L’intelligence artificielle continuera-t-elle à propulser les marchés financiers en 2026, ou assisterons-nous à un retournement de situation ? Les experts anticipent une année potentiellement volatile, marquée par des mutations économiques profondes et une adaptation nécessaire des stratégies d’investissement.
Selon les analystes de JP Morgan Private Bank, trois tendances majeures devraient façonner le paysage de l’investissement au cours des prochains mois, obligeant les investisseurs à revoir leurs portefeuilles. Ces thèmes reflètent un changement fondamental dans le fonctionnement des économies mondiales et nécessitent une approche alliant prudence et agilité.
« En 2025, l’incertitude dominait les discussions. Aujourd’hui, nous observons l’émergence de ces trois thèmes clés, qui traduisent une transformation profonde et appellent à un nouveau modèle d’investissement, fondé sur la discipline et la flexibilité », explique Grace Peters, co-responsable de la stratégie d’investissement mondiale chez JP Morgan Private Bank.
L’IA : une révolution industrielle en marche
L’intelligence artificielle (IA) est au cœur de cette transformation. Elle a déjà permis d’importants gains en bourse ces trois dernières années, et les stratèges de JP Morgan prévoient que cette tendance se poursuivra.
« L’IA transforme les secteurs d’activité, stimule la productivité et redessine le marché du travail, entraînant une augmentation des investissements et des spéculations sur une potentielle bulle », souligne le rapport. « Nous estimons que l’essor actuel de l’IA repose sur des bases solides, plutôt que sur une simple spéculation. Le principal risque, à notre avis, serait de sous-estimer l’impact considérable de cette technologie disruptive. »
Les grandes entreprises technologiques américaines devraient investir plus de 500 milliards de dollars (environ 460 milliards d’euros) en capital l’année prochaine, soit plus de trois fois le montant des 150 milliards de dollars (environ 140 milliards d’euros) dépensés en 2023. Et la prochaine phase de développement de l’IA – notamment les systèmes d’IA agentique – n’en est qu’à ses débuts.
« Malgré cette dynamique impressionnante, les investissements dans l’IA représentent encore moins de 1 % du produit intérieur brut (PIB). Une seule entreprise envisage même de construire des centres de données d’une capacité supérieure à 25 gigawatts, ce qui représente plus de 1 000 milliards de dollars (environ 930 milliards d’euros) de dépenses en capital dans les années à venir », précise Jacob Manoukian, responsable de la stratégie d’investissement aux États-Unis.
Fragmentation des marchés, inflation et diversification
Le deuxième thème majeur identifié par les experts de JP Morgan est la fragmentation des marchés, qui crée de nouveaux défis et opportunités pour les investisseurs.
« Avec le recul de la mondialisation, l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Asie et l’Amérique latine sont amenées à redéfinir leurs rôles et leurs opportunités dans un monde façonné par des intérêts régionaux. L’émergence de nouveaux blocs et les changements dans la dynamique de la sécurité, du commerce et des devises obligent les investisseurs à naviguer dans un environnement où la diversification stratégique est plus importante que jamais », indique le rapport.
Cela implique de saisir de nouvelles opportunités sur les marchés en croissance, comme les dépenses militaires en Europe, l’exploitation du cuivre en Amérique du Sud, ou encore les investissements dans la technologie et l’IA en Asie et sur les marchés émergents.
Par ailleurs, les stratèges de JP Morgan notent que le paysage de l’investissement a été transformé par la hausse et l’augmentation des déficits publics, ce qui pourrait entraîner des pressions persistantes sur les prix et une incertitude accrue.
« L’impact progressif, mais significatif, de l’inflation est désormais un élément central à prendre en compte pour la performance des portefeuilles à long terme. Les investisseurs doivent s’adapter à un nouveau régime inflationniste, influencé par des facteurs structurels tels que les pénuries de capacité, la solidité des finances des ménages, la résilience des chaînes d’approvisionnement et les politiques budgétaires », explique le rapport.
Stephen Parker, co-responsable de la stratégie d’investissement mondiale, conseille aux investisseurs de ne pas se limiter aux obligations.
« Pour s’adapter à ce nouveau contexte, il est judicieux de compléter les obligations traditionnelles par des matières premières, des actifs réels et des fonds spéculatifs dont la performance n’est pas corrélée à celle des actions, afin de diversifier l’exposition au risque dans un environnement d’inflation persistante », conclut Parker.
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