Publié le 23 novembre 2025 18h31. Un nouveau livre alerte sur les dangers croissants du plastique pour la santé humaine et l’environnement, dénonçant les pratiques de l’industrie et appelant à une réglementation plus stricte.
- La production de plastique a explosé depuis 75 ans, passant de 2 millions de tonnes par an en 1950 à 450 millions de tonnes aujourd’hui, et devrait tripler d’ici 2060.
- Moins de 6 % du plastique est réellement recyclé aux États-Unis, entraînant une accumulation massive de déchets qui polluent les océans et contaminent l’environnement.
- Le cycle de vie du plastique, de l’extraction des combustibles fossiles à l’élimination, est source de dommages toxiques pour la santé et l’environnement, avec des conséquences particulièrement graves pour les communautés défavorisées.
Le plastique est omniprésent dans notre quotidien : emballages alimentaires, vêtements, et désormais, même dans notre organisme. Ce qui fut initialement perçu comme une avancée scientifique majeure est devenu une industrie aux effets délétères sur la santé publique, la planète et le climat, selon un nouveau rapport publié par The Lancet.
Judith Enck, présidente de l’organisation Beyond Plastics, et le journaliste Adam Mahoney lèvent le voile sur ces enjeux dans leur ouvrage, Le problème du plastique (New Press, 2025). Ce livre de 180 pages, qui pourrait servir de base à des actions en justice ou à des mouvements citoyens, expose en détail les problèmes et les solutions possibles.
Selon les auteurs, la crise du plastique ne se limite pas à la pollution visible. Elle englobe l’ensemble du cycle de vie du matériau, de l’extraction des combustibles fossiles nécessaires à sa production, à son utilisation et à son élimination.
« Alors que les gros titres sur le plastique ont tendance à se concentrer sur la pollution et les microplastiques, la crise concerne bien plus encore. L’ensemble du cycle de vie du plastique – de l’extraction des combustibles fossiles à la production, l’utilisation et l’élimination – tisse un réseau toxique de dommages. »
Judith Enck, présidente de Beyond Plastics
L’augmentation exponentielle de la production de plastique est directement liée à la prolifération du gaz de schiste. Selon Judith Enck, la surabondance de plastique sur le marché n’est pas le résultat d’une demande des consommateurs, mais plutôt de la disponibilité accrue de gaz de fracturation. Les déchets d’éthane, un sous-produit de cette extraction, sont désormais utilisés pour produire des « nurdles », de minuscules pastilles de plastique qui servent de matière première pour de nombreux produits.
Les conséquences de cette production massive sont multiples. D’une part, l’océan est transformé en décharge, avec d’énormes quantités de déchets plastiques qui y sont déversés. D’autre part, le plastique se décompose en microplastiques, qui sont ingérés par la faune marine et finissent par contaminer la chaîne alimentaire.
« Vous pouvez jeter une bouteille d’eau en plastique dans la rue de votre communauté. Elle se retrouve dans les ruisseaux, les rivières et l’océan. Elle est exposée au soleil et devient cassante. L’action des vagues est presque comme un coupe-papier. Ainsi, une bouteille d’eau en plastique devient des centaines de petits morceaux de plastique, puis des milliers de petits morceaux de plastique. On les appelle microplastiques. »
Judith Enck, présidente de Beyond Plastics
Mais le problème ne s’arrête pas là. La production de plastique est concentrée dans des zones défavorisées, comme la Louisiane, le Texas et les Appalaches, où les populations sont exposées à des niveaux élevés de pollution et de produits chimiques toxiques. De plus, les décharges et les incinérateurs, où finissent la plupart des plastiques non recyclés, sont également situés de manière disproportionnée dans ces communautés.
Selon Judith Enck, le recyclage du plastique est un échec. L’industrie a dépensé des millions de dollars pour induire le public en erreur en lui faisant croire que le plastique est recyclable, alors que la réalité est bien différente. En septembre 2024, le procureur général de Californie, Rob Bonta, a d’ailleurs poursuivi ExxonMobil pour publicité mensongère à ce sujet.
Les impacts sur la santé sont également préoccupants. Des microplastiques ont été retrouvés dans la circulation sanguine, les artères cardiaques, les reins, les poumons, les testicules, le lait maternel, le cerveau et même le placenta humain. Des études récentes suggèrent un lien entre la présence de microplastiques dans le corps et un risque accru d’accidents vasculaires cérébraux, de crises cardiaques, de maladies d’Alzheimer et de Parkinson.
L’auteure dénonce le rôle des grandes entreprises de l’industrie du plastique, notamment les compagnies pétrolières comme Shell et ExxonMobil, les entreprises chimiques comme Dow et DuPont, ainsi que les fabricants de produits de consommation comme Coca-Cola et Pepsi. Elle souligne la difficulté de résoudre ce problème en raison de la puissance de lobbying de ces entreprises.
Pour sortir de cette crise, Judith Enck préconise de privilégier la réduction des déchets, la réutilisation et le remplissage des contenants. Elle propose de revenir à des systèmes de consigne pour les bouteilles en verre, comme c’était le cas autrefois. Elle souligne également l’importance de développer des alternatives au plastique, comme le mycélium (un type de champignon), le papier, le carton, le métal et le verre.
[Pour l’intégralité de l’interview avec Judith Enck, voir 39 Corporate Crime Reporter 45(12), 17 novembre 2025, édition imprimée uniquement.]