Publié le 28 novembre 2025 14h39. Le critique d’art Will Gompertz explore dans son nouvel ouvrage les mécanismes de la perception artistique et la manière dont les artistes parviennent à voir le monde d’une manière unique, souvent en défiant nos propres habitudes visuelles.
- Le livre, intitulé Les choses qui nous manquent dans les musées d’art, analyse 31 approches artistiques distinctes.
- L’ouvrage s’appuie sur des exemples concrets, de David Hockney à Frida Kahlo, en passant par Yayoi Kusama et Jean-Michel Basquiat.
- L’auteur souligne l’importance de regarder attentivement et de remettre en question nos perceptions habituelles pour appréhender pleinement l’art.
Will Gompertz, ancien directeur de la Tate Gallery en Angleterre et ancien correspondant artistique de la BBC, revient avec une nouvelle réflexion sur l’art et la perception. Son troisième livre, Les choses qui nous manquent dans les musées d’art (RH Corée, 2025), traduit par Eunjung Joo, propose une exploration des différentes manières dont les artistes abordent le monde qui les entoure. L’ouvrage s’éloigne d’une approche chronologique de l’histoire de l’art pour se concentrer sur des micro-analyses de la vision artistique.
Le livre s’ouvre sur l’œuvre de David Hockney, « L’arrivée du printemps, East Yorkshire Woldgate » (2011), une forêt aux couleurs vives et inattendues. Hockney lui-même encourage à un regard plus attentif :
« Vous ne regardez pas correctement. Vous ne faites que survoler. Plus vous regardez quelque chose longtemps, plus vous verrez. »
David Hockney
Cette invitation à la contemplation a conduit l’auteur à redécouvrir les couleurs de sa propre région, comme si la peinture de Hockney avait débloqué une nouvelle perception.
Gompertz rappelle que la vision de Hockney, qui affirmait dans les années 1960 que la peinture de paysage n’était pas ennuyeuse en soi mais que les manières de la représenter l’étaient devenues, reste pertinente aujourd’hui. L’artiste continue de capturer des moments ordinaires avec une énergie débordante, utilisant désormais un iPad comme outil de création.
L’ouvrage explore également la manière dont des artistes comme Frida Kahlo et Yayoi Kusama ont transformé la douleur en art. D’autres figures sont mises en lumière, telles que Tracey Emin, qui a exposé ses intimes confessions, Jean-Michel Basquiat, issu de la scène underground new-yorkaise, et Rembrandt, dont le regard se portait sur l’intériorité des sujets plutôt que sur leur apparence extérieure. Chaque artiste offre une perspective unique sur le monde.
Si le livre séduira les lecteurs déjà familiers avec les œuvres majeures de l’art moderne et contemporain, il peut sembler parfois trop idéaliste dans sa présentation de la vie et de la pensée des artistes. L’auteur conclut à la nécessité de « voir les choses correctement », mais certains pourraient arguer que la vision d’un artiste n’est pas la seule réponse possible. Si l’art doit être considéré comme un outil pour interpréter le monde, et non simplement comme un objet à comprendre, alors la subjectivité de l’artiste doit être acceptée comme une parmi d’autres.
Kim Bora, journaliste.