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Le « gâteau d’arbre » allemand Baumkuchen a survécu à une catastrophe et aux guerres mondiales pour devenir l’un des favoris des Japonais.

Publié le 29 novembre 2025 à 01h25. Originaire d'Allemagne, le Baumkuchen, un gâteau en couches unique, a trouvé une seconde patrie au Japon grâce à l'histoire singulière d'un pâtissier allemand prisonnier de guerre et à son attachement à…

Le « gâteau d’arbre » allemand Baumkuchen a survécu à une catastrophe et aux guerres mondiales pour devenir l’un des favoris des Japonais.

Publié le 29 novembre 2025 à 01h25. Originaire d’Allemagne, le Baumkuchen, un gâteau en couches unique, a trouvé une seconde patrie au Japon grâce à l’histoire singulière d’un pâtissier allemand prisonnier de guerre et à son attachement à l’île de Ninoshima, près d’Hiroshima.

  • Le Baumkuchen est devenu un symbole de longévité et de prospérité au Japon, souvent offert lors de célébrations importantes.
  • L’histoire de ce gâteau est intimement liée aux bouleversements du XXe siècle, des guerres mondiales au tremblement de terre du Kanto.
  • L’île de Ninoshima, où le Baumkuchen a pris racine, offre aujourd’hui un aperçu de cette histoire complexe et de l’espoir né de la reconstruction.

Aujourd’hui, le Baumkuchen est omniprésent au Japon, des grands magasins de luxe aux supérettes de quartier. On le trouve dans des coffrets cadeaux raffinés, mais aussi en portions individuelles, témoignant de sa popularité durable. Des adaptations locales, notamment des saveurs au thé matcha et à la patate douce, séduisent les consommateurs japonais.

Pourtant, l’histoire de ce délice sucré est loin d’être anodine. Elle commence sur l’île de Ninoshima, à une vingtaine de minutes en ferry d’Hiroshima, un lieu chargé d’histoire et de mémoire. C’est là, au début du XXe siècle, qu’un pâtissier allemand, Karl Juchheim, a commencé à perfectionner sa recette de Baumkuchen alors qu’il était retenu prisonnier de guerre.

Ninoshima servait de station de quarantaine militaire à la fin des années 1890, alors qu’Hiroshima se développait comme centre militaire. Durant la Première Guerre mondiale, environ 4 700 civils et militaires, principalement allemands, furent détenus dans 16 camps à travers le Japon. Selon Kazuaki Otani, directeur du centre d’accueil de Juchheim Ninoshima, les prisonniers allemands bénéficiaient d’une certaine liberté et étaient autorisés à cuisiner.

Karl Juchheim, qui tenait une boulangerie à Qingdao (alors territoire allemand) avant d’être capturé par les Japonais en 1915, arriva à Ninoshima en 1917 avec environ 500 autres prisonniers de guerre. C’est sur cette île qu’il aurait testé et affiné sa recette de Baumkuchen.

À la fin de la guerre, en 1918, Juchheim et une vingtaine de prisonniers restèrent au Japon. En mars 1919, le Baumkuchen de Juchheim fut présenté au public lors de l’exposition des produits de la préfecture d’Hiroshima. Son gâteau artisanal connut un succès immédiat, attirant une foule de visiteurs japonais, comme en témoignent les archives historiques.

Juchheim ouvrit une pâtisserie à Yokohama, près de Tokyo, en 1922. Malheureusement, le grand tremblement de terre du Kanto de 1923 détruisit son entreprise, le contraignant à déménager avec sa famille à Kobe, une ville portuaire de l’ouest du Japon, où il ouvrit un nouveau café servant des Baumkuchen. Ce dernier établissement fut également ravagé par les bombardements incendiaires américains deux mois avant la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Malgré ces épreuves, Juchheim persévéra et développa son entreprise à Kobe, où Juchheim Co., Ltd. continue aujourd’hui d’être l’un des principaux confiseurs du Japon, grâce au soutien de son épouse Elise et de son personnel japonais dévoué.

L’histoire du Baumkuchen est également marquée par la tragédie du bombardement atomique d’Hiroshima le 6 août 1945, suivi de celui de Nagasaki trois jours plus tard, qui firent plus de 210 000 victimes à la fin de l’année. Suite à ces événements, environ 10 000 blessés graves furent transportés d’Hiroshima à Ninoshima pour y être soignés et hébergés temporairement. La plupart y décédèrent, et les restes de nombreux d’entre eux n’ont toujours pas été retrouvés, selon les experts.

Karl Juchheim décéda d’une maladie dans un hôtel de Kobe le 14 août 1945, la veille de l’annonce de la capitulation du Japon.

« Ses pâtisseries étaient l’expression de son souhait de paix. »

Kazuaki Otani, directeur du centre d’accueil de Juchheim Ninoshima

« En partageant avec les visiteurs la situation à l’époque, j’espère que cela leur donnera l’occasion de réfléchir à la paix », conclut Otani.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.