeur de leurs actions chuter de manière significative. Rigetti Computing a enregistré une baisse de 54 %, D-Wave Quantum de 46 % et Quantum Computing de 53 %, après avoir atteint des sommets historiques le mois précédent.
Au total, le secteur a perdu plus de 30 milliards de dollars de capitalisation boursière, selon l’analyse de Perplexity Finance. Cette situation inquiète les observateurs, qui y voient des similitudes avec la bulle internet du début des années 2000. « Les investisseurs sont désormais confrontés à la réalité fondamentale : des multiples de ventes de 200 à 900 fois, des profits nuls, des pertes croissantes et une rentabilité commerciale qu’il faudra encore au moins 15 à 30 ans pour atteindre », explique Perplexity Finance.
En d’autres termes, les valorisations actuelles des entreprises du secteur semblent déconnectées des résultats concrets et des perspectives de pénétration technologique à court terme. Beaucoup de ces sociétés, qui étaient récemment présentées comme les pionnières de la prochaine révolution technologique, doivent désormais convaincre des investisseurs de plus en plus sceptiques quant à leurs délais de commercialisation.
Au milieu de cette tendance baissière, IBM a tenté de relancer l’intérêt avec la présentation de Quantum Nighthawk, un processeur doté de plus de 120 qubits et 218 coupleurs accordables, permettant d’exécuter des circuits 30 % plus complexes. Cependant, même IBM n’a pas été épargnée par la volatilité générale du marché, ses actions chutant de 342 à 306 dollars le jour même de l’annonce.
Ce lancement a rappelé que la course à la suprématie quantique reste ouverte et que des avancées scientifiques et techniques significatives continuent d’être réalisées. Néanmoins, même les géants établis comme IBM ne sont pas à l’abri des pressions du marché et de la volatilité ambiante.
Malgré le pessimisme actuel, certaines institutions financières restent optimistes quant à l’avenir de l’informatique quantique. Bank of America prévoit que cette industrie pourrait atteindre une valeur de 4 milliards de dollars en 2030, contre 300 millions de dollars en 2024. Son équipe d’analystes, dirigée par Wamsi Mohan, souligne que « si la promesse de l’informatique quantique est réelle, il existe des obstacles technologiques à son évolutivité qui sont actuellement surmontés ».
Wamsi Mohan ajoute que « une pénétration croissante et des prix relativement stables sont attendus au cours des premières étapes d’adoption. Une fois la technologie consolidée et standardisée, nous pourrions assister à une augmentation significative des revenus dans le secteur ». Un ancien chercheur de Google, cité par Willy Woo, a exprimé un certain scepticisme, affirmant que les principaux développeurs de l’entreprise « sont sceptiques quant à l’informatique quantique, mais n’ont pas suffisamment de connaissances dans le domaine pour évaluer correctement les risques ».
Le dialogue entre optimisme et scepticisme reste donc vif, même au sein des grandes entreprises technologiques, alors que l’industrie quantique continue d’évoluer et de mûrir.
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