La première ministre japonaise, Sanae Takaichi, pourrait bien bousculer une tradition séculaire : celle qui interdit aux femmes de fouler le dohyō, le ring de sumo. La question de savoir si elle présentera personnellement le trophée lors du prochain tournoi de Tokyo, en janvier, suscite un débat national sur l’égalité des sexes et le poids des traditions au Japon.
La polémique a été lancée par le Japan Times, qui a interrogé le chef de cabinet du gouvernement, Minoru Kihara, sur la participation de la première ministre à la remise de la coupe du premier ministre lors du tournoi de Kyushu, qui se termine ce jour. Si Sanae Takaichi avait initialement prévu d’assister à l’événement, sa présence à Tokyo est désormais compromise par un sommet du G20 en Afrique du Sud. Le dilemme est donc reporté, mais pas résolu : le tournoi de Capodanno, à la fin de l’année, sera un nouveau test.
Selon l’agence AP, une apparition de la première ministre sur le dohyō serait perçue comme un défi aux traditions du sumo et pourrait nuire à son image auprès de l’électorat. Sanae Takaichi n’est pas connue pour ses positions féministes. Elle a défendu les valeurs traditionnelles de la famille et s’oppose à toute modification de la loi qui permettrait aux couples mariés de conserver des noms de famille différents. Elle est également favorable au maintien d’une succession à la monarchie japonaise exclusivement masculine.
Ce débat intervient alors que le Japon peine à progresser en matière d’égalité des sexes. Selon le Forum économique mondial, le pays occupait le 118e rang sur 148 en 2025. En politique, les femmes représentent seulement 15,7 % des sièges à la Chambre des représentants, le taux le plus bas parmi les pays de l’OCDE. La Chambre des conseillers affiche un score légèrement meilleur (29,4 %), mais le déséquilibre persiste. Cette disparité se reflète également dans le monde de l’éducation, où les étudiantes ne représentent qu’environ 20 % des inscriptions dans les universités prestigieuses comme l’Université de Tokyo et l’Université de Kyoto. Sur le marché du travail, les femmes sont sous-représentées aux postes de direction et sont souvent reléguées à des emplois précaires et à temps partiel.
L’interdiction faite aux femmes de fouler le dohyō n’est qu’un exemple parmi d’autres. Pendant des siècles, l’accès à certaines montagnes sacrées, aux rites religieux, aux temples, aux sanctuaires et aux festivals leur a été refusé. L’érosion de ce système patriarcal et hiérarchisé est lente et incomplète.
Les origines du sumo sont profondément ancrées dans les rituels du shintoïsme, la religion indigène japonaise, qui repose sur l’animisme et la croyance en des milliers de kami, ou esprits, qui habitent la nature. Les premiers combats de sumo remontent à 1 500 ans et étaient initialement des rituels dédiés aux kami, accompagnés de prières pour de bonnes récoltes, de danses et d’autres spectacles dans les sanctuaires. Le dohyō, un ring surélevé fait d’argile spéciale, est délimité par un cercle de paille de riz qui sépare le sanctuaire intérieur du monde extérieur, considéré comme impur.
La décision finale reviendra donc à la première ministre : franchir le pas ou maintenir le statu quo. Son choix pourrait bien marquer un tournant dans la perception de la place des femmes dans la société japonaise.
Chiffres clés
- Rang du Japon en matière d’égalité des sexes (2025) : 118e sur 148 pays
- Pourcentage de femmes à la Chambre des représentants : 15,7 % (2024)
- Pourcentage de femmes à la Chambre des conseillers : 29,4 %
- Pourcentage d’étudiantes dans les universités de Tokyo et Kyoto : environ 20 %
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