Près d’une semaine après la reprise des combats dans le nord de l’Éthiopie, l’armée fédérale mène une contre-offensive majeure marquée par des frappes de drones, notamment contre la télévision publique à Mekelle, tandis que les belligérants s’affrontent sur plusieurs fronts stratégiques.
Les affrontements armés se sont intensifiés à travers le nord de l’Éthiopie, ravivant les craintes d’un embrasement à grande échelle. Cette flambée de violence survient moins de quatre ans après la fin du conflit meurtrier qui a opposé les forces fédérales et les autorités du Tigré entre novembre 2020 et novembre 2022. Selon l’observatoire international Netblocks et les constatations de l’AFP, plusieurs réseaux de télécommunications et d’accès à internet sont coupés dans la région pour perturber les communications.
Frappe de drone sur Tigrai TV à Mekelle et avancées dans le sud du Tigré
Dimanche 27 septembre au matin, un drone a frappé l’immeuble de Tigrai TV dans la capitale tigréenne. Aucun blessé n’a été recensé lors de cette attaque visant l’organe de presse considéré comme la voix officielle du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). C’est sur cette même antenne qu’avait été officialisée, quelques jours plus tôt, la création d’une nouvelle coalition de groupes armés opposés au pouvoir central.
Sur le plan militaire, l’armée fédérale cherche à s’emparer d’axes vitaux. Les combats font rage autour de la ville stratégique d’Alamata. D’après des sources militaires, les troupes gouvernementales tiennent désormais les localités de Kobo et Waja situées à proximité. La conquête de cette zone peuplée de 80 000 habitants pourrait redéfinir l’équilibre de la confrontation en cours.
Bilan humain contesté et inquiétude des Nations unies face aux frappes aériennes
L’armée fédérale éthiopienne a affirmé que plus de 700 rebelles avaient été tués et environ 500 autres blessés depuis la reprise des hostilités. Ce bilan unilatéral n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.
Face à la montée de la violence, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a publié un appel pressant pour désamorcer la situation. Ses services font état de frappes aériennes menées le 22 septembre par les forces fédérales sur cinq écoles du Tigré, ainsi que d’une attaque au mortier le 23 septembre dans la ville de Kobo ayant coûté la vie à des civils.
Coupure des télécommunications et climat de peur parmi la population
La population civile subit de plein fouet l’isolement numérique et les pénuries naissantes. L’accès au réseau de l’opérateur public Ethio Telecom est interrompu au Tigré, et le service fourni par le kényan Safaricom a également cessé après avoir fonctionné de manière intermittente. Craignant un retour au quasi-siège et aux privations extrêmes observées lors du précédent conflit, de nombreux habitants se ruent vers les échoppes pour stocker des denrées alimentaires à mesure que les prix s’envolent.

Pendant ce temps, les hostilités s’étendent aux régions voisines. Les rebelles du TDF se sont emparés de la localité d’Erebti, située en Afar à une soixantaine de kilomètres à l’est du Tigré. Le chef de l’armée éthiopienne, Birhanu Jula, accuse l’Érythrée d’apporter un soutien logistique aux insurgés en facilitant le passage de munitions, des allégations constamment rejetées par Asmara.