Home MondeLa corruption peut-elle provoquer une crise de l’eau dans un pays ? La capitale iranienne de 10 millions d’habitants s’apprête à déménager

La corruption peut-elle provoquer une crise de l’eau dans un pays ? La capitale iranienne de 10 millions d’habitants s’apprête à déménager

by Clara Dubois

Publié le 26 novembre 2025 09:41:00. Face à une crise écologique et hydrique sans précédent, l’Iran envisage de déplacer sa capitale, Téhéran, pour la première fois de son histoire en raison de contraintes environnementales. Cette décision intervient alors que le pays est confronté à une surexploitation des ressources en eau et à des accusations de corruption liées à la gestion de cette crise.

  • L’aggravation de la crise écologique et de la pénurie d’eau en Iran pourrait forcer Téhéran à renoncer à son statut de capitale.
  • Les autorités envisagent un déménagement vers la côte sud du pays, mais des experts mettent en doute l’efficacité de cette solution.
  • La corruption et une mauvaise gestion des ressources en eau sont pointées du doigt comme des facteurs aggravants de la situation.

La situation hydrique en Iran est devenue critique. Le président Massoud Pezekishyan a récemment dénoncé une « tempête parfaite » combinant changement climatique et corruption comme étant à l’origine de cette crise. Le gouvernement envisage désormais de déplacer la capitale, une mesure sans précédent motivée par des considérations écologiques.

Depuis 2008, les scientifiques alertent sur l’épuisement rapide des nappes phréatiques du pays, conséquence d’une utilisation excessive par les villes et l’agriculture. Cette surexploitation a non seulement réduit les réserves souterraines, mais a également provoqué l’affaissement et le compactage du sol. Une étude récente révèle que le plateau central iranien s’enfonce de plus de 35 centimètres par an, entraînant une perte d’environ 1,7 milliard de mètres cubes d’eau (1 700 000 000 m³) par an, une capacité de stockage qui ne peut être restaurée en raison de la compaction du sol.

Téhéran n’est pas la seule métropole confrontée à de tels défis. Des villes comme Le Cap (Afrique du Sud), Mexico (Mexique), Jakarta (Indonésie) et certaines régions de Californie sont également confrontées à des scénarios similaires de « jour zéro », où l’accès à l’eau potable pourrait être compromis.

Un changement de capitale historique

L’histoire de l’Iran est jalonnée de changements de capitale. Avant Téhéran, Tabriz, Ispahan et Chiraz ont tour à tour exercé cette fonction. Si certaines de ces anciennes capitales ont continué à se développer, d’autres sont tombées en ruine. Cependant, il s’agit de la première fois que le gouvernement iranien envisage un déménagement de la capitale en raison d’une catastrophe écologique.

La région de Makran, située sur la côte sud-est du pays, est actuellement considérée comme le site potentiel pour la nouvelle capitale. Un déménagement de cette ampleur pourrait coûter plus de 100 milliards de dollars. La région est réputée pour son climat rigoureux et sa géographie difficile, ce qui suscite le scepticisme de certains experts quant à sa viabilité en tant que siège du gouvernement.

Linda Shi, spécialiste des sciences sociales et urbaniste à l’Université Cornell, met en garde contre les motivations réelles derrière de tels mouvements de capitaux :

« Le changement climatique n’est pas la cause du problème, c’est une excuse commode pour éviter d’assumer la responsabilité de mauvaises décisions politiques. »

Linda Shi, spécialiste des sciences sociales et urbaniste, Université Cornell

Corruption et gestion de l’eau : un lien trouble

La crise de la sécheresse en Iran ne serait pas uniquement imputable au changement climatique. Des intérêts de l’État et des pratiques de corruption seraient également en cause. Selon des informations rapportées par Foreign Policy, certains projets de barrages et de transfert d’eau échapperaient à tout contrôle environnemental, et des acteurs profiteraient de ces opérations.

Le Iran Scholars Network révèle que les Gardiens de la révolution (CGRI) auraient joué un rôle clé dans le forage illégal de puits profonds et le financement de projets d’infrastructures hydrauliques. Le Conseil national de la Résistance Iranienne (CNRI) souligne également que les entreprises de construction affiliées aux CGRI bénéficieraient d’un accès privilégié aux réserves d’eau souterraines, et que la distribution de l’eau serait entravée par la corruption.

Source : Journal Oxygène

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