Publié le 25 novembre 2025 à 12h27. Les négociations autour d’un plan de paix pour l’Ukraine, porté par les États-Unis, s’intensifient, mais restent bloquées sur des divergences majeures concernant le territoire et les garanties de sécurité, tandis que Kiev fait face à des pressions internes.
- Les discussions à Genève ont permis de réduire le nombre de points de la proposition américaine initiale, passant de 28 à 19.
- L’Ukraine pourrait être contrainte d’accepter la perte de près de 20 % de son territoire, incluant la Crimée et d’autres régions occupées.
- Un contre-projet européen propose des garanties de sécurité plus solides pour l’Ukraine, similaires à l’article 5 de l’OTAN, mais est rejeté par la Russie.
Les pourparlers de paix entre l’Ukraine et les États-Unis, qui se sont tenus à Genève, ont permis de faire évoluer la proposition américaine initiale, mais les désaccords fondamentaux persistent. Le président américain Donald Trump avait initialement fixé à ce jeudi, jour de Thanksgiving, comme date limite pour que Kiev accepte son plan. Cette échéance, comme d’autres fixées par l’administration Trump, a été prolongée.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé hier soir que les entretiens avaient permis de réduire le nombre de points de la proposition américaine.
« De nombreux éléments corrects ont été incorporés dans ce cadre. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
Des sources proches des négociations indiquent que le document est passé de 28 à 19 points, sans que l’on sache encore précisément lesquels ont été supprimés.
Un des principaux négociateurs ukrainiens a révélé au Financial Times que les États-Unis semblaient disposés à revoir leur proposition de limiter la taille des forces armées ukrainiennes à 600 000 hommes (contre près d’un million actuellement). Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a souligné dimanche soir à Genève que le document était en constante évolution.
« Il s’agit d’un document vivant et respirant. Chaque jour, grâce aux contributions, il change. »
Marco Rubio, secrétaire d’État américain
La proposition de paix américaine, divulguée la semaine dernière, est perçue comme favorable à la Russie. Elle exige notamment que l’Ukraine retire ses forces du Donbass et cède à la Russie près d’un cinquième de son territoire, limite la taille de son armée et renonce définitivement à son ambition d’intégrer l’OTAN. De plus, le déploiement de forces de maintien de la paix de l’OTAN serait exclu, ce qui pourrait compromettre l’initiative de la Grande-Bretagne et de la France, dont l’Irlande est membre, visant à surveiller la paix dans une Ukraine post-cessez-le-feu.
Plusieurs points de la proposition américaine reprennent les exigences formulées par le président russe Vladimir Poutine depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022. Un retrait ukrainien du Donbass inoccupé avait déjà été exigé par Poutine lors d’une rencontre avec Trump en Alaska en août dernier. La proposition américaine appelle également à l’organisation d’élections en Ukraine dans un délai de 100 jours, une exigence régulièrement formulée par les responsables russes, qui mettent en doute la légitimité de Zelensky, dont le mandat de cinq ans est officiellement terminé (l’Ukraine étant soumise à la loi martiale, la constitution interdit les élections en temps de guerre).
L’un des points les plus préoccupants pour Kiev est la formulation du point 5 de la proposition américaine : « L’Ukraine bénéficiera de garanties de sécurité fiables ». Cette formulation reste vague quant à la nature des garanties que les États-Unis seraient prêts à accorder à l’Ukraine en cas d’une future agression russe.
Un contre-projet européen, consulté par Reuters, propose des négociations sur les échanges territoriaux à partir de la ligne de contact actuelle, une position nettement différente de celle des États-Unis. Il prévoit également une limitation de l’effectif militaire ukrainien à 800 000 hommes en temps de paix et n’empêche pas l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. Le document européen propose également que les États-Unis fournissent à l’Ukraine une garantie de sécurité qui « reflète l’article 5 », la clause du traité de l’OTAN qui prévoit qu’une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous.
Le Kremlin a rejeté hier soir le contre-projet européen, le jugeant inacceptable. Zelensky a quant à lui déclaré, lors d’un discours devant le parlement suédois, que le retour de tous les prisonniers de guerre ukrainiens et des enfants ukrainiens enlevés par la Russie était « sur la table ». Plus de 19 000 enfants ukrainiens auraient été enlevés et transférés vers l’Ukraine ou la Russie occupée par la Russie depuis le début de la guerre.
La situation est d’autant plus délicate pour Zelensky que son gouvernement est confronté à un scandale de corruption dans le secteur énergétique, qui a conduit à la démission de deux hauts ministres. L’acceptation d’une paix défavorable pourrait nuire à sa popularité.
La Russie considère le plan initial en 28 points, surnommé « le projet Trump » par ses responsables, comme la base pour entamer des négociations et semble peu disposée à faire des concessions. Si une nouvelle rencontre entre Trump et Zelensky devait avoir lieu à Washington d’ici la fin de la semaine, le président ukrainien pourrait être soumis à de nouvelles pressions pour accepter la perte de territoire et une garantie de sécurité limitée.
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