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Enquête : de nombreux Suédois ne savent pas lire une carte

by Camille Renault

Publié le 24 novembre 2024 à 06:06:00. Une enquête récente révèle que les Suédois ont de plus en plus de difficultés à lire et à interpréter les cartes, une compétence essentielle non seulement pour la course d’orientation, mais aussi pour la sécurité en pleine nature et la préparation aux crises.

  • 7 % des Suédois déclarent n’avoir jamais utilisé de carte physique.
  • 22 % estiment que leurs connaissances en cartographie sont mauvaises ou très mauvaises, un pourcentage plus élevé chez les femmes (30 %).
  • Un quart de la population suédoise doute de sa capacité à retrouver son chemin en forêt à l’aide d’une carte et d’une boussole.

Une étude menée par Novus pour le compte de l’Association suédoise de course d’orientation à l’automne 2024 met en lumière un déclin inquiétant des compétences en cartographie chez la population suédoise. L’enquête, basée sur 1 010 entretiens en ligne, révèle que plus d’un Suédois sur dix n’a jamais tenu une carte physique entre ses mains, et plus de la moitié n’en a pas utilisé depuis plus de six mois.

Ce manque de familiarité avec les cartes s’accompagne d’une méfiance quant à la capacité à s’orienter en pleine nature. 25 % des personnes interrogées se disent incapables de retrouver leur chemin en forêt à l’aide d’une carte et d’une boussole, un sentiment particulièrement répandu chez les femmes (34 %) et les habitants des grandes villes (30 %).

Tero Marjamäki, directeur de la communication de l’Association suédoise de course d’orientation, pointe du doigt l’influence croissante du numérique comme facteur explicatif.

« Nous avons des connaissances préalables qui intéressent les cartes en tant que telles, mais seulement dans une certaine mesure. Une fois qu’il faut apprendre à les déchiffrer, alors l’intérêt diminue. Personnellement, je pense aussi que c’est le numérique qui en est la cause, les gens sont devenus un peu paresseux dans leur connaissance des cartes. »

Tero Marjamäki, directeur de la communication de l’Association suédoise de course d’orientation

L’association s’est dite surprise par un autre résultat de l’enquête : si seulement 22 % des Suédois estiment avoir une mauvaise connaissance des cartes, beaucoup n’en possèdent plus depuis longtemps. L’étude suggère que les hommes ont tendance à surestimer leurs compétences en la matière.

Martin Perkins, professeur d’éducation physique à Lindeskolan à Enskede gård et pratiquant de course d’orientation, confirme cette observation. Il constate que de nombreux élèves ont peu ou pas d’expérience avec les cartes physiques.

« Certains élèves ont fait des randonnées en montagne, certains ont utilisé une carte de camping, certains partent en reconnaissance, mais pour la grande majorité, une carte physique est quelque chose de nouveau – sauf peut-être dans le cadre d’une chasse aux œufs de Pâques en famille. »

Martin Perkins, professeur d’éducation physique

Martin Perkins affirme que certains étudiants comprennent rapidement la vue de dessus, comme une carte. Pour d’autres, cela prend beaucoup de temps.

Perkins souligne que certains élèves saisissent rapidement le concept de la représentation cartographique, tandis que d’autres ont du mal à transposer le monde tridimensionnel sur une image plane. Il note également que les applications de cartographie numérique, bien qu’utiles, peuvent encourager une approche passive de l’orientation.

« Lorsque je leur en ai parlé, ils m’ont d’abord dit “vous avez Google Maps sur votre téléphone mobile”, puis ils ont proposé “mais si le téléphone mobile n’a pas de couverture” ou “quand le téléphone mobile est mort”. »

Martin Perkins, professeur d’éducation physique

L’Agence suédoise pour la protection et la préparation des communautés (MSB) souligne l’importance de la connaissance des cartes en cas de crise ou de conflit, notamment en l’absence de réseaux numériques. L’agence inclut une carte et une boussole dans sa liste de contrôle pour l’évacuation en cas d’urgence.

L’exemple de la panne d’électricité qui a touché l’Espagne et le Portugal fin avril 2024, privant 60 millions de personnes d’électricité, illustre bien la dépendance croissante aux cartes physiques en cas de défaillance des infrastructures numériques.

À savoir.Comprendre une carte

● Une représentation simplifiée et réduite de la réalité.

● Les symboles et les couleurs utilisés sur une carte représentent différents éléments du terrain (par exemple, les bâtiments sont représentés par des carrés noirs et les forêts par du blanc).

● Les cartes sont disponibles à différentes échelles. Une échelle de 1:10 000 signifie qu’un centimètre sur la carte correspond à 10 000 centimètres (soit 100 mètres) dans la réalité.

● L’équidistance est la différence de hauteur entre deux courbes de niveau (lignes marron) sur une carte. Une equidistance de 5 mètres signifie qu’il y a une différence de hauteur de 5 mètres entre les courbes de niveau. Plus les lignes sont rapprochées, plus le terrain est pentu.

● Le bord supérieur d’une carte indique généralement le nord. Pour “orienter la carte”, il est donc important de l’aligner correctement. Si vous tournez de 180 degrés, vous devez également retourner la carte pour maintenir la bonne orientation.

Source : Association suédoise de course d’orientation

Perkins souligne que la capacité à s’orienter est une compétence précieuse, permettant de se déplacer en toute sécurité dans la nature et de découvrir de nouveaux lieux. Il observe également que la peur de se perdre est profondément ancrée dans l’imaginaire collectif.

L’Association suédoise de course d’orientation s’inquiète d’un lien possible entre le niveau de revenu et la connaissance des cartes, suggérant que cette dernière pourrait devenir un marqueur de classe sociale.

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