Le ministère marocain de l’Intérieur a publié, dimanche 2 août 2026, un premier bilan officiel faisant état de 11 décès lors d’un afflux migratoire massif vers l’enclave espagnole de Ceuta. Ce chiffre contraste fortement avec les données communiquées par Madrid, où le délégué du gouvernement local, Miguel Angel Perez Triano, a indiqué que au moins 72 migrants ont perdu la vie. D’autres sources, dont un bilan revu à la hausse cité par Yahoo! Actualités, portent ce nombre à au moins 88 victimes.
Des divergences marquées sur le bilan humain
Le porte-parole du ministère marocain de l’Intérieur, Rachid El Khalfi, a précisé que parmi les 11 morts recensés par Rabat, dix sont décédées par noyade et une personne a péri suite à une chute dans une zone rocheuse. Le ministère a toutefois indiqué que les autorités marocaines poursuivent des opérations de vérification avec leurs homologues espagnoles pour identifier les corps retrouvés sur le territoire espagnol et clarifier les informations concernant d’autres décès.
De son côté, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a dénoncé le silence des institutions nationales et a fait état de « près de 130 victimes » ainsi que de dizaines de disparus. L’organisation a appelé, samedi, à l’ouverture d’une enquête indépendante pour déterminer les causes de cet afflux entre la ville de Fnideq et l’enclave.
Ampleur des tentatives de franchissement
Le gouvernement marocain a recensé 40 000 tentatives de franchissement irrégulier vers Ceuta. Parallèlement, 1 135 personnes ont tenté de rejoindre l’enclave de Melilla, située à 400 kilomètres plus à l’est, mais toutes ont été immédiatement renvoyées sur le territoire marocain.
L’Espagne affirme que la « quasi-totalité » des quelque 60 000 personnes ayant franchi illégalement la frontière, principalement des jeunes Marocains, ont été renvoyées au Maroc. Le gouvernement autonome de Ceuta a décrit cet événement comme le pire afflux jamais enregistré dans l’enclave.
Origines de la crise et facteurs déclencheurs
Le ministère de l’Intérieur marocain estime que ces événements n’étaient pas spontanés. Le gouvernement attribue cette poussée à plusieurs facteurs :
- L’action de réseaux de trafic d’êtres humains et l’exploitation malveillante des réseaux sociaux via la diffusion d’informations trompeuses.
- Des « interprétations erronées de dispositions légales ». Le ministère fait référence à un arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet, stipulant que le renvoi immédiat ne s’applique pas aux migrants arrivant par voie maritime.
Certains migrants ayant franchi la frontière ont également déclaré avoir été influencés par la rumeur, amplifiée sur internet, selon laquelle la frontière était ouverte.
Conséquences diplomatiques et sécuritaires
L’ampleur de la crise a provoqué des tensions au sein de l’Union européenne, certains États membres critiquant la politique migratoire et l’inaction de l’Espagne. En réponse, les ministres de l’Intérieur des pays de l’UE doivent aborder la situation en visioconférence ce mardi.
Sur le terrain, le calme est revenu dans les rues de Ceuta dimanche, où la police et l’armée patrouillaient encore. Des membres de la garde civile espagnole ont été vus escortant des migrants vers le poste-frontière pour leur retour au Maroc, tandis que des équipes de secours sillonnaient les eaux proches de la frontière, marquée par 500 mètres de ligne de flottaison neuve. Le parquet a, quant à lui, ouvert une enquête officielle sur ces événements, selon le ministère marocain.
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