Publié le 17 novembre 2025 à 03h43. Des échanges de courriels révèlent comment un ancien ministre péruvien a continué d’exercer une influence considérable sur les décisions gouvernementales et la communication institutionnelle, dans le but de favoriser l’image de l’ex-présidente Dina Boluarte.
- Des courriels prouvent que Julio Demartini, ancien ministre du Développement et de l’Inclusion sociale, exigeait des informations détaillées sur les votes parlementaires concernant un voyage de Dina Boluarte en Chine.
- Demartini aurait orchestré la diffusion de déclarations de soutien à Boluarte, notamment via des organisations de « soupes populaires », en manipulant leur contenu et en supervisant leur publication.
- L’ancien ministre s’ingérait également dans l’organisation d’événements publics de la présidente, cherchant à minimiser les risques de protestations et à contrôler la perception de son leadership.
Des fuites de courriels entre Julio Demartini et Lesly Shica, actuel chef du secteur du Ministère du Développement et de l’Inclusion sociale (Midis), mettent en lumière une influence persistante de l’ancien ministre après son départ du gouvernement. Ces échanges, révélés par Punto Final, suggèrent une tentative de manipulation de l’opinion publique et une instrumentalisation des réseaux sociaux et communautaires au profit de l’ex-présidente Dina Boluarte.
Le premier courriel révélé date du moment du vote au Congrès autorisant le voyage de Dina Boluarte en Chine. Demartini, dans un message adressé à Shica, exige de connaître les résultats du vote :
« Moins, (…) Je veux savoir qui a voté pour et qui a voté contre. »
Julio Demartini, ancien ministre du Développement et de l’Inclusion sociale
Deux minutes plus tard, Shica répond avec une capture d’écran du tableau de vote. Demartini insiste et reçoit peu après un fichier Excel détaillant chaque vote, témoignant de l’urgence et de son accès direct à l’information, même après avoir quitté ses fonctions.
Suite à cet échange, Demartini est apparu lors d’événements publics aux côtés de plusieurs parlementaires ayant soutenu le voyage de Boluarte, tels qu’Alexandre Aguinaga (Forces Populaires) et Kira Alcarraz (Podemos Pérou). Cette présence alimente l’idée que l’ancien ministre a continué à exercer une influence politique, en utilisant le Midis comme une plateforme possible d’articulation entre l’exécutif et ses alliés au Congrès.
Le relevé « sur mesure » des soupes populaires
Le 25 mars 2024, après l’éclatement du scandale lié aux montres de luxe (« Rolex »), un autre courriel révèle une demande plus directe. Demartini demande à Shica « les communications » et indique qu’il a déjà commencé à diffuser des informations. Il souligne ensuite que la question des soupes populaires devrait être abordée « dans les quartiers les plus favorables », citant en exemple Comas et Carabayllo. Dans ce même message, il ordonne à Shica de « mobiliser le peuple ».
Shica répond en lui envoyant un projet de déclaration publié par une organisation de « pots communs » du sud de Lima, exprimant un soutien à la gestion de Dina Boluarte et reprenant le récit officiel de la défense face au scandale des montres. Il est particulièrement frappant que ce document ait été corrigé par Demartini, qui a exigé que le nom complet de la présidente soit ajouté pour renforcer sa visibilité. L’ancien ministre a même poussé à sa publication, ce qui suggère que la stratégie émanait davantage de l’exécutif que des organisations sociales elles-mêmes.
Cette situation laisse penser que la déclaration a été conçue au sein du ministère, mais présentée comme une initiative spontanée des soupes populaires. L’insistance de Demartini et la coordination directe avec le ministre renforcent l’idée d’une instrumentalisation politique des réseaux sociaux et communautaires gérés par le Midis.
Inauguration avec ordinateur portable inclus
Un autre épisode pertinent se déroule quelques jours avant l’inauguration d’un restaurant « Cuna Más » à Villa Salvador. Shica informe Demartini que le Palais a autorisé la présence de Dina Boluarte à l’événement. L’ancien ministre suggère qu’il serait prudent d’éviter d’exposer publiquement le vice-ministre du Midis, car il fait l’objet d’une plainte et pourrait nuire à l’image déjà fragile de la présidente. Il propose également de ne pas annoncer la participation de Boluarte pour éviter des manifestations.
Demartini évoque également la nécessité de coordonner l’ordinateur portable que Boluarte utilisera avec le maire de Villa El Salvador, évoquant une pratique courante dans les gouvernements précédents : garantir un soutien social apparent et contrôler la perception du leadership présidentiel par le public. Cette chaîne de courriels révèle ainsi un schéma de manipulation médiatique, de subordination des acteurs sociaux aux intérêts politiques et le rôle actif d’un ancien ministre dans la prise de décisions qui ne relevaient plus de ses attributions.
Après la publication de ce reportage, Punto Final a tenté de contacter Shica pour obtenir sa version des faits. Cependant, le ministre n’a pas répondu à leurs sollicitations.
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