Home Divertissement“Baba et Kadhafi”… un film commémoratif de l’opposant Mansour Rashid Alkikhia en Libye

“Baba et Kadhafi”… un film commémoratif de l’opposant Mansour Rashid Alkikhia en Libye

by Antoine Girard

Publié le 23 novembre 2025 à 22h02. À Doha, la réalisatrice Jihan Alkikhia dévoile un film personnel et politique sur la disparition de son père, figure de l’opposition libyenne à Kadhafi, et explore l’omniprésence du “fantôme” du colonel dans la mémoire collective de son pays.

Le film « Baba et Kadhafi », présenté au Festival du film de Doha 2025, est né d’une prise de conscience : même des années après la chute du régime, la peur et l’influence de Mouammar Kadhafi persistent profondément dans l’esprit des Libyens. C’est ce qu’a déclaré sa réalisatrice, Jihan Alkikhia, lors d’une rencontre avec la presse dimanche soir.

La préparation du film a révélé des attitudes surprenantes. Alkikhia a ainsi rencontré des personnes qui, bien que se présentant comme neutres, semblaient en réalité soutenir l’ancien régime. L’histoire de l’enlèvement et de l’assassinat de son père, Mansour Rashid Alkikhia, un opposant pacifique à Kadhafi, survenu au Caire dans les années 1990, est un traumatisme ancien, mais toujours vif. « Mais le pari était de rechercher des informations auprès de n’importe qui, car tout est donné, même si c’est un mensonge. Un mensonge est un point de départ à partir duquel je peux tracer le fil de la vérité », a-t-elle expliqué.

Le film se veut une reconstitution du puzzle de la vie de son père, un homme qu’elle n’a jamais connu. Alkikhia a souligné qu’une personne contactée l’avait même mise en garde contre un voyage en Libye, une recommandation qu’elle a perçue comme une menace. Une autre personne, intéressée par le projet au départ, a coupé tout contact dès qu’elle a compris la nature du film.

Le titre du film, incluant le nom de Kadhafi, est un choix délibéré. « Mon film est aussi un acte politique, c’est-à-dire ma bataille contre Kadhafi et contre son fantôme », a affirmé la réalisatrice. Elle explique que le colonel a monopolisé l’identité libyenne, ne laissant derrière lui que des fragments auxquels s’accrochent ceux qui ont vécu sous son régime. Elle insiste cependant sur le fait qu’elle ne prétend pas parler au nom de tous les Libyens, mais uniquement exprimer son propre point de vue.

L’absence physique de Kadhafi à l’écran est également significative. « Il n’est pas toute la Libye », a-t-elle précisé, soulignant qu’il s’agit d’une tentative d’aider les Libyens à redéfinir leur relation avec leur pays et à se libérer de l’emprise du colonel, même après sa mort. Un dissident libyen lui aurait confié que « le fantôme du président déchu nous dirige toujours », une phrase qui illustre la persistance de son influence.

Alkikhia a insisté sur le caractère profondément personnel de son projet. Son père, bien que figure politique et intellectuelle, reste avant tout un père qu’elle n’a pas eu la chance de connaître. Le film est donc un moyen de créer un lien émotionnel avec lui, d’explorer le rôle parental dont elle a été privée. Elle a délibérément choisi de ne pas se concentrer sur les détails de l’enquête, qui dure depuis trente ans, laissant ce travail aux journalistes et aux défenseurs des droits de l’homme.

Sa mère a consacré dix-neuf ans à rechercher les circonstances de la disparition de son mari. « Mais quand j’ai décidé de faire le film, j’ai voulu exprimer l’expérience avec laquelle j’ai grandi, cette distance qui m’a séparée de mon père en tant qu’homme politique éminent, qui appartenait au monde plus qu’à son environnement familial, et appartenait aussi à cette terre lointaine et étrange pour moi pendant mon enfance… C’est la Libye, qui m’a semblé un pays effrayant et lieu ambigu », a-t-elle expliqué.

Alkikhia considère son film comme une pièce d’un « grand puzzle », une contribution personnelle à la reconstruction de l’histoire de son père. Elle ne prétend pas raconter toute l’histoire, mais simplement partager sa propre expérience et sa relation intime avec son père.

« Papa et Kadhafi » fait partie de la sélection officielle du Festival du film de Doha, qui se déroule du 20 au 28 novembre, et retrace le parcours d’une femme cherchant à découvrir la vérité sur la disparition de son père, un opposant pacifique au régime de Kadhafi, en suivant les dix-neuf années de recherche menées par sa mère.

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