Publié le 19 novembre 2025 à 14h42. La ville de Zurich va contester devant la justice la décision qui autorise la Fondation Bührle à modifier ses statuts, une étape qui pourrait mener au retrait de sa prestigieuse collection d’art du Kunsthaus.
- La ville de Zurich a déposé un recours auprès du tribunal administratif contre la décision de l’autorité cantonale de surveillance des fondations.
- La Fondation Bührle estime que la plainte de la ville est « infondée et peu constructive ».
- Le contrat de prêt permanent entre la ville et la Fondation Bührle court jusqu’en 2034.
La dispute porte sur l’interprétation de la clause statuaire qui stipule que la collection doit être « conservée dans son ensemble pour la ville de Zurich et rendue accessible au public ». La Fondation Bührle a modifié ses statuts, ce qui a été approuvé par les autorités cantonales, mais la ville craint que cela ne conduise au transfert de la collection hors de Zurich. La Fondation justifie ce changement par une volonté de clarifier ses marges de manœuvre face à une polémique croissante concernant l’origine controversée de certaines œuvres.
La ville de Zurich a investi massivement dans l’agrandissement du Kunsthaus, à hauteur de 88 millions de francs suisses, dans le cadre du prêt permanent de la collection Bührle. Elle estime donc avoir un intérêt légitime à ce que la collection reste accessible au public zurichois. Elle se considère comme le « bénéficiaire » de la fondation.
Selon la Fondation Bührle, la modification de ses statuts est une simple « interprétation contemporaine de la volonté du fondateur » et n’affecte pas le contrat de prêt en cours avec la Zürcher Kunstgesellschaft, l’organisme qui gère le Kunsthaus. Elle souligne que la ville, qui détient la majorité au conseil d’administration de la Kunstgesellschaft, avait approuvé ce contrat, tant dans sa version de 2012 que dans celle de 2022.
La collection Bührle, forte d’environ deux cents œuvres, comprend des pièces majeures de l’impressionnisme français, comme « La Petite Irène » d’Auguste Renoir, « Le champ de coquelicots près de Vétheuil » de Claude Monet et « L’Offrande » de Paul Gauguin. Elle est toutefois entachée par le passé controversé de son fondateur, Emil Bührle, un industriel suisse qui a fourni des canons à l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a amassé une fortune considérable à cette époque.
L’origine de certaines œuvres de la collection a fait l’objet de recherches, mais un historien, Raphael Gross, a récemment estimé que ces investigations étaient insuffisantes et a recommandé des enquêtes plus approfondies, notamment sur les anciens propriétaires juifs. Le Kunsthaus a prévu un projet de recherche sur cinq ans, qui coûtera 5,2 millions de francs suisses, dont plus de 3 millions seront financés par la ville.
Markus Knauss, conseiller vert, a déclaré soutenir la démarche de la ville, estimant qu’il est légitime de s’interroger sur l’avenir d’une collection dont l’origine est problématique. Stefan Urech, parlementaire de l’UDC, a quant à lui critiqué l’attitude de la ville, estimant qu’elle risque d’aggraver les relations avec la Fondation Bührle.
La Fondation Bührle déplore la décision de la ville, soulignant qu’elle avait trouvé un terrain d’entente avec la Kunstgesellschaft pour une collaboration plus étroite et une recherche approfondie sur les œuvres. Elle affirme que la modification de ses statuts ne remet pas en question le contrat de prêt en cours.
L’exposition de la collection Bührle au Kunsthaus est actuellement fermée et ne rouvrira qu’en 2027, avec une « présentation de transition » à partir de mars prochain.