Publié le 17 novembre 2025 à 13h07. Le créateur Jonathan Anderson réaffirme son engagement envers un artisanat local et durable, mettant en avant le savoir-faire irlandais et écossais dans ses dernières collections JW Anderson, et rappelant l’importance d’une production éthique dans l’industrie de la mode.
- JW Anderson met en avant l’origine géographique de ses créations, avec des étiquettes « Made in Ireland » et « Made in Scotland ».
- Cette démarche s’inscrit dans une longue tradition pour le créateur, qui a déjà collaboré avec des manufactures britanniques et irlandaises.
- L’attention portée à la provenance des matériaux et à la fabrication locale est motivée par des considérations éthiques et environnementales.
Jonathan Anderson, fondateur de la marque éponyme JW Anderson, souligne une nouvelle fois son attachement à la production locale et au patrimoine artisanal. Récemment, le créateur a partagé sur Instagram des images révélant des détails de sa nouvelle collection, notamment des étiquettes indiquant fièrement « Made in Ireland » ou « Made in Scotland ». Un geste simple, mais porteur d’une philosophie profonde : valoriser le savoir-faire local et rapprocher la production de mode de ses racines.
Ce n’est pas la première fois qu’Anderson exprime cette conscience. En 2020, en pleine pandémie et face aux bouleversements qu’elle a engendrés, il lançait une ligne « Made in Britain », une collection en édition limitée où chaque pièce était produite au Royaume-Uni. Cette initiative s’accompagnait d’une démarche de surcyclage, utilisant des surplus de tissus des collections précédentes pour créer de nouveaux modèles, parfois audacieux, comme une robe patchwork rappelant l’œuvre de Frankenstein.
Plus récemment, JW Anderson a collaboré avec Lochcarron of Scotland, un fabricant renommé de tartans écossais, pour présenter des kilts revisités, dotés de poches latérales et de sangles de réglage en cuir. Lochcarron, basé à Selkirk en Écosse, produit des vêtements et des textiles traditionnels depuis 1947. Anderson avait déjà démontré son intérêt pour le tissu écossais dans ses collections Topshop des années 2010, où il avait réussi à convaincre la marque de produire ses créations au Royaume-Uni. Il se souvenait alors :
« C’était incroyable de pouvoir offrir quatre mille cinq cents kilts à un fabricant traditionnel en Écosse, puis de voir des filles les acheter chez Topshop partout dans le monde. »
L’engagement d’Anderson ne se limite pas à l’Écosse. Il a également travaillé avec Smyth & Gibson, une usine de chemises basée en Irlande du Nord, qui perpétuait une longue tradition de fabrication de chemises artisanales remontant au XIXe siècle. Malheureusement, l’entreprise a fermé ses portes en 2019, soulignant la fragilité de ces savoir-faire traditionnels. La marque propose toujours sa collection Donegal Tweed, confectionnée à partir d’un tissu tissé dans le comté de Donegal, ancré dans la tradition textile irlandaise.
Cette valorisation du patrimoine textile irlandais s’est également manifestée dans sa première collection pour Dior Homme, présentée en juin 2025, où le tweed Donegal a fait son apparition. Ce choix s’inscrit dans un contexte plus large, celui de la volonté de la Donegal Tweed Association d’obtenir une Indication Géographique Protégée (IGP) auprès de l’Union européenne, afin de protéger l’authenticité de ce tissu.
Récemment, JW Anderson a également mis en lumière sur TikTok la soie damassée fabriquée à Sudbury, en Angleterre, par Humphries Weaving, une entreprise fondée en 1972 et reconnue pour son expertise historique. Voir la publication TikTok. En mettant en avant ces savoir-faire d’exception, la marque suscite l’attente quant à la suite de sa nouvelle collection.
Cet engagement n’est pas une simple opération de communication. Dès 2013, suite aux catastrophes survenues dans des usines de confection au Bangladesh et au Cambodge, Anderson exprimait déjà sa préoccupation pour les conditions de travail dans l’industrie textile. Il déclarait alors :
« Éthiquement, je pense que c’est un point de bascule. En fin de compte, il s’agit plus de communautés que de mode. »
L’effondrement de l’usine du Rana Plaza au Bangladesh, le 24 avril 2013, qui a causé la mort de 1 134 personnes et blessé des milliers d’autres, avait mis en lumière les conditions de travail déplorables dans de nombreuses usines de confection. Anderson soulignait alors l’importance de soutenir des emplois locaux et de maintenir l’économie en marche. En apposant une étiquette « Made in Ireland » ou « Made in Scotland » sur ses créations, JW Anderson ne met pas seulement en valeur la qualité du tissu, mais aussi la qualité de la production et réaffirme son engagement en faveur d’une industrie de la mode plus éthique et durable.