Publié le 24 octobre 2024 14h35. Des logements sociaux destinés à aider les jeunes à Murcie sont massivement revendus avec profit, révélant un système où l’accès au logement abordable s’est transformé en opportunité spéculative pour certains.
- Plusieurs logements à prix modéré, acquis grâce à un programme municipal, sont revendus au double de leur prix d’achat initial.
- Des liens familiaux avec des personnalités politiques et des hauts fonctionnaires sont apparus parmi les bénéficiaires de ces logements.
- L’opération a généré un bénéfice estimé à 10 millions d’euros pour la société de gestion liée au parti PP.
Ce qui devait être une solution pour faciliter l’accès au logement pour les jeunes à Murcie s’est mué en une opération financière lucrative pour certains. Le programme Vivienda de Protección Oficial (VPO), ou logement protégé, lancé par la municipalité, a permis à des bénéficiaires d’acquérir un bien immobilier à un prix inférieur au marché. Cependant, une enquête révèle que nombre d’entre eux revendent désormais ces logements avec une plus-value considérable.
Selon des sources proches du dossier, plusieurs VPO acquis dans le cadre du programme Joven Futura sont aujourd’hui proposés à la vente au double de leur prix initial. Un acheteur anonyme, cité dans l’article, explique avec une certaine fierté entrepreneuriale :
« Je suis venu ici pour devenir indépendant, le couple typique, le chien qui aboie sur les volets, l’hypothèque avec l’Euribor. Mais bien sûr, j’ai ensuite compris que je pouvais le vendre deux fois plus cher et, enfin, l’indépendance plus tard. »
L’affaire soulève des questions sur l’équité du système et l’accès au logement pour les plus démunis. Des témoignages révèlent que des parents de personnalités publiques, dont le frère du conseiller urbanisme, Navarro Corchón, ainsi que des descendants de juges et de hauts fonctionnaires, ont également bénéficié de ces logements à prix réduit.
Le projet avait été présenté par la mairie de Murcie comme une « étape sociale » visant à reclasser et à exproprier des terrains « pour apporter des solutions aux jeunes et non pour spéculer avec eux ». Un technicien municipal aurait même ironisé à l’époque :
« qui croit cela ? »
L’enquête révèle également que la société de gestion de la coopérative Joven Futura, liée à des responsables du parti PP, a réalisé un bénéfice d’environ 10 millions d’euros sur l’opération. Un montant qui, selon les critiques, pourrait être utilisé pour financer des services publics essentiels ou améliorer les infrastructures de la ville.
Face à la polémique, la mairie de Murcie envisage déjà la création d’une nouvelle catégorie de logements protégés, les VPO Premium Plus Oro Noir, destinés non pas aux citoyens vulnérables, mais à ceux qui possèdent déjà un bien immobilier. Ces logements bénéficieraient de subventions publiques à condition d’être revendus avec une plus-value importante, d’un accès prioritaire aux décisions d’urbanisme et même d’un notaire proposant du champagne haut de gamme.
Les partis politiques, PP et PSOE, semblent unis dans leur volonté de poursuivre ce modèle urbain, estimant qu’il « fonctionne » en multipliant les bénéfices et en créant des propriétaires soucieux des marchés financiers. Des experts du secteur immobilier craignent que ce phénomène ne se reproduise dans d’autres quartiers si les citoyens continuent d’approuver tacitement ces opérations en espérant également réaliser une plus-value.
La mairie de Murcie étudie même la possibilité de proposer des ateliers municipaux pour faciliter l’enrichissement rapide, tels que « Du VPO à Airbnb : initiation au bonheur financier » ou « Comment pleurer pendant la campagne en parlant de logement et rire plus tard chez un notaire ». Ce qui a commencé comme une mesure sociale s’est transformé en un écosystème favorable à la spéculation immobilière, où, selon les habitants, « le logement n’est plus un droit, mais une retraite ». Les bénéficiaires de ce système résument leur philosophie en affirmant :
« Nous ne sommes pas des spéculateurs, nous sommes des rêveurs. Et notre rêve coûte le double de ce que nous payons. »