Publié le 27 novembre 2025 à 13h08. L’inquiétude grandissante concernant la santé mentale des jeunes est-elle justifiée ? Une analyse nuancée révèle que, si l’expression des difficultés psychologiques s’intensifie, les données épidémiologiques ne confirment pas une crise généralisée.
- Les études à grande échelle ne montrent pas d’augmentation significative des troubles mentaux chez les jeunes au cours des trente dernières années.
- Une hausse notable est observée dans le nombre de jeunes qui expriment un mal-être, mais il s’agit d’auto-évaluations et non de diagnostics cliniques.
- Malgré une augmentation de l’accès aux soins psychologiques, il n’y a pas de diminution correspondante du nombre de jeunes signalant des problèmes psychologiques.
La santé mentale des jeunes est un sujet de préoccupation constante, souvent évoqué en termes de crise, d’épidémie ou d’état d’urgence. On entend parler de « générations snowflakes », hypersensibles au moindre revers, submergées par la pression de la performance, le stress chronique, la dépendance aux réseaux sociaux et les angoisses liées au changement climatique, aux conflits et au logement. Certains experts n’hésitent pas à diagnostiquer des troubles anxieux à l’ensemble d’une génération.
Pourtant, cette vision alarmiste mérite d’être nuancée. Des études d’envergure, analysant la prévalence des troubles mentaux, indiquent que le pourcentage de jeunes souffrant de ces troubles n’a que très peu augmenté dans le monde au cours des trois dernières décennies – certaines études allant même jusqu’à suggérer une stabilité, même pendant la pandémie de coronavirus.
Ce qui a considérablement augmenté, c’est le nombre de jeunes déclarant « ne pas se sentir bien ». Il s’agit d’auto-évaluations, recueillies par le biais de questionnaires portant sur le ressenti subjectif des jeunes. Ces outils ne mesurent pas la présence d’un trouble avéré, mais plutôt la perception de son propre bien-être. Ils évaluent principalement la capacité à identifier les signaux de stress et d’anxiété, et la fréquence des sentiments dépressifs. Il est crucial de distinguer ces difficultés auto-déclarées d’un trouble psychiatrique diagnostiqué, une nuance trop souvent négligée.
Cette augmentation des plaintes exprimées n’indique donc pas nécessairement que les jeunes sont plus fragiles mentalement, mais plutôt qu’ils ont trouvé un langage pour exprimer leurs émotions. Ce n’est pas un signe de faiblesse, mais un signe de prise de conscience. Les jeunes sont plus enclins à reconnaître ce qui se passe en eux et à l’exprimer. C’est une évolution positive.
Une réponse appropriée
Nous pourrions assister à un changement de paradigme culturel. Là où les générations précédentes avaient tendance à refouler leurs peurs et leur tristesse, les jeunes d’aujourd’hui en parlent plus ouvertement. L’augmentation des troubles psychologiques observée pendant la pandémie de coronavirus concerne principalement la dépression et l’anxiété : une réaction compréhensible à une période exceptionnellement difficile ?
Cette nouvelle ouverture peut se traduire par une augmentation du nombre de personnes consultant pour des problèmes de santé mentale, mais elle peut aussi simplement refléter une plus grande capacité à exprimer ses difficultés. Les jeunes ne tirent pas la sonnette d’alarme par panique, mais par conscience. Ils considèrent la santé mentale comme un élément essentiel de leur bien-être général, au même titre que la santé physique. Il ne s’agit pas d’une crise, mais d’une émancipation.
« Bien sûr, les inégalités, la pauvreté et les pressions liées à la performance persistent, mais le tableau d’ensemble est plus nuancé que ne le suggère le récit actuel de la crise. »
Jim van Os, professeur de psychiatrie à l’UMC Utrecht et au King’s College de Londres
Cette émancipation s’inscrit dans une tendance plus large, observée dans les données relatives au développement des jeunes. Le nombre d’abandons scolaires a diminué aux Pays-Bas depuis 2010. Le chômage des jeunes est en baisse. La délinquance juvénile est en recul depuis plusieurs années. Et les traumatismes graves de l’enfance – de la violence domestique aux abus sexuels – sont également moins fréquents qu’il y a vingt ans, selon les chiffres américains et européens.
Ce ne sont pas des améliorations négligeables. Elles soulignent que, malgré les nombreux défis auxquels ils sont confrontés, les jeunes grandissent dans une société plus sûre, plus inclusive et plus prometteuse qu’auparavant. Bien sûr, les inégalités, la pauvreté et les pressions liées à la réussite persistent, mais le tableau d’ensemble est plus complexe que ne le laisse entendre le discours actuel sur la crise.
Néanmoins, on constate une augmentation sans précédent du nombre de jeunes ayant recours à une aide psychologique professionnelle. En 2000, un enfant sur 27 recevait une prise en charge aux Pays-Bas ; aujourd’hui, ce chiffre est d’un sur 27. En Angleterre, une forme de soutien à la jeunesse est désormais proposée à un jeune sur cinq. Si cette tendance se confirme, les Pays-Bas risquent de suivre le même chemin. Or, ce n’est pas viable : les coûts de l’aide à la jeunesse ont augmenté depuis 2015 et la pénurie de personnel est alarmante.
Un bouton d’alerte
Malgré cette forte augmentation des traitements psychologiques, on n’observe pas de diminution du nombre de jeunes qui déclarent avoir des problèmes psychologiques. Comment expliquer ce paradoxe ?
Une explication possible est que l’augmentation des soins contribue également à une sensibilisation accrue. Plus nous apprenons à parler de santé mentale, plus les gens sont capables de reconnaître les signes de détresse. Cela n’est pas forcément un problème, à condition de ne pas pathologiser chaque chagrin humain. Il est donc nécessaire de dépasser la dichotomie entre « malade » et « en bonne santé ». La santé mentale n’est pas un interrupteur qu’on allume ou qu’on éteint, mais plutôt un équilibre que l’on cherche à maintenir. Tout le monde traverse des périodes de stress, de perte ou d’incertitude. La question n’est pas de savoir si l’on rencontrera des difficultés, mais de savoir comment on les gérera lorsqu’elles surviendront.
Au lieu de se concentrer uniquement sur les troubles, nous devrions nous intéresser davantage aux facteurs qui rendent les jeunes mentalement résilients. Quels sont les éléments sociaux, émotionnels, existentiels et sociétaux qui les aident à surmonter les épreuves ? Comment la famille, l’école, la communauté et le sens de la vie contribuent-ils à leur capacité à se relever ? En ce sens, les jeunes d’aujourd’hui ne sont peut-être pas plus malades, mais simplement mieux connectés – à leurs émotions, à leurs proches et à un langage pour exprimer leurs expériences intérieures.
Cela ne signifie pas que nous pouvons rester les bras croisés. Les troubles mentaux existent chez les jeunes, et les besoins sont réels pour beaucoup. Mais il est essentiel de bien comprendre de quels besoins il s’agit. Un traitement avec un thérapeute ? Ou une simple reconnaissance de leurs difficultés ? Parfois, les mots utilisés par les jeunes peuvent être source de confusion. On observe par exemple des adolescents qui s’accusent mutuellement d’être « autistes » lorsqu’ils finissent par ranger leur chambre. Ils ont glissé des étiquettes psychiatriques dans leur langage courant, via TikTok. En bref, comprendre ce que veulent dire les jeunes nécessite de prendre le temps de les écouter et de leur poser les bonnes questions.
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