Home AffairesLes îles Canaries comptent les touristes et les pertes. Le problème des sorties d’argent s’aggrave

Les îles Canaries comptent les touristes et les pertes. Le problème des sorties d’argent s’aggrave

by Amélie Bernard

Publié le 23 novembre 2025 à 14h33. Malgré un tourisme de masse en plein essor, les îles Canaries peinent à en récolter les fruits, se retrouvant parmi les régions les plus défavorisées d’Espagne. Une situation qui suscite une grogne croissante parmi les habitants, inquiets de voir les retombées économiques s’échapper vers l’étranger.

  • Le chômage aux Canaries reste l’un des plus élevés du pays (13,3 %).
  • Plus de 30 % de la population vit au seuil de la pauvreté ou est en situation d’exclusion sociale.
  • Seulement 46 % des Canariens estiment que le tourisme améliore leur qualité de vie.

Les îles Canaries, destination prisée des touristes du monde entier, paradoxalement, figurent parmi les régions les plus pauvres d’Espagne. Selon les données de l’Institut national des statistiques citées par le journal El País, le taux de chômage y atteint 13,3 %, se plaçant en troisième position au niveau national. Le salaire moyen de 1 872 euros par mois y est également parmi les plus bas du pays.

Cette situation économique précaire touche plus d’un Canarien sur trois, qui vit au bord de la pauvreté ou en situation d’exclusion sociale. Un constat qui alimente un mécontentement croissant, avec des manifestations de plus en plus fréquentes pour exiger une refonte du modèle de développement régional.

Le problème principal, selon les experts, réside dans la fuite des capitaux. Pablo Hernández, responsable de la Zone Spéciale des Canaries, a comparé la situation à une fuite dans une piscine :

« On peut continuer à ajouter de l’eau (en attirant davantage de touristes), mais si on ne répare pas la fuite, les bénéfices s’évaporeront de toute façon. »

Pablo Hernández, responsable de la Zone Spéciale des Canaries

L’économiste Sergio Moreno, de l’Université de Las Palmas, identifie deux types de fuites de capitaux. La première est liée aux importations, inévitables en raison du manque de développement de l’industrie locale. Il plaide toutefois pour un renforcement de la production locale, notamment en incitant fiscalement les hôtels à privilégier les produits régionaux, par exemple pour les petits-déjeuners.

La seconde, plus préoccupante, concerne les profits des investisseurs étrangers, le manque de compétences locales et la domination des intermédiaires. Les plateformes de réservation en ligne, comme Booking et Airbnb, sont particulièrement pointées du doigt, prélevant des commissions allant jusqu’à 20 %.

« Booking et Airbnb sont plus nuisibles que les tour-opérateurs traditionnels, car ils sont beaucoup moins impliqués dans le développement des régions. »

Sergio Moreno, économiste à l’Université de Las Palmas

Une étude de l’Université de La Laguna confirme cette tendance : seulement environ 30 % des dépenses touristiques restent sur l’archipel, tandis que 70 % retournent aux entreprises des pays d’origine des visiteurs. Ce phénomène est exacerbé par la popularité des forfaits tout compris, qui ne favorisent pas les commerces locaux.

Selon les données de l’ONU datant de 2010, citées par El País, les fuites de capitaux s’élèvent à 10-20 % dans les régions développées et peuvent atteindre 50 % dans les pays en développement. Récemment, la ministre canarienne du Tourisme, Jessica de León, a évoqué des chiffres allant de 7 à 30 %.

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