Publié le 24 novembre 2025 à 05h42. Un rapport de l’ETH Zurich sur les priorités en matière de transport suscite la colère des villes suisses, qui estiment que leurs préoccupations en matière d’urbanisme et de protection climatique ne sont pas suffisamment prises en compte.
- Les villes critiquent la priorisation des projets ferroviaires au détriment des solutions pour fluidifier le trafic urbain.
- Le projet de tunnel autoroutier à Berne, visant à libérer de l’espace urbain, ne figure pas parmi les priorités du rapport.
- L’auteur du rapport, Ulrich Weidmann, se dit surpris par la réaction des villes et affirme avoir pris en compte les aspects urbanistiques.
Le conseiller fédéral Albert Rösti avait commandé ce rapport à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) afin d’établir une liste de priorités pour les projets de transport, compte tenu des ressources limitées. L’objectif était de déterminer où les investissements seraient les plus efficaces. Le rapport propose une hiérarchisation des projets, avec quelques surprises, comme la haute priorité accordée au tunnel du Grimsel, mais suscite de vives critiques, notamment de la part des villes.
À Berne, l’exemple du quartier Ostring illustre les préoccupations urbaines. La circulation sur l’autoroute A6 est dense et bruyante, au détriment de la qualité de vie des habitants. « Ce quartier est totalement morcelé », déplore Marieke Kruit, présidente de la ville du Parti socialiste (PS). La ville et le canton de Berne souhaitent déplacer l’autoroute dans un tunnel afin de réaménager l’espace libéré et de créer un environnement plus agréable à vivre.
À la sortie de l’autoroute Berne-Ostring, des écrans antibruit protègent les habitants des maisons voisines du bruit de l’autoroute A6 à Berne.
Keystone/ Gaétan Bally
Or, le projet bernois ne bénéficie pas d’une grande priorité dans la nouvelle priorisation établie par le professeur Ulrich Weidmann de l’ETH Zurich. « Il s’agit d’un exemple où des mesures opérationnelles et techniques peuvent être utilisées pour tirer le meilleur parti des capacités existantes », explique-t-il, évoquant la possibilité d’utiliser temporairement la bande d’arrêt d’urgence.
Weidmann : L’urbanisme pris en compte
Le mécontentement à Berne est révélateur d’un malaise plus large. L’association des villes suisses critique également la priorisation de Weidmann, estimant que les préoccupations urbaines sont généralement négligées. « Nous n’agissons pas seulement sur ces problèmes de circulation, il y a des objectifs nets zéro, nous essayons de densifier les colonies, cela a toujours à voir avec différentes composantes », souligne Hanspeter Hilfiker, président de l’association et maire FDP d’Aarau.
« Nous ne nous contentons pas de résoudre des problèmes de circulation, nous poursuivons des objectifs de neutralité carbone, nous essayons de densifier les zones urbaines, ce qui est toujours lié à divers facteurs, notamment l’infrastructure », précise-t-il. Des facteurs tels que la protection du climat et le développement urbain sont particulièrement importants pour les villes, et ils n’ont pas été suffisamment pris en compte, selon Hilfiker. Les villes souhaitent que la circulation soit considérée non seulement comme une question de capacité, mais aussi comme un défi social et une variable contrôlable.
Je m’attendais à des critiques de la part des zones rurales ou alpines.
Ulrich Weidmann
Ulrich Weidmann rétorque qu’il a pris en compte les aspects urbanistiques : « C’est un critère parmi d’autres. » Il précise que d’autres aspects liés au trafic ont également été pris en compte, tels que la conception du réseau, la sécurité et la stabilité opérationnelle. Il se dit donc surpris par la nature des critiques. « Je m’attendais davantage à des critiques de la part des zones rurales ou alpines. »
La pondération n’est pas claire
La méthode de pondération des différents critères dans le rapport reste floue. Ces informations ne devraient pas être rendues publiques avant début 2026.
Le rapport de l’ETH Zurich soulève une question fondamentale : comment la Suisse peut-elle développer son infrastructure de transport de manière efficace, compte tenu de contraintes budgétaires ? Une nouvelle voie est-elle plus judicieuse qu’une voie supplémentaire ? Les villes se demandent désormais si le développement continu est la bonne voie à suivre, ou s’il existe des alternatives, comme une meilleure répartition du trafic ou un ralentissement de sa croissance.
Le rapport de l’ETH Zurich sera intégré dans un modèle politique en 2026, et le débat sur les priorités se poursuivra au Parlement.
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